MOÏSE
REMANIEMENT DU II08È — LB U?RET ^ LA FUNESTE NOUVELLE -» LE DOCTEUR CONTI — l'angoisse — LA RÊPéTlTION — LE MUTISME — LE DÉNOUMKNT FATAL — LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION — l'OVATION — OPINIONS DE LA ODOTIDIBNIIB^ DB LA OAZBTTB DE FBANGB^ DU GONSTITOTIOIIIIBL, DU lOUBHAL DBS DÉBATS ET DU OLOBB AU SUJET DE IIOÏSB — LE OABOM — LE GOBSAIBB — LB CHAUDRONNIf'R COMPOSITEUR — LA PARTITION DB MOÏSB — TRANSFORMATION DU STYLE DE l'exécution A L^OPÉRA -» LES REPRISES DB MOÏSB — LA VENTE DE U PARTITION — ROSSINI ET LA LÉGION D*HONNEUR.
L'accueil fait au Siège de Corinthe engagea Rossini h choisir dans son répertoire italien un ouvrage favorable, comme leMaomelio, aux remaniements et aux amplifications. Il ne voulait pas, nous Pavons dit, se lancer en France dans la composition d'une œuvre entièrement nouvelle avant d'avoir pénétré les plus intimes secrets de l'accent et de la prosodie de notre idiome ; peut-être aussi ne trouvait-il pas le personnel de l'Opéra suffisamment préparé pour oser tenter, avec son concours, cette entreprise décisive.
Le Mosè se présenta naturellement à son esprit. Cette partition répondait, en effet, par son caractère grandiose, au vaste cadre de
— 254 -• rOpéra, et par sa qualité même d'oratorio, elle appelait les simpli* fications de style et les adjonctions de grands morceaux d'ensemble où la partie chorale devait remplir un rôle très-important.
MM. de Jouy et Balocchi se chargèrent de la traduction, des remaniements et de l'augmentation du livretitalien ; et de leur travail sortit la pièce française de Mdise^ qui, en somme, est moins une pièce qu'une sorte de cadre destiné à contenir les principales situations de la vie du législateur des Hébreux. MM. de Jouy et Balocchi, après Tottola, ont eu bien plus le désir de fournir des occasions au musicien que celui de faire un drame palpitant d'intérêt par lui-même. Leur personnage d'Aménophis ou d'Osiride n'est pas, il en faut convenir, un être fort aimable; à chaque instant il excite son père Pharaon à manquer aux promesses qu'il a faites aux Hébreux; mais cet éternel manquement de foi amène de nouvelles interventions de Moïse, de nouvelles plaies, de nouveaux miracles, et c'est à l'aide de ce ressort, toujours le même, que les librettistes ont pu faire entrer dans quatre actes un grand nombre de situations éminemment musicales. C'est à cela qu'ils ont tout sacrifié, tout et plus particulièrement la chronologie, car Moïse n'a reçu de Dieu les tables de la loi qu'après sa sortie d'Egypte*
Le livret et la partition terminés, Mdise fut mis à l'étude; au moment de la seconde ou troisième répétition, un coup terrible frappa le compositeur; le docteur Conti, arrivant de Bologne, lui annonça que sa mère était très-dangereusement malade ; ce docteur avait prodigué les soins les plus éclairés et les plus assidus à Anna Guidarini, mais appelé à Paris par une affaire urgente, il avait dû confier la suite du traitement à l'un de ses plus célèbres confrères de Bologne.
En apprenant le danger que courait sa mère, l'être qu'il a le plus chéri en ce monde, Rossini fit, san^dire un mot, ses préparatifs de départ. Il voulait aller à Bologne sans perdre un instant pour y remplir ses devoirs de fils. De ses fonctions officielles, de son œuvre en répétition, de ses amis, de ses intérêts de gloire ou d'argent, il ne
8*inquiéta pas plus que si tout cela n'arait jamais existé. Partir, partir sur-le-champ, était sa seule idée, son seul désir^ sa seule volonlé.
Le docteur Conti lui demanda : — Qu'allez vous faire?
— Vous le voyez : partir! — répondit Ros»ini.
