‹ G. RossiniChapitre 7 sur 38 · LE LYCEE DE MUSIQUE DE BOLOGNE · texte numérisé non relu

LE LYCEE DE MUSIQUE DE BOLOGNE

LA MUE. — LE CUA^ITEUR. — l'aCCOMPAGNATEITR. — BBHBTBIO B POLIBIO. — LE PIANISTE. — LE VIOLONISTE. — EXPÉRIENCE DES EFFETS AU TBÉATRE. — C0^. VERFATIONS AVEC BABDIM. — l'eNThÉB AU LYCÉE. — LE PÈRE MATTEI. — MÉTHODB NÉGATIVE. — LE CONTRE-POINT. — l'ÉCOLE ALLEHANDE. — ÉTUDE DU VIOLONCELLE.

— IL TEDESCHINO. — LA BIBLIOTHÈQUE DU LYCÉE. — L ORCHESTRE d'ÊI.ÊVES. —

— CONVERSION TARDIVE DU PÈRE MATTEI. — LES QUATUOR MIS EN PARTITION. ^- COMPOSITION ET EXÉCUTION DE LA CANTATE INTITULÉE : PUIITO B^AIHONIA PEB LA UOBTB D*OBFEO. — LE PREMIER SUCCÈS.

Pendant la tournée où Ilossini avait obtenu la promesse d'an livret et d un engagement par un moyen si peu conforme aux us et coutumes du théâtre^ la mue survint. Adieu la délicieuse voix de soprano qui donnait à Tadolesccnt le moyen de gagner des paoli en chautant dans les églises et en faisant répéter les choristes, car, pour enseigner leurs parties à des choristes dénués de toute instruc • tion musicale, il fallait les leur chanter et rechanler à satiété. Ce serinagey on le sent bien, ne devait pas être une besogne fort réjouissante.

Le moment où la voix de l'enfance disparaît pour faire place à la voix virile après une période de transformation plus ou moins longue, est un moment climatérique dans la vie de tous les compositeurs-chanteurs. On sait avec quelle dureté barbare Joseph Haydn fut chassé de la maîtrise de Saint-Ëtienne lorsque la nature ne lui permit plus de figurer dans les rangs des soprani. Plus heureux, Félicien David, en pareille occurrence, fut placé, par les soins de la maîtrise de Saint-Sauveur, au Collège des jésuites d'Aix, lesquels lui confisquaient son papier réglé, dès qu'il voulait s'occuper de musique en dehors du service de leur chapelle.

Rossini, privé de sa voix, n'eut plus qu'une ressource actuelle, son talentd'accompagnateur et de directeur d'orchestre; il l'employa de son mieux. Mais, ne pouvant plus chanter, il eut beaucoup de temps à lui; ce que voyant, le prétendu paresseux se fît admettre au Lycée de Bologne, dans la classe de conlre-^oint du père Stanislao Mattei.Sonadmission, nous l'avons déjà dit, eut lieu le 20 mars 1807.

Il faut reconnaître que Rossini, lorsqu'il entra dans la classe du père Stanislao Maltei, à Tâge de quinze ans, pour s'y livrer l la redoutable étude du contre-point, était un élève comme on en voit peu, ou, pour mieux dire, comme on n'en voit pas.

11 possédait tous les secrets de Tart du chant de manière à les pouvoir enseigner aux meilleurs artistes des théâtres de cette Italie, si féconde en grands chanteurs.

Il était capable de réduire à première vue les grandes partitions pour le clavier.

Il était l'accompagnateur le plus précis, et en même temps le plus habile à suivre ou à pressentir les changements de mouvement voulus par les chanteurs; et il l'est encore.

Il avait composé d'instinct les petits duos pour deux cors dont nous avons parlé, un certain nombre de pièces pour la voix ou le pianoy et, sans avoir appris une note de contre-point, la partition de Demetrio e PolibiOy dont le quatuor est une preuve frappa me de la divination du génie. A la manière dont Rossini a su mettre ensemble

lesqaatre toix de ce quatuor, on toit en effet tout ce qu'ilavait deviné de cet art si difficile du contre-point, qui ne lui avait pas encore été enseigné.

Son talent de pianiste, qtie suppose sa qualité d'excellent accompagnateur, il Tavait employé à se jouer à lui-même une grande quantité de sonates, de concertos et de pièces de toute sorte, des maîtres de l'école italienne et de l'école allemande, et ce qu'il avait joué une seule fois, il le gardait en mémoire de la façon la plus exacte.

