‹ G[ustave] Michaut: La Bérénice de RacineChapitre 10 sur 26 · partie de cette critique, qui est sur la Bérénice du Palais Royal (i · texte numérisé non relu

partie de cette critique, qui est sur la Bérénice du Palais Royal (i

(i) Tout dans cette lettre laisse percer le parti pris de préférer Corneille à Racine ; c'est évidemment cette disposition et le ton d'ironie et de persiflage qui ont si vivement irrité le jeune poète. En revanche, ce même parti pris explique Tindulg-ence de M™» de Sévigné pour la Critique de Bérénice, Le 14 septembre 1671, elle écrivait à sa fille :

« Je voulus hier prendre une petite dose de Morale ; je m'en trouvai assez bien ; mais je me trouve encore mieux d'une petite critique contre la Bérénice de Racine, qui me parut fort plaisante et fort spirituelle. C'est de fauteur des Sylphides^ des Gnomes et des Salamandres [allusion à la seconde partie du c( Comte de Gabalis ]o, intitulée a. Le^ Génies assistons et les gnomes inconciliables »] : il y a cinq ou six petits mots qui ne valent rien du tout, et môme qui sont 'd'Un homme qui ne sait pas le monde; cela donne de la peine ; mais comme cène sont que des mots en passant, il ne faut point s'en offenser, et regarder tout le reste, et le tour qu'il donne à sa critique : je vous assure que tout cela est joli. Je crus que cette bagatelle vous aurait divertie ; et je vous souhaitai dans votre petit cabinet auprès de moi, sauf à vous en retourner dans votre beau château, quand vous auriez achevé cette lecture... »

La critique de « Tite et Bérénice »

PAR l'abbé de ViLLARS (i).

D'après le ton du « libelle » que Tabbé de Villars avait consacré à la pièce de Racine, les amis de Corneille devaient s'attendre à un vif éloge de leur poète favori. Ils furent donc tout déçus, lorsque, huit jours après, parut la suite promise. Corneille y est plus mal traité qui ne l'avait été son rival.

Monsieur,

J'avais toujours cru la Muse du Cothurne un peu moins coquette, et je n'eusse jamais pensé qu'elle se fût oubliée en faveur d'un jeune homme au préjudice du grand Corneille, avec qui elle avait été si longtemps en si bon ménage (2).

Rotrou, Duryer et Scudéry n'avaient jamais pu la débaucher ; qui n'eût dit qu'elle aurait été fidèle jusqu'au bout ? Il y avait même quelque apparence qu'elle se piquerait d'honneur à cette

(0 Le titre exact est : La critique de Bérénice, seconde partie; ce qui a permis à l'abbé de Villars d'utiliser le même privilège que pour la première brochure.

(2) Dans le recueil de Tabbé Granet, on lit ici : « Elle avait toujours fort honnêtement pris soin de son domestique ».

fois, et qu'elle donnerait enfin toutes ses beautés à son favori après les lui avoir fait espérer si longtemps. L'infidèle I Bien loin de contenter ses désirs si justes, elle ne s'est presque pas laissé toucher le bout du doigt ; elle lui a même refusé ses faveurs accoutumées, au lieu de lui en accorder de nouvelles ; et par un caprice impitoyable, elle Ta fait entrer en lice avec un aventurier qui ne lui en contait que depuis trois jours, elle Ta abandonné à sa verve caduque au milieu de la course, et s'est jetée du côté du plus jeune.

Allégorie à part, Monsieur, je suis fort mal édifié de la Bérénice du Palais-Royal ; n'en déplaise à la vieille cour (i)[,] Monsieur Corneille a oublié son métier, et je ne le trouve point en toute cette pièce. On lui dit, pour le consoler de tant de vers misérables, durs, sans pensée, sans tour, sans français et sans construction, que Fart du théâtre y est merveilleusement observé * : non pas que Ton le trouve ainsi ; mais parce que cela devrait être, et que si l'on n'avait pas lu Aristote et Horace, on parierait avec Monsieur *** deux cents louis que cela serait. Car enfin qui s'aviserait qu'un homme aussi expérimenté au théâtre que l'est M, Corneille, en une occasion où il est question de décider de son excellence (2), et en une pièce qui devrait

* Si non offenderet unumquemque poetarutn limce labor,

(i) Dans l'édition originale, N'en déplaise à la vieille cour est précédé et suivi de point et virgule; on ne sait s'il faut rapporter cette parenthèse à la proposition qui précède ou à celle qui suit.

