PREMIÈRE PARTIE, NOTIONS PRÉLIMiN'AIRES
Assez long-iemps , il est vrai , on a présumé que les évêques du Gévaudan tinrent leur siège dans la petite ville de la Canourgue. Ce nom de Canonica semblait légitimer jusqu'à un certain point cette opinion , car il désigne un chapitre canonial. Ceci ne prouve rien, car il existe en France d'autres localités de ce nom ■ auxquelles on ne s'est jamais avisé de rattacher l'existence d'un siège épiscopal. Tel est, dans le département du Lot, le village de Canourgues, ainsi nommé, parce qu'il y a existé des chanoines réguliers. La ville de Montpellier nous offre, à son tour, une place de la Canorgue , parce que là fut jadis une communauté canoniale. La Canourgue en Gévaudan est dans le même cas , comme nous le dirons plus tard. Il est vrai que les corps de saint Firmin et de saint Frezal, évêques delà contrée, y furent inhumés. Mais peut-on conclure de ces faits que ces pontifes ont eu leu. siège à la Canourgue? Nullement. On ne peut ignorer que, de tout temps, les évêques ont eu, hors de leur ville épiscopale , des résidences passagères. C'est ainsi que Balsiéges et Chanac, dans ce même diocèse, ont été des demeures épiscopales.
Pourquoi, du reste, ces anciens prélats auraientils fixé leur siège à la Canourgue et auraient-ils préféré cette localité à celle qui possédait les reliques du saint martyr, leur prédécesseur? La Canourgue, qui, à celle époque, ne fut guère qu'un médiocre village, n'était pas, à beaucoup près, un point central comme Mende. Comment concevoir que le siège épiscopal
M GABALUM CHRISTIANUM
fui fixé h la Canourgue, localité située aux limites du diocèse de Rodez, tandis qu'à l'extrémité opposée les bornes du Gabalumow Gévaudan atteignaient celles du Vêlai et que la ville de Saugues appartenait à ce diocèse? Nous avons d'autres preuves à produire en faveur de Mende et nous nous complaisons à penser qu'elles ne laisseront pas la moindre incertitude sur la thèse que nous soutenons. ( Voir la note sur ee chapitre à la fin du volume.)
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fJIAriTRE IV.
IVouvellcs preuves de ranlkiuité du siège épiscopal fixé à Monde; redierches sur le vrai nom de celte ville et détails historiques sur les diverses phases de cet évèihé.
Tout ce qui vient d'être dit sur la ville de Mende et sur sa qualité de ville épiscopale, du moins depuis saint Privât, est basé sur un fait historique au sujet duquel tous les écrivains ne professent pas un sentiment unanime. Dom Vaissette et Doni de Yic, auteurs de VHistoire de Languedoc , placent le martyre de saint Privai au commencement du cinquième siècle, vers l'an 405.
Sur quoi se fondent ces deux historiens? Sur ce que les Mamans, Alamanni, commandés par Crocus, ne firent irruption dans le pays des Cabales qu'à l'époque précitée. Quelle autorité invoquenl-ils h l'appui de cette assertion? Celle d'un historien espagnol nommé Idace. Or, est-il bien digne de foi un historien isolé, étranger au pays, et dont nous ne possédons que quelques fragments historiques, sans pouvoir même assurer qu'ils émanent directement de sa plume?
J^aissons parler Hugues du Tems , auteur mort ce
'i6 OAnALUM CHRISTIANLM
18H, après avoir été vicaire-général de Bordeaux.
Dans un livre publié en 1774, sous le titre de Clergé
de France, Hugues du Tems s'exprime ainsi : «On
» trouve dans cet ouvrage (d'idace) , au moins apo-
» cryphe, des faits du sixième siècle, que leur pré-
» tendu historien, mort avant la fin du cinquième
» siècle, n'a pas pu connaître. Ils (les deux historiens
» du Languedoc) rapportent aussi les annales de Trè-
» ves, et pour sauwr l'autorité de Grégoire de Tours,
» qui assure en termes exprès que l'irruption de
» Crocus se fit dans le troisième siècle, sous l'empire
i> de Valérien et de Galien , ils conjecturent qu'il y a
» eu deux rois appelés Crocus, qui tous deux firent
» des excursions dans les Gaules, l'un au troisième ^
» l'autre au cinquième siècle. Mais le système qui
» distingue deux rois du nom de Crocus n'est appuyé
» sur aucun fondement. Où sont, je ne dis pas les
» preuves , mais les indices capables de le faire
» adopter? L'auteur de la compilation publiée
» sous le nom d'idace { Idatiiis) ne mérite pas qu'on » y ajoute foi.»
Un peu plus loin, Hugues du Tems continue ainsi : « Les actes du martyre de saint Amé ou Amace , » évêque d'Avignon, portent que les Vandales, dans » leur irruption, ruinèrent la ville de Javoulx, an- » cienne capitale du Gévaudan. Nous voyons d'ail- » leurs, dans les actes de saint Privât, que les Bar- » bares désolèrent tout ce pays, à la réserve de la » forteresse de Grèze qu'ils ne purent prendre.»