PREMIÈRE PARUE, NOTIONS PRÉLIMINAIRES
ce dernier point de vue, les Cevennes ne seraient autre chose que sept veines ou sources. En ce cas, la véritable orthographe de ce nom serait Sévènes , en vertu d'une de ces contractions si fréquentes dans notre langue. Les sept rivières , seraient : le Lot , le Tarn , l'Allier , la Loire, le Gard ou Gardon, l'Ardèche et l'Hérault.
Pour ce qui est des montagnes, les partisans de ce système nomment leMezin, la Margeride, le Gerbier, la Lozère, l'Aigoual , l'Aubrac et le Cantal. Un auteur gévaudanois, le P. L'Ouvreleul, dit que les sept rivières ou veines, sont : l'Allier, le Lot, le Tarn, le Gard, le Gardon, la Ceze et la Troire ou Trueyre. Or, le bon doctrinaire fait mal h propos deux rivières particulières du Gard et du Gardