‹ G[ustave] Michaut: La Bérénice de RacineChapitre 4 sur 26 · AVERTISSEMENT IX · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT IX

semblait bien plus à une élégie dialoguée qu'à un drame véritable. L'action m'en paraisr sait étrangement rudimentaire. Qu'on la fît essentiellement consister en la séparation de deux amants épris et malheureux, qu'on la vît plutôt dans le déchirement, de Tâme de Titus, forcé de choisir entre son amour et ses obligations d'empereur romain, c'était une matière suffisante pour un cinquième acte, mais bien maigre pour remplir cinq actes entiers. Sans doute, d'avoir su « ménager »

cette séparation ou ce déchirement avec plus (( d'art » encore que le courroux d'Achille n'est ménagé dans Vlliade^ c'est une réussite. Mais de pareils tours de force ont quelque chose d'artificiel : « Ce que peut la vertu d'un homme, dit fort justement Pascal, ne se doit pas mesurer par ses efforts, mais par son ordinaire. » Il en est de même du mérite d'un écrivain.

Ainsi Bérénice paraissait une pièce exceptionnelle dans l'œuvre de Racine. On y pouvait sans doute admirer les ressources presque infinies de son talent ; peut-être même, à la prendre, comme Sainte-Beuve, pour « une charmante et mélodieuse faiblesse » du poète, y pouvait-on apercevoir « son goût secret et sa pente naturelle » ; à coup sûr, il était vain d'y

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