CHAPITRE YII
Suite des principales institutions monastiques du Gévaudan antérieurement au quatorzième siècle.
IV. Le hameau ou viens ôe Langogne, aujourd'hui la ville la plus considérable de la Lozère, après Mende et Maruéjols, vit s'établir dans son sein , vers l'an 998, un monastère important. L'histoire locale raconte que Etienne, vicomte du Gévaudan, et Angelmode, son épouse, firent un pèlerinage h Rome, au retour duquel ils édifièrent une église en l'honneur des SS. martyrs Gervais et Protais. Le lieu est dcsi* gné sous le nom de Lm(7o?7î«m , entre le Gévaudan et le Vêlai , sur la rivière d'Allier, mais plus fréquemment on renconlre ce lieu désigné sous le nom de Lingonia. Les pieux époux adjoignirent à cette église un monastère qui fut placé sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Théofrid, dont il a été déjà fait mention. Cette fondation eut lieu sous l'épiscopat de Matafrid, Matafridus ^ qui gouvernait alors l'Eglise de Mende. Elle fut confirmée par Pierre, roi d'Aragon , dans un voyage qu'il fit à Montpellier, en i206. Le viens lingoniensis s'agrandit sous l'influence prolectrice des religieux que la piété des fondateurs avait dotés de plusieurs terres dans le Vêlai et dans
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le Gévaiidan. Ici, comme ailleurs, les guerres féodales et puis encore les guerres de religion exercèrent leurs dévastations accoutumées. Les huguenots du seizième siècle ne contribuèrent pas médiocrement à la ruine de ce monastère. Le peu de biens qui lui étaient restés, h titre de prieuré séculier, ne tardèrent pas h s'engloutir dans le goniïre révolutionnaire de 1789. On peut présumer avec fondement que l'église paroissiale actuelle de cette ville est la même que l'église conventuelle des SS. Gervais et Protais, qui remonte au moins au onzième siècle. Le style roman domine dans celte église avec toute la lourdeur qui lui est propre. Les modifications qui y sont survenues successivement ont considérablement altéré sa construction primitive. Elle possède un titre curial de deuxième classe.
La date de 998 précitée pour la fondation monastique de Langogne prouve que la croyance générale de ce siècle à la prochaine fin du monde, pour l'an mille, n'avait pas influé sur l'esprit d'Etienne et d'Angelmode. On pourrait cependant émettre quelque doute sur l'exactitude de cette date, et peut-être celte fondation serait plus convenablement placée aux premières années du siècle suivant.
Langogne tire son nom de la rivière de Lingoigne qui traverse la ville pour se joindre h l'Allier. Le prieur de Langogne avait le quatrième rang aux Etals du Gévaudan {Voir la note de ce chapitre à la fin du livre).