Il savait jouer du cor, nous l'avons dit. En quelques mois de leçons que lui donna Rastrelli, premier violon au théâtre de Bologne, il avait appris le mécanisme du roi des instruments de manière à pouvoir continuer tout seul à l'étudier, au grand préjudice de ses voisins, dit-il. Zanolini ne fait pas si bon marché du talent de violoniste de Rossini. On lit dans VApe Kaliana : « Sonava il violino per eccellenza. » (Il jouait du violon excellemment.) Quoi qu'il en soit, Rossini, qui ne prétendait pas devenir virtuose de profession, ne pratiqua le violon qu'aulant qu'il le fallait pour bien connaître les doigtés, les positions, les coups d'archet, en un mot, les moyens et les effets ; pouvoir écrire pour cet instrument en pleine connaissance de cause, était tout ce qu'il voulait*

Il avait appris aussi à jouer un peu de divers instruments à tent, mais sans maîtres. Quelques renseignements qu'il obtenait des virtuoses lui suffisaient; puis, dès qu'il possédait Tembouchure et qu'il connaissait bien les doigtés de ces instruments, il ne s'en occupait plus. Son unique but était de pouvoir, comme pour le violon, en écrire les parties en pleine connaissance de cause. Au Lycée, ses camarades des classes instrumentales lui furent d'un grand secours pour ce genre d'étude.

Si vous joignez à toutes ces choses la grande expérience qu'avait acquise de si bonne heure le jeune Rossini, soit en accompagnant la partition au théâtre, où il avait pu voir, à Tétat pratique, par quels moyen» les compositeurs et les virtuoses arrivent à produire

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les résultats voulus ; soit en faisant répéter les choristes ou en enseignant leurs rôles aux chanteurs ; soit en dirigeant en qualité de maestro les concerts de la Société à'IConcordi^ et les excellentes notions qu'il avait puisées dans de longues et fécondes conversalions avec Babbini, au sujet de la musique de théâtre, vous conviendrez cerlainemenl que le nouveau disciple du père Mattei était un élè\c comme on n'en voit guère, ou, pour mieux dire, un élève comme on n'en voit pas.

Nous avons, de notre mieux, fait connaître Télève; essayons maintenant de faire connaîlre le professeur.

Stanislao Matlei, né à Bologne le 10 février 1750, fut le disciple favori du père Martini, le célèbre auleurde VHistoire de la Musique. Son maître, en mourant, lui légua ses livres et ses papiers, dans Tespoir sans doute que son héritier continuerait ses travaux. Cet espoir n'a pas été réalisé, A l'organisation du Lycée communal de Musique de Bologne, en 1804, Mattei fut chargé de l'enseignement du contre-point dans cette école. Sa réputation de professeur était fort bien établie. Le meilleur de son bagage fut la bonne tradition pratique de l'art d'écrire, qui lui avait été transmise par le père Marlini. Mais la qualité suprême de quiconque veut enseigner lui manquait absolument ; il n'avait pas le don de communiquer les principes et les idées ; peut-être n'avait-il, au lieu de principes et d'idées, qu'une habitude laborieusement acquise, une sorte de routine. Quoi qu'il en soit, il se bornait à corriger les travaux de ses élèves, sans leur donner les raisons de leurs fautes et de ses corrections. M. Fétis (1), dit que dans l'ouvrage du père Mattei, publié de 1825 à 1830, toute la théorie de l'harmonie est renfermée en six pages, et toutes les règles du contre-point n'y occupent que huil pages. « Les faits particuliers, dit encore M. Fétis, n'y sont rattachés par aucune considération générale; nulle philosophie ne se lait apercevoir dans l'ensemble de ces faits.... Ces règles sont suivies de bons exercices en contre-point sim-

(!) Uibiiographie universeiic des Musiciens, louie VJ, page 25. Paris, 1864.

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plô, depuis deux jusqu'à huit parlics réelles sur la gamine diatonique montante et descendante... Ces exercices, quoique bien écrits, ont le défaut de n'ôlre pas bien gradués, car, dès les premters pas y on y voit dam les contre-points simples à trois et à quatre, des iniitatiom et des canons, bien (^u'aucoûie notion de ces

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