(2) On notera que Tabbé de Villars paraît croire à un duel entre les deux poètes.

servir de modèle à toute la tragique postérité*, et de leçon à celui qu^il ne regardait que comme son écolier ; qui croirait, dis-je, qu'il dût nous donner un ouvrage irrégulier de tout point ?

Un vieux capitaine prend-il jamais mal son terrain } et un poète couronné de lauriers, ne doitil pas bien conserver tous ses avantages quand il traite un sujet ? Il n'a pas voulu faire une tragédie simple comme M. Racine, et soutenir jusqu'au bout un sujet simple, par la beauté de l'expression, par la délicatesse des pensées, par les emportements des passions, et par l'harmonie des vers (i). A**]a bonne heure I II s'est défié de la fécondité de son esprit usé par les années et du feu de sa veine refroidie ; il a prudemment fait. Je ne le blâme point d'avoir introduit plusieurs personnages épisodiques ; mais je lui sais mauvais gré, premièrement de les avoir mal choisis, et puis de s'en être mal servi.

Puisqu'il voulait des personnes épisodiques, il fallait prendre le temps de la fable du vivant de Vespasian, père de Titus, et se servir de l'avantage que l'histoire lui donnait. C'est par l'ordre de Vespasian que les historiens disent que Tite renvoya Bérénice. Voilà une épisode naturelle et dans le sujet. C'était une raison invincible que Titus avait pour quitter sa maîtresse ; et en même temps un beau champ pour le poète d'étaler les droits de

* Si parum a summo discessit, vergit ad imutn. ** Cui lecta patenter erit res,

(i) Allusion à la préface de Racine.

l'autorité paternelle, et la vertu héroïque et romaine qui porte un âls à Taire violence à ses inclinations pour suivre les désirs de son père. C'était une matière nouvelle au théâtre et partout ailleurs; puisque tous les poètes et les romanciers font toujours que l'amour révolte les enfants contre leur père. M. de Corneille, ayant besoin d'une épisode, a laissé celle-ci, qui était dans son sujet et qui conservait admirablement l'unité de l'action, pour en prendre deux éloignées, qui la détruisent tellement, qu'il lui sera difficile de donner un titre jusie à sa pièce *, et de dire une bonne raison, pourquoi il l'appelle Bérénice plutôt que Domitie. Mais surtout il fallait bien se garder d'introduire cette Domitie ; elle fait souvenir le spectateur de l'accusation que les Romains faisaient à Titus d'avoir commis un inceste avec elle. Il fallait éloigner cette idée et ménager mieux notre imagination en faveur du héros.

Il n'eût pas mal fait encore d'empêcher celte Domitie de promettre à Domitien qu'elle fera c... le Seigneur Titus. Et si l'espoir qu'elle donne de cet inceste parait un beau sentiment à Monsieur Corneille, je crois qu'il n'était pas impossible que la suivante de Domitie en fût mal édifiée, et que la Princesse était obligée en consciencede tenir cette affaire un peu secrète.

Quant à Domitien, frère de Tite, il était naturel de l'employer; mais le poète a mal suivi la règle d'Horace, qui veut, que, quand on met en

• Ut ntc fes ntc caput uni reddanturfornue.

avant des gens connus, on les représente tels qu'ils ont été ♦ : Achille brutal et Jason infidèle. Il fallait donc se souvenir que Domitien avait conspiré contre la vie de Titus ; ne se contenter pas de le dire en deux vers, mais faire une épisode de cette conspiration ; ce qui eût admirablement relevé la clémence de Titus, puisqu'-elle le rend si recommandable dans Thistoire **.

Tout cela n'eût-il pas fait un plus bel effet, un jeu plus ingénieux, et des scènes plus riches et plus héroïques, que toutes ces longues déclarations d'amour que Domitien fait à Domitie, qui ne font rien du tout à l'affaire de Bérénice ? que toutes ces feintes purement comiques *** d'aimer ailleurs > que tous ces essais de donner de la jalousie, peu propres au Cothurne ? et enfin que toute cette ridicule picoterie de deux rivales, qui récrée le parterre dans un acte où il devrait être en pleurs }

L'amour de Titus pour Bérénice eût pu être le prétexte de la conspiration de Domitien contre son frère ; nous eussions vu un héros en péril, nous eussions craint pour lui, nous l'eussions plaint ; la pitié et la crainte eussent été excitées selon les règles par le moyen d'un premier acteur ; il eût été délivré du péril en renvoyant Bérénice, par qui la conspiration eût été découverte et qui

* Si forte reponis Achillem, impiger ^ iracundus^ inexorabilis, acery jura neget, etc,