— Je vous le défends formellement, reprit le docteur; votre présence tuerait votre mère; elle a un anévrisme. En vous voyaht^ elle mourrait foudroyée. —
Et le (ils, navré, dut obéir. Obligé de rester à Paris, il continua de surveiller les travaux des répétitions de son Moise. Ait théâtre, il cachait son angoisse et sa douleur sous des dehors impassibles ; mais, rentré chez lui, il tombait dans le plus mornë abattement, dans le mutisme le plus absolu. Peu de temps après, il apprit le funeste dénoùment de la maladie de sa tendre, de sa courageuse, de son excellente mère. Ce fut le coup le plus terrible dont il ait été frappé dans sa vie.
La première représentation de Moïse eut lieu le lundi 26 mars 1827. Les interprètes de cet admirable ouvrage furent M""* Cinti, M"** Dabadie et Mori, Adolphe Nourrit, Levasseur, Dabadie et Alexis Dupont.
4 Voici une des plus pompeuses solennités qu'ait eiicore vues rOpéral s'écrie M. M. J. (Mély-Janin) dans le feuilleton de la Quotidienne du 28 mars 1827. Cette magnifique représentation fera époque dans les fastes lyriques, non-seulement parce qu'on y a entendu des chants jusqu'alors inconnus sur la scène de TAcadémie Royale de Musique, mais encore parce qu'elle a porté le coup fatal à Tancien système, et consolidé une révolution à laquelle on préludait depuis quelque temps. Le Rubicon est franchi ; en vain le vieil opéra avec tout son appareil s'est levé sur l'au're boni. A l'aspect du vainqueur de Pesaro, il a chancelé sur sa base, et 11 est tombé de toute sa hauteur :
Ha fauo ralUmo eroUo.
» Ce qu'il y a de surprenant, c'est que cette révolution a trouvé de puissants auxiliaires dans ceux-là même qui semblaient devoir opposer le plus de résistance aux invasions ultramontaines. Que Levasseur et M'*" Cinti, qui depuis longtemps vivent au milieu de Tatmosphère de l'opéra buffa, et qui en ont fait en quelque sorte leur substance, se soient trouvés tout prêts, rien que de trèsnaturel ; mais qu'Adolphe Nourrit, que Dabadie, qu'Alexis Dupont, que M"'' Dabadie soient tellement entrés dans la pensée du compositeur italien, qu'ils aient exécuté sa musique comme s'ils avaient joué toute leur vie sur le théâtre Saint-Charles, voilà ce qu'il y a de vraiment surprenant, voilà un prodige dont a été témoin l'assemblée aussi brillante que nombreuse qui a assisté hier à la première représentation de Moïse.... Il fallait être bien sûr de sa force, il fallait avoir la conscience de son génie, pour oser risquer une musique nouvelle à côté de l'ancienne. M. Rossini a cru en lui, et il a bien fait... . Appelé à grands cris, il a été amené sur la scène ; il a été accueilli par les plus nombreux et les plus vifs applaudissements. »
M. Ch...., dans le feuilleton de la Gazette de France du 28 mars 1826, parle de Moïse en homme qui sent et la beauté de l'œuvre et Vimportance capitale des changements effectués dans l'art musical par Rossini. C'est, dit-il, <x un des plus magnifiques oratorios qu'il soit possible de composer et d'entendre.... Résultats immenses, considérés sous le rapport de la science, car il ne s'agit do rien moins que d'une révolution lyrique terminée en quatre heures par M. Rossini. Désormais, le urlo francese est banni sans retour, et l'on va chanter à l'Opéra comme on chante à Favart. ViveBossinil... Le public, après avoir entendu prononcer le nom de M. Rossini, s'est écrié tout d'une voix : Rossini f qû*il paraisse! Touché de ces marques d'estime et d'intérêt, l'illustre compositeur s'est avancé de quelques pas, moins accompagné qu'entraîné par Dabadie et sa femme. »
Hélas! M. Ch.... s'est trompé : Vurlo francese a repris son empire à l'Opéra depuis le jour où Rossini a été forcé, par des cir-
constances fatales, de se retirer de la carrière militante.
