CHAPITRE IX
Chapitres collégiaux du Gévandan, avant la révolution de 17ga.
Peu de diocèses de France étaient dotés d'un aussi grand nombre de chapitres collégiaux que celui de Mendp, comparaliveinent h sa population et à son étendue territoriale; mais nous avons à déplorer la pénurie de documents qui pourraient nous instruire sur la date précise de leur fondation. Ils sont au nombre de cinq : ce sont les chapitres de Maruéjols, de Saugues , du Malzieu , de Bédouez et de Quézr.c.
I. La ville de Maruéjols, la seconde du Gévaudan» possédait une collégiale qui tenait le premier rang après le chapitre calhédral de Mende. La tradition constante du pays en attribue la fondation h un Aiit miraculeux. Selon cette tradition , un roi d'Aragon , prisonnier dans le château de Maruéjols, aurait été délivré par la puissante intercession de la Sainte- Vierge. Nous avons fait de longues, mais vaines, recherches pour découvrir le nom de ce prince et l'époque de sa délivrance. Ou lit dans VHistoire iCEs' pagne j par Feroyras, en 10 volumes iii-4o, de irèsininulieux détails sur les rois d'Aragon doit plusieurs ont été, en effet , prisonniers. Nulle part il n'est fait
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mention de Maruéjols comme le lieu de la captivité d'aucun d'eux. 11 nous paraît pourtant inconiesiable qu'un personnage de haut rang, quel que soit son titre, éprouva en ce lieu l'heureux effet de son recours à Marie. Nous trouvons cette preuve dans le patronage sous lequel cette collégiale était placée : c'était Notre-Dame de la Carce, Beata Maria de Carcere y ou Notre-Dame de la Prison. Il en reste encore un monument dans la niche qu'occupe la statue de la Sainte-Vierge, au centre de l'abside de l'ancienne collégiale , aujourd'hui paroissiale. L'on y voit un suppliant qui tend les bras vers Marie à travers les barreaux d'une fenêtre de château fort. Sur l'emplacement de ce château fut bâti plus tard le couvent des Capucins. Ce nom seul, de Notre-Dame de la Carce ou de la Prison , est une charte que ne peuvent atteindre les injures du temps. Ce roi captif serait-il .ïayme, roi de Majorque, fait prisonnier h Perpignan, ainsi que sa femme et ses enfants? L'historien espagnol n'indique pas le lieu de sa détention. Il dit seulement que ce prince fut assez heureux pour se sauver, par un conduit souterrain, de sorte que le roi D. Pedre ne put conduire, ea Catalogne, que la belle-sœur et les neveux de Jayme. Cela se passait en l'an 1285. Ce serait bien dans le cours du treizième siècle qu'aurait dû, en effet, être établi le chapitre de Notre-Dame de la Carce ou de la Prison à Maruéjols. Une grave difficulté se présente néanmoins ici : c'est qu'en l'an susdit, le Gévaudan n'était
PREMIÈRE PARTII', NOTIONS PRÉLIMINAIRES. î) f
plus SOUS la dépendance des rois d'Aragon, ni sous celle d'aucun autre prince espagnol. Toutefois l'historien Fereyras laisse entendre que Jayme était encore h cette époque seigneur de Montpellier et du Roiissillon. Ce qui vient d'être dit n'est qu'une présomption, comme on voit , mais ce fait pourrait aider à découvrir le nom du prince qui s'échappa de Maruéjols et l'époque précise de celle évasion providentielle , par l'intercession de la Sainie-Yierge.
L'Eglise, baiie pour servir de collégiale, fut ruinée de fond en comble quand les Calvinistes s'emparèrent de Maruéjols, vers le milieu du seizième siècle : c'est ainsi que procèdent habituellement l'hérésie et la démagogie. Si, en ces temps-là, subsistait encore quelque monument écrit de la fondation du chapitre et de l'église, il dût périr, surtout dans l'incendie de cette ville, prise en d586 , par les troupes de Henri lïl , sous le commandement du duc de Joyeuse. Mais on peut bien croire que les Protestants, qui avaient démoli l'église de Notre-Dame de laCarce, n'avaient pas épargné davantage les chartes de sa fondation qui, aux yeux de ces fanatiques, n'étaient pas dignes d'un plus grand respect.
Quand il fut possible de relever tant de ruines , Sylvestre de Marsillac, cvêque de Mende, s'occu[)a avec le plus grand zèle de la réédification de l'église collégiale. Voici le texte de la Gallia christiana : In œdificandà ecclesiâ insignis coUegialœ Beaiœ Mariœ de Carcere urbis Marohgii jam diu à novalorihus des^
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fructœ scdtilô lahoravit. o Sylvestre de Marsillac p'oc- » cupa avec soin de la construction de TEt-lise de » l'insigne collégiale de N.-D. de la Carce, depuis » long-temps ruinée pnr les novateurs. »
Cette nouvelle Eglise U\t terminée vers l'an 1670. En ces derniers temps elle a été agrandie, et au lieu des quatre arcades ou travées latérales de la construction primitive , il y en a maintenant cinq, ce qui donne une nef piincipale et deux collatéraux formant ensemble dix travées. Le style architectural de celte église est simple et dans le goût moderne. La tour campanaire, qui s'élève au flanc méridional et qui fait face à la ville, fut découronnée de son élégante toiture sous le régime révolutionnaire. On la remplaça seulement, vers 1818, par une couverture à quatre pans, en forme de flèche, et qui ne se dislingue que par sa lourdeur et sa difformité.
L'église agrandie et embellie a été consacrée le quatrième dimanche après Pâques, 9 mai 1852, par Monseigneur Foulquier, évèque de Mende, et son autel principal a été érigé en autel privilégié j par N. S. P. le Pape, Pie IX, à la même époque.
Le chapitre collégial de Maruéjols était formé d'un doven.d'un sacristain-curé, d'un capiscol, de huit chanoines et de quaire prébendes. Le doyenné et la cure étaient à la collation de Tévèque de Mende, le capiscolai à celle du prieur de Sainte-Enimie, et les canonicats à la collation alternative de Tévêque et du chapitre, qui avait seul le droit de conférer les prébendes.