** Famam sequere,

*** Versibus exponi tragicis res comica non vult, — Effutire eves indigna tragœdia versus.

n'eût pas voulu conclure ce mariage, d( d'exposer son amant [à] la fureur de la romaine. Nous en eussions été ravis, nous a admiré l'Amante et le Héros, et nous eussii en Monsieur Corneille toutes ces manières i nés qui lui ont autrefois tant acquis de répui

Mais* que veut-il que nous disions, quand quereller deux harangères, qui se disent i qu'elles ne doivent pas dire, et qui nous toute la compassion que nous pourrions avoi elles, en nous apprenant mutuellement l'u l'autre des choses qui nous feraient horreu manière dont elles les disent ne nous faisait Etait-il de l'art du poète d'exagérer ainsi t Bérénice a fait d'impiétés et de sacrilèges la Ville ei le Temple de son Dieu •• î s'il eûi faire foudroyer ou faire ouvrir la terre so pieds, à la bonne heure 1 Mais c'est l'héroïni pièce, celle qui doit nous donner de la pîti grand acte de contrition qu'elle fait, ne la pas assez bien dans les bonnes grâces des e teurs, pour leur faireoublier ses actions noii tant qu'ils s'en souviendront, ils ne seront touchés de ses larmes.

Au resie esi-il possible que Monsieur Corm soit ai fort oublié dans les caractères, lui qui jours été le maître des autres en ce point? ' espèce de héros nous présente-t-il en Tit

• Nt immunda crêpent ignominiosaque dicta. — Nei fricti ciceriî probal et nucis emptor,

" Centurice senîorum agitant expertia frugis. *•* Morataque rtcU fabula.

Il le suppose d'entrée de jeu très mal honnête homme. Ce héros est Empereur depuis six mois. Depuis son avènement à rEmpire,il n'a pas encore fait la moindre honnêteté à une Reine avec laquelle il a été fort bien, et à qui il a promis mariage ; il ne s'est point mis en peine de lui faire trouver bon qu'il prît parti ^ailleurs ; il est sur le point d'épouser Domitie, et l'affaire était faite si la Reine eût été un peu moins alerte, ou pour peu qu'elle eût eu le vent contraire.

Ce qu'il y a de consolant pour Bérénice, c'est qu'il l'avait presque oubliée, qu'il était devenu amoureux de Domitie, et que l'absence avait guéri ce héros de sa première passion : quand elle arrive, il trouve à propos de n'être qu'un moment avec elle, et l'envoie en son ancien appartement, où il ne va la voir qu'après que Domitie a eu tout loisir delà quereller. Le Seigneur Titus savait mal son monde ; et puisque le lieu où il la recevait était assez proche, et même dépendait assez de Tappartement où il la faisait conduire, pour que Bérénice y reçoive un moment après la visite de Domitie et celle de Titus même: il pouvait bien, sans faire tort à la majesté de l'Empire, donner la main à une belle Reine qui l'aimait, la conduire lui-même, du moins jusqu'à la porte de la chambre, et faire quelque cinq ou six pas pour une Princesse que l'amour lui amenait du fond de l'Orient. Mais un grand Monarque a-t-il jamais ordonné tout haut en présence d'une grande Reine, qu'on la traite bien et qu'on la serve splendidement } Je croîs que cela s'en va sans dire, et que

s'il y a quelque ordre particulier à donner, ce n'e pas tout haut et en présence. Il suppose que Bér nice est fatiguée, il l'envoie reposer et il doni ordre qu'on ait grand soin d'elle. J'aimerais auta qu'il commandât qu'on prît soin de lui donner l bon lit de plume. Le compliment estcampagnar il sent le faux noble, et m'a fait souvenir que père de Titus ne se piquait pas d'être de boni maison.

Horace * n'a rien dit de mieux, que quand il bail pour première règle de bien écrire, surtout quat on introduit des personnages: Lu science du momi Monsieur dé Corneille a-i-il vu quelque procËi pareil dans la vieille Cour > Je ne sais si Charles I eût fait cette incivilité, mais je sais bien que si ui belle jeune Reine amoureuse arrivait à la Coi incognito, elle y serait reçue plus humainement. . ne m'attendais pas à cette incivilité de Titus, q s'était délecté à se peindre lui-même comme i Prince si galant, que les aimables loisirs au p/uri ménageaient dans sa Cour l'heureux choix d< jeux et des plaisirs. Mais il est fanfaron ( honnêteté comme en bravoure ; et puisqu'il so tient si mal les louanges qu'il se donne en langaj épique, il irte permettra de douter, que quand faisaitun pas il fît trembler le Pôle Antartique; ■ d'autant plus que la renommée ne le publie pas épouvantable ; et qu'hormis le pauvre Cécion qu'il fit assassiner pour avoir couché avec Bér

nice, je n'ai pas ouï dire que depuis son avènement à TEmpire, il fût autrement fort périlleux de l'empêcher de dormir. Sans cette réflexion, j'eusse cru, quand il haussait quelquefois la parole, que les deux Pôles étaient effrayés ; mais je m'imaginai qu'il était vraisemblable qu'il fût un peu Matamore, ce qui me fit moins craindre pour les Pôles.

