PREMIÈRE PARTIE, NOTIONS PRÉLIMINAIRES
prévôt el de doyen éiaient tombées dans les mains de deux geiililshommes mariés. Kn un mol, l'abhaye n'avait conservé, de ce qui devait la caractériser, que son nom. Des abus de ce genre n'étaient point rares dans ces malbeureux temps. x\Idebert de Peyre, évéque de Mende, voulut y remédier. Ce prélat ne trouva pas de moyen pUjs etficaceque celui d'unir ce monastère à la célèbre abbaye de Saint-Victor de Marseille. Il fut stipulé que l'abbé ou supérieur ne pourrait être choisi parmi les originaires du pays situé entre les rivières d'Allier et de Tarn, ce qui comprend tout le Gévaudan et une partie de l'Auvergne et du Rouergue. Ce supérieur devait même être tiré de l'abbaye de Saint-Victor. Plus tard , ce monastère devint un simple prieuré conventuel avec douze places pour autant de réguliers. Enfin, l'établissement monastique finit par se séculariser. Le prieur fut à la nomination du roi. Huit prêtres nommés par ce prieur desservaient la paroisse installée dans l'antique abbatiale.
C'est au monastère de Banassac que doit son existence la ville actuelle de la Canourgue. Telle est, en effet, l'origine d'un assez grand nombre de nos villes de France qui tirent leur nom de ces institutions religieuses trop long-temps calomniées et livrées au mépris par les générations qui leur sont redevables de leur gloire.
Depuis le concordat de iSOl , la Canourgue , cheflieu d'une justice de paix , dans l'arrondissement de
70 r.ABALLM CHKISTJANU.M
Marnéjols, a une cure titulaire de deuxième classe. L'égîise conventuelle où elle est placée n'a eu à subir que des altérations très répara Mes. Il nous paraît constant que cet édifice, en ce qui concerne sa partie inférieure, date des premiers temps de la prise de possession par les religieux de Saint-Victor de Marseille. Il est rare de rencontrer un monument où le style roman soit marié avec tant d'harmonie au style dit gothique. Néanmoins, h une époque qu'on ne peut faire remonter au delà du seizième siècle, cette église a perdu au moins trois de ses travées les plus rapprochées du portail d'entrée. Les traces de cette dégradation sont très-apparentes. Telle qu'elle est, l'église paroissiale de la Canourgue est l'édifice religieux le plus remarquable du diocèse de Mende, quoiqu'il soit très-inférieur en ampleur à la cathédrale.
in. Nous avons dit précédemment que sainte Eniraie, fille de Clotaire II , fonda des établissements pieux dans le viens ou hameau de Burlatis. Il est certain que cette vertueuse princesse y institua une double communauté d'hommes et de femmes. On place la mort de sainte Enimie vers l'an 628. Depuis ce temps, les monastères de Burlatis eurent à subir, surtout dans le dixième siècle , de très-graves perturbations. Les biens de ces monastères avaient tenté la convoitise de plusieurs séculiers puissants. La discipline monastique avait dû nécessairement souffrir do ees affligeants désordres. Etienne I, évèque deMend^,
PP.iSirÈRE PARTIE, NOTIONS PRl LIMINAIRES. 71
s'occupa (le rétablir les insiiiiUions de sainte Enimie. En 95J , il plaça l'abbaye d'hommes sous raulorilé lutélaire de Dalmalius ou Dalmace, abbé de Saint- Théofrid (vulgairemeni Saint-Cbafie) au diocèse du Piiy. L'acte d'union fut passé à Rome en présence du pape Agapit II , devant l'autel de Saint-Pierre. Plusieurs évêques, prêtres et noiables personnages de la cour romaine, en furent les témoins. Le Pape, l'évêque Etienne et Gothescalcus, évèque du Puy, ainsi que Dalmatius, y apposèrent leur signature. Cela se passait le lundi o mai 951 , sous le règne du roi de France, Louis IV d'Oulre-Mer.
Dans nos Recherches sur sainte Enimie, publiées en 1846, nous fournissons plusieurs détails sur ce point.
Des deux églises construites pour les deux monastères, une seule, la plus ancienne, a subsisté jusqu'à nos jours. L'établissement monastique réformé, comme on l'a vu, resta debout jusqu'en 1789. Un prieur et sept ou huit religieux composaient la communauté. La paroisse de cette petite ville leur appartenait, et ils la faisaient desservir par quatre hebdomadiers vicaires. Le prieur avait la troisième place aux Etats de Gévaudan et la nomination à la dignité de capiscol dans la collégiale de Maruéjols. Le concordat de 1801 établit une cure de deuxième classe, h Sainte-Enimie, qui est aussi chef-lieu d'une' justice de paix. La sainte princesse qui a donné son nom à cette petite ville n'a point cessé d'être l'objet
72 GABALLM CHR19TIANLJI
d'une grande vénération dans toute la contrée. La fontaine de Burle et la grotte où sainte Enimie se retirait sont un but de pèlerinage. A défaut de monuments écrits et d'une légende qui ne puisse laisser aucune incertitude, le nom de sainte Enimie, inféodé depuis tant de siècles au hameau de Burlalis, est une charte dont il n'est pas possible de décliner l'authenticité. D'ailleurs, comme il a été dit plus haut, la transformation du vicus de Burlalis en une ville est un effet incontestable de la piélé catholique qui a enfanté de bien plus grandes merveilles.