Dans le feuilleton du Constitutionnel du 29 mars 1827, M. Évariste D.. . (Dumoulin) parle de Ifoi^^ avec une chaleur appiftative qui ne lui est pas familière lorsqu'il s'agit des œuvres de Rossini; peut-être avail-il reçu- quelques renseignements de M. de Jouy, son collaborateur au Constitutionnel^ et Tun des auteurs de la pièce. « Sous le rapport musical, dit-il, cet ouvrage est d'une grande beauté, et Pun des chefs-d'œuvre du maître célèbre qui Ta composé.... Il (le public) a applaudi le Siège de Corinthe par pré* vention, par égard pour M. Rossini. Avant-hier, il a applaudi Moïse pour Mme lui-même ; il Ta applaudi souvent avec enthousiasme, et, cet enthousiasme, ce sont les beautés de la musique qui Font fait naître. »
Castil-Blaze absent fut remplacé au Journal des Débats y pour le compte rendu de la première représentation de Mcfise, par M. C..., qui termine ainsi son feuilleton du 29 mars 1827 : a Ce qui doit flatter M. Rossini, dit-il, dans ce rajeunissement d'un triompLe déjà ancien, c'est que, par des morceaux entièrement nouveaux et dignes de soutenir la comparaison avec les précédents, il a prouvé que la source où il puise ses sublimes inspirations, loin de s'appauvrir, semble se féconder en s'épanchant.... On a désiré voir l'auteur de ce nouveau chef-d'œuvre; M. Rossini a cédé complaisamment aux vœux unanimes du public, qui a accueilli avec transport l'homme de génie auquel il venait de devoir, auquel il devra longtemps les plus nobles et les plus pures jouissances. x>
Le journal/^ Globe ^ qui avait jusqu'alors lancé de terribles diatribes contre Rossini et sa musique, se convertit à Mdise : « L'illustre auteur du Mosè, dit-il» s'est surpassé lui-même : en enrichissant sa partition de morceaux nouveaux, il les a faits plus beaux que ses chefs-d'œuvre; mais ce qui est peut-être plus merveilleux encore, il est parvenu à faire exécuter sa musique avec un ensemble et une précision remarquables : il a fait chanter les chanteurs de rOpéra. A coup sûr, il était urgent que ce prodige vînt rajeunir
ce vieux et débile représentant de l'ancien régime. •• U fallait qu'il mourût ou qu'il se révolutionjiât.... Sa révolution commence : il a trMvé son Mirabeau... D'une sublime ébauche de jeune homme, Rossini a fait la production la plus accomplie du génie de Thomme mûr... Il (Rossini) vient d'en faire l'expérience : un parterre français peut être sensible au charme de sa musique ; mais ce qui est pour lui plus glorieux encore que d'enchanter des ignorants sans préjugés, il a pu voir les savants eux-mêmes rendre publiquement hommage à son génie; les beautés du Mdise français n'ont point eu de plus chauds apologistes que les professeurs du Conservatoire, et notamment l'homme de talent (Cherubini) qui le dirige. •
Ce langage fait voir que le Rossinisme commençait à être dignement apprécié ; on n'aurait peut-être pas osé, après la représentation àe Mdise, traiter Rossini comme on l'avait traité quelques années auparavant, dans un canon dont les paroles et la musique sont de Berton. Nous reproduisons ici les paroles de ce canon, malgré leur inconvenance, ou plutôt à cause de cette inconvenance même. Un pareil morceau de poésie appartient de plein droit à l'histoire, comme signe caractéristique de l'époque où il a été composé :
« Oui, dans ce Paris sans égal , Tous les Jours c^est un cama?al.
Ce monsieur chose est un Molière; Ce monsieur chose est un Voltaire.
Nous n*afons plus de Sacchini, De Grétry, ni de Piccinoi ; Noas n'afons pins que Rossini, A la chi-enlit, à la chi-en-liti »
Nous venons de dire qu'on n'aurait pas osé traiter Rossini de la sorte après la représentation de Mdise. Hélas! c'est une erreur, forc^ nous est bien de le reconnaître. Nous trouvons dans nos notes l'extrait suivant du Corsaire^ numéro du 4 juillet 1827. a Un chaudronnier, dit cet aimable journal^ assistant à une représentation de Mdise ^ disait : ^ Che fais une aussi bonne muchique que chà dans
ma boutique. » Le beau de l'affaire, ajoute le spirituel rédacteur, c'est que le fils de Saint-Flour se contente d'un honnête bénéfice. »
Hais laissons ces turpitudes, qu'il fallait pourtant faire connaître, et venons à notre fait principal. Les morceaux écrits par Rossini pour le Mme français sont i la belle introduction du premier acte. Dieu puissant, du joug de V impie ; le quatuor avec chœur, Dieu de la paix ^ Dieu de la guerre ï le chœur La douce aurore, la marche avec chœur et récitatifs du troisième acte, Reine des CieuXj dont Tinfîme auteur delà présente notice possède le manuscrit autographe ; les délicieux airs de danse ; le sublime final, Je réclame la foi promise j sauf Pandante , Je tremble et soupire; et, enfin, l'air si pathétique du quatrième acte, Quelle horrible destinée!