Cependant comme les fanfarons ont d'ordinaire rame basse, je me défiai fort de celle de ce héros, et je le soupçonnai d'être capable de faire des lâchetés. Il fait paraître en effet si peu de vertu, qu'outre qu'il n'a pas la force de rien refuser à Bérénice, il lui offre de quitter l'Empire pour la suivre en Palestine ; et il n'est détourné de son dessein, que par la remontrance que lui fait son amante : que le César qui lui succéderait le ferait peut-être assassiner. Que craignait-il ? Il n'avait ({u*k faire un pas et hausser la parole, et il eût effrayé son successeur. Cependant il aurait donné une preuve héroïque de son amour en quittant l'Empire pour suivre une femme. Avouez, Monsieur, que tout ce jeu est bien peu digne de Corneille. Est-ce être Romain d'abandonner le trône des Césars pour suivre une maîtresse ? et quand on en a fait le dessein, est-ce être Romain de changer, parce que peut-être on serait assassiné ? Ce caractère n'est-il pas pitoyable } Fallait-il pour avoir lieu d'étaler quelques vers ampoulés * touchant la politique de ceux qui régnent contre ceux qui ont quelque prétention

Ambitiosa recidet ornamenta.

sur leurs Etats, fallait-il ravaler l'idée qu'on s héros de la pièce, et. le rendre méprisable?

C'est la maladie des jeunes poètes tragique m'étonne que Monsieur Corneille n'en soit guéri) de coudre sans discernement des senienct des lieux communs. Ils prétendent en enrl leur poème ; mais d'ordinaire ce sont des con temps *. Par exemple cette joyeuse morale l'ami de Domiiien fait sur l'amour-propre, esten son lieu dans une tragédie ? surtout dans la L ctie d'un confident, qui n'y doit faire aucune fi( que pour la connexion des scènes ? Hais de plu: blesse-t-eile pas la pudeur ** ? et ne présente-tpas une idée impure? La belle demande à fai un jeune amoureux dans une tragédie, s'il r pas vrai qu'il n'aime sa mattresse que pour coui avec elle ? Cela était bon à demander à un je Satyre. Si M. Corneille eût fait cette faute c sa jeunesse,on eût peut-être excusé la chaleur d veine : mais à son âge, donner carrière à son I ginaiion ! La muse du Cothurnequi est chaste qui le veut paraître, s'en est irritée ; et de ( qu'on dit qu'elle s'est trouvée au milieu de la p où ces libertés sont, elle n'a voulu avoir auc part ni au commencement ni à la Un,

L'accuserait-on en effet d'avoir inspiré la j lase ? Domitie ouvre le théâtre, et épuise ses ] mons et notre patience pour nous faire son toire. C'était l'histoire de Bérénice qu'il fa

conter, et passer celle de Domitie en quatre vers ; ou (puisque les plus courtes protases sont les meilleures) il fallait retrancher tous ces longs discours, venir au sujet *, et n*amuser pas les spectateurs en narrations purement épisodiques, entièrement inutiles, et même vicieuses : en ce qu'elles fom croire que cette Domitie est Théroïne de la pièce, puisqu'on s'arrête tant à préparer son action. Ce commencement est-il de Corneille ?

Vous m'allez dire, je le vois bien, qu'il a été loué universellement d'avoir bien fini ; qu'on dit qu'il s'est surpassé, lui-même dans le dénouement**; et que sa catastrophe a été admirée de tout le monde, en un sujet où elle était si difficile. Mais savez- vous bien, Monsieur, qu'il n'appartient pas à tout le monde de juger une catastrophe ; et que, quoiqu'elle ait tant de partisans, elle est plus défectueuse que bonne >

