‹ Gabalum ChristianumChapitre 21 sur 126 · CHAPITRE Yl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yl

Principales instilutions monastiques [du Gévaudaii , antérieurement au

quatorzième siètlo.

I. La] plus ancienne inslitutiou nionaslicjuc du diocèse de Mende nous semble bien êlre, sr\ns contredit, celle de saint Privai, monasterium sancli Privaii. Celle fondation n'est guère postérieure au martyre de ce saint évêque. il est toujours certain que le saint abbé Louvent, Lvpeniius, vivait vers lemilieudu sixième siècle. Grégoire de Tours raconte ainsi qu'il suit le martyre de saint Louvent : «Lupentius, abbé » de l'église du martyr saint Privât, de la ville gaba- » lilaine, iirbis Gabaliianœ , fut mandé par la reine j) Brunchilde. 11 vint donc, parce qu'il avait été ac- » cusé par Innocent, comte de cette ville, d'avoir dit » des paroles injurit^uses contre Tboiineur et la répu- » talion de la reine. Mais, après un sérieux examen, » comme on ne put découvrir dans cet abbé aucun )) crime de lèse-majesté , on le renvoya. Lupentius » s'élaul mis en chemin pour retournera son abbaye, » il fut arrêté par K's ordi'es du comte, à Ponticon. » Ce comte lui fit subir plusieurs tortures et le re- )) lâcha; niai>, puis comme Lupentius s'était arrêté i> sur la rivièri' d'Aisue, son impitoyable cimemi Tat-

66 GABALLM CHRISTIAMM

» laqua de nouveau , et l'ayant terrassé, il lui trancha » îa tête et la jeta dans !a rivière, ainsi que le tronc » préalablement attaché h de grosses pierres. Cepen- » dant, peu de jours après, le niarîyr apparut à des » bergers qui le tirèrent de l'eau et lui rendirent les » honneurs de la sépulture.» (Livre vi, ch. 57.)

Dans les vies des saints, par Alban Butler, qui comme on sait, a été traduit par Godescard, on lit que divers prodiges attestèrent la sainteté de ce serviteur de Dieu. Il est honoré comme martyr à Châlons-sur-Marne, où l'on conserve une partie de ses reliques, le reste ayant été brûlé dans l'incendie de la cathédrale, occasioné par la foudre, le J9 janvier i668. Plusieurs années après ce désastre, l'évêquede Châlons donna à Gabîiel-Florent de Choiseul- Beaupré, son frère, évêque de Monde, quelques ossements de ce saint.

Disons d'abord que le lieu de Ponticon, désigné par Grégoire de Tours, porte aujourd'hui le nom peu altéré de Ponlhion, en Champagne, ancienne résidence royale. Ce n'est pas Montereau-Faut-Yonne, Monasterioium super Icaunam, comme le prétend l'abbé de Marolles, qui a traduit Grégoire de Tours. 11 aurait dû voir que la rivière d'Aisne n'est pas du tout celle d'Yonne. Or, c'est dans l'Aisne, Axona et uon Icmnia, que fut jeté le corps de saint Louvent.

Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est de savoir d'une manière précise quelle est la localité nommée par l'historien Vrbs Galni/ilana P Est-ce Mendc, ou

P«KM1ÈRE PARTIE, NOUONS PRÈLOiiNAlRES. 07

bien Javols? Il nous paraît impossible d'y voir ce dernier lieu. La ville d'Anderilum Gabalorum n'existait plus depuis les dévastations des Barbares, commajidés par Crocus, soit au troisième siècle, soit, si l'on veut pour le moment, depuis le commencer ment du cinquième siècle. D'autre part, le monastère dont saint Louvenl était al)bé s'élevait sur le tombeau de saint Privât. Or, nous avons démontré que cet évêque l'ut martyrisé au pied du mont Mimas ou du moins que ses reliques y avnieiU été recueillies. C'est donc là , c'est-à-dire à Monde, que ce monastère était édifié. Hugues du Tems fixe à Mende, sans hésiter, cette antique abbaye de Saint-Privat. Nous sommes dans la ferme persuasion qu'il est impossible de diercher ailleurs et surtout de rencontrer l'établissement de celte abbaye primitive. Qu'il nous soit permis de présumer que le monastère de Saint-Privat existait sur le sol qui est encore connu sous le nom de Saint-Ilpide. On découvrit , en i805, sur ce lieu , des vestiges qui ne peuvent laisser aucun doute sur cette destination religieuse. On nous objectera peutr être que saint lipide peut bien n'avoir rien de com^ mun avec le monastère de Saint-Privat. Ce doute irofTre aucune raison péremploire contre notre opinion. Saint lipide fut martyrisé sous les mêmes em? pereurs que saint Privât. La légende.du premier nous le représente comme très-zélé pour procurer la sé^ pulture des victimes du fanatisme païen. Peut-être fut-il un (le <(mix qui recueillirent le corps de saint

68 GABALUM CHRISTIAN UM

Privât et l'inhumèreni au pied de la montagne qui lui avait offert un asile. La place de saint lipide, après sa mort , était donc marquée auprès des restes sacrés de son évêque. Or , c'est là même que le monastère de Saint-l.ouvent avait été édifié. Il est à regretter que des fouilles plus considérables n'aient pas été exécutées dans ce lieu où, de nos jours, rien ne rappelle une destination sacrée. Combien de monuments historiques la terre dérobe h nos explorations, et qui, s'ils étaient mis à découvert, dirimeraient bien des débats archéologiques!

II. Avant la découverte faite par notre honorable ami M. Adolphe Duchalais, relativement aux triens d'or du roi d'Aquitaine Caribert, à Banassac, nous eussions donné le second rang aux fondations monastiques de sainte Enimie, dans le viens de Burlatis. Mais il est maintenant démontré que le monastère de Saint-Martin est antérieur aux susdites fondations. En 630, ce dernier devait être dans un état assez florissant pour qu'il eût le droit de battre monnaie, sous le prince régnant. L'année 650 devait donc s'éloigner, au moins d'un siècle, de la date de fondation de l'abbaye. On peut donc rapporter au milieu du sixième siècle, vers S50 ou 40, rétablissement du monastère de la Canourgue qui, en réalité, n'est autre que celui de Banassac.

En 1000, plusieurs graves désoidres s'étaient introduits dans ce monastère ou canonica sancli Marimi. Les moines s'étaient sécularisés. Les dignités de

Page 1