Enrichi de ces morceaux hors ligne, le Moïse, si beau par luimême, est devenu une œuvre d'une grandeur, d'un souffle, d'une puissance incomparables. Toutes les parties de l'art du compositeur y sont traitées avec une éclatante supériorité. Où donc les voix ont-elles été mieux employées? oii Torchestre a-t-il plus de relief, d'intérêt, de clarté, sans sortir de son rôle, sans empiéter un seul instant sur celui de la voix humaine? où trouverait-on plus d'invention mélodique, d'heureuses combinaisons d'harmonie, d'accents justes, de couleur à la fois poétique et vraie, de plans grandiose: d'architecture musicale, de puissance expressive, descriptive et sonore ? nulle part, on le peut affirmer sans témérité I
Il y avait des difficultés épouvantables à faire chanter le personnage moitié divin, moitié humain de Hoise, plus grand que nature, certes, et rendu plus grand encore que lui-même par le prestige de Tantiquité biblique et de la transfiguration légendaire. Ces difficultés, Rossini les a surmontées comme en se jouant, et si bien surmontées, qu'elles n'apparaissent pas dans sa partition. Il est impossible d'expliquer avec le seul secours des mots les mille moyens par lesquels le maître est parvenu à former de toutes pièces le type musical de son Moïse ; faute de mieux, nous nous contenterons de signaler aux personnes que l'examen des détails techniques
n'effraye pas, la manière dont, les grands intervalles consonnants d'octave et de dixième sont employés dans le rôle du législateur des Hébreux pour former les accentuations les plus grandioses et en même temps les plus naturelles. On en peut voir de superbes exemples dans l'introduction du premier acte, lorsque Moïse répète les derniers mots de la phrase : Vos murmures ont offensé le Dieu jaloux^ et dans la toute-puissante invocation, au passage lArinsiant fais Jaillir des torrents de lumière!
C'est dans la partition de Moïse que l'on trouve le plus de traces de l'étude approfondie que fit Rossini, au temps de son adolescence, des œuvres de Joseph Haydn. I^ scène de la plaie des ténèbres, oii le même motif est répété vingt-six fois dans différents tons et avec des effets d'harmonie et d'instrumentation variés, cette scène qui exprime et peint aussi bien qu'on le puisse faire la sombre horreur et la continuité des ténèbres implacables, qu'est-elle en réalité, sinon la plus belle application théâtrale et dramatique du procédé favori de Joseph Haydn dans ses symphonies et sa musique de chambre?
La sublime invocation : Arbitre suprême, est traitée selon la manière du même maître dans ses oratorios, mais avec un souffle, une puissance, un sentiment de l'effet dramatique et théâtral, que nous ne trouvons pas, nous l'avouons sans pâlir, dans les plus belles pages des oratorios du père de la symphonie.
Quant au prodigieux final du troisième acte, à part la terrible ritournelle chromatique de l'orchestre qui sert de cadre au récit des calamités : (xrand Roij délivre-nous, rien n'y procède du système symphonique. Ce rhythme enflammé du moiit Redoublons d'ardeur et de zèle y ce long crescendo chromatique : Allons^ qu'ion les en-' traîne l qui se déroule comme un immense serpent, et la slrette avec ses gammes ascendantes et descendantes, exécutées simultanément, tout cela est du pur Rossinisme, mais du Rossinisme élevé à une grandeur, à une force, à une toute-puissance musicale et dramatique dont rien n'avait pu donner l'idée jusqu'alors, dont rien ne l'a reproduite depuis.