Afin qu'une catastrophe ne soit pas vicieuse, il faut qu'elle soit vraisemblable, et que le spectateur ait pu s'y attendre***. Or il n'arrive rien dans celleci qu'on pût raisonnablement espérer. Jamais le sénat n'a fait pour personne ce que M. Corneille lui fait faire pour Bérénice'; ainsi nous n'avions garde de deviner son imagination, et moins encore, que si cette ordonnance du sénat lève tous les obstacles du mariage, l'Amante qui vient de passer tant de mers pour le faire, renonce

* Semper ad eventum festin et et in médias res, ** Non quivis videt imtncdulata poëmata judex. *** Nec quodcumque volet poscat sibi fabula credi.

d'abord à ses espérances, et coo:uDie au bonhe de sa rivale. Veriait-elle du bout du inonde poi n'épouser Tîtus que malgré le sénat î Et est-e! si capricieuse, que si son mariage n'excite poi de guerre civile, elle ne le veut pas ? Qu'aval elle à désirer quand elle a quitté ses terres, ce n'est que Rome consentît à ses noces ? Pou quoi s'en retourner quand Rome y consen N'est-ce pas dire à Titus qu'elle ne l'aime guèr et que son voyage n'a été qu'un caprice cont Domitie ? N'est-ce pas le quitter de gaité < cœur ? Est-ce le sujet de la tragédie* î Et M. Ce neille ne quitte-t-il pas la partie, quand il ne st pas faire séparer ces deux amants malgré eu puisque le sujet de la pièce était : invitus invita dimisit.

Une autre faute dans cette catastrophe, est < faire que Titus la finisse en violant les la Romaines. Puisque l'amour des lois de Rome ît sait tout le nœud de cette pièce, il ne fallait pas dénouer en rompant ces lois. On m'avouera qi cela ne pouvait ni ne devait être attendu. Qui s'a\ serait qu'un Empereur Romain fit vœu de céliba Cette catastrophe était admirable pour un Pap< mais elle est burlesque pour un Empereur. I célibat était odieux aux Romains ; il y avait d lois rigoureuses contre ceux qui l'embrassaien elles sujets suivant aisément l'exemple du souv rain, ce ferme propos que fait Titus de ne poi se marier, est de pernicieuse conséquence. Quar

* Cur ergo sinaquco ïgnoroque poeta [saluior] }

il aurait été assez mal honnête homme pour le faire, il ne fallait pas que le poète l'alléguât sur le théâtre.

Cette catastrophe pèche encore contre la règle des mœurs semblables, qui veut que les personnages ne fassent rien de contraire aux manières et aux mœurs de leur pays *. Tite déclare Domitien son successeur ; cela n'est pas conforme aqx mœurs romaines. Les Empereurs associaient à l'Empire ceux qu'ils voulaient par le consentement du sénat et de l'armée^ mais ils ne désignaient pas leur successeur de leur autorité'privée. On désignait des consuls, mais non pas des Empereurs. Si le poète a respecté l'histoire, et n'a pas osé faire associer Domitien à l'Empire, ce qui l'eût bien mieux accommodé, il devait avoir même respect pour les mœurs romaines. Je vois bien qu'il avait besoin de Tune de ces deux choses pour ménager l'ambition de Domitie, de laquelle il ne savait que faire ** ; mais c'est une grande faute d'avoir besoin de faire une faute, et surtout de faire une faute qui ne tire pas d'affaire. Car l'esprit du spectateur n'est pas en repos touchant cette Domitie ; et on sort de là sans savoir si cette ambition extrême est ou doit être satisfaite de l'espérance incertaine de régner après la mort de Titus, et si elle est persuadée qu'il ne rappellera pas Bérénice, ou qu'il gardera son vœu de chas-

* Respicere exemplar vitœ morutnque jubebo doctum imitaiorem, ** In vitium ducit culpœ fuga si caret arte.

teté : ce qui, à mon avis, demeure granden problématique.

Voilà, Monsieur, une partie de ce que j'ai tro à la Bérénice de Corneille, que je n'ei encore qu'une fois. Quoique ces fautes soient consid blés, on a eu tort de dire de cette pièce :

Fabula «u/2iul venerii, sine pondère et arte.

Elle a assurément de grandes beautés ; j'ai ré; de les remarquer un jour aussi bien que celles d Bérénice de M. Racine. Cependant, Monsieu; vous prie de ne point montrer ces deux petites tiques : vous savez qu'elles ont été faites chac en une après-souper; elles ne sont donc pas état d'être vues par ceux qui ne m'aiment autant que vous faites ; et puis... Genus irrita valum. Je suis avec beaucoup de respect (ij, Monsieur,

Votre, etc.

(i) L'abbé de Villars mourut assassiné, vers la fin de i

Réponse â la critique de Bérénice

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