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Dans cette strette, Rossini, trouvant enfin Toccasion d'obéir aux sollicitations de son génie, qui le poussait à donner aux masses chorales un rôle dramatique et musical de premier ordre, arrive à des résultats foudroyants. Les choristes, divisés en deux groupes, ne sont plus de simples choristes: ils représentent deux êtres collectifs, deux peuples qui, animés par l'antagonisme le plus fanatique, se heurtent en un choc suprême. C'est le plus formidable duo de colère, de menaces et d'imprécations, que les masses chorales aient jamais été appelées à chanter et à jouer.
Et comment Rossini parvint-il à peindre avec la simplicité et la force dramatique et musicale voulues, cet épouvantable antagonisme, ce choc de deux peuples ? par des gammes en mouvement contraire ! Quand la voix des Hébreux descend, celle des Égyptiens monte, et réciproquement. Il ne lui en a pas fallu davantage pour tracer, en notes immortelles, l'une des pages les plus émouvantes, les plus chaleureuses et certainement la plus sonore qu'il y ait au monde. Et tout en produisant cet immense effet dramatique et musical, il a trouvé le moyen, avec ses gammes en mouvement contraire, d'accomplir un tour de force de contrepointiste.
Ne quittons pas l'inépuisable sujet du Mdise sans faire remarquer le témoignage rendu par les journaux du temps à la bonne exécution de ce chef-d'œuvre par ses premiers interprètes. Rossini, on l'a vu par ces témoignages, avait changé les habitudes et transformé le style du nombreux personnel de l'Opéra, et son succès comme directeur d'exécution égala presque son succès comme compositeur. Quelle volonté, quelle autorité, quels labeurs une telle transformation suppose I
L'air et les récitatifs composés à Naples par M. Carafa, pour le Mosèj ne figurent pas dans le Mdise^ où Ton ne trouve pas tous les morceaux écrits par Rossini pour sa partition italienne.
A une brillante reprise du Mdise qui eut lieu à l'Opéra le vendredi 5 novembre 1852^ la regrettable M"* Bosio, MM. Obin et Morelli, ont interprété les principaux rôles de ce chef-d'œuvre d'une façon
très-remarquable. H. Nestor RoqueplaOi alors directeur de notre première scène lyrique, n'épargna rien pour donner un grand éclat à celte reprise, où pour la première fois on entendit le Gnal du troisième acte exécuté par deux cents choristes. Une autre reprise de l'oratorio de Rossini, où M"* Battu s'est fort distinguée, a eu lieu le lundi 28 décembre 1863.
Au moment de traiter avec M. Troupenas de la vente de la partition de Moïse, Rossini lui demanda si, commercialement, Taffaire de la publication du Siège de Corinthe avait été bonne. M. Troupenas répondit qu'il était encore en perte de quelques billets de mille francs. Rossini,. qui ne voulait pas que personne perdit avec lui, céda la partition de Mohe à cet éditeur pour 2,400 francs. L'acquisition de ce chef-d'œuvre a été la base de la fortune de M. Troupenas.
Le Moniteur du 1 4 octobre 1827 annonce que Sa Majesté voulant donner à M. Rossini un témoignage de sa satisfaction pour le nou-veau chef-d^ œuvre dont il vient d'enrichir la scène française^ l'a nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Le Moniteur du 22 octobre 1827 attribue celte nomination à une erreur, et rectifie la prétendue erreur.
Que s'était-il donc passé ? 11 s'était passé que Rossini, apprenant la distinction qui venait de lui être accordée, s'était rendu en toute hâte chez M. le vicomte de La Rochefoucauld, et l'avait supplié de la lui faire retirer, parce qu'il ne croyait pas Tavoir méritée avec d'anciens ouvrages amplifiés, et parce que des artistes français du plus grand talent, notre Hérold entre autres, attendaient en vain la décoration depuis bien des années. Hérold l'obtint le 3 novembre 1828. Quant à l'auteur de Mdise, il se réservait de la demander lorsqu'il croirait l'avoir méritée en écrivant pour la France un grand ouvrage entièrement nouveau.
Et il la demanda après Guillaume Tell.
Quelle leçon pour les infatigables, les insatiables et les innombrables veneurs de la chasse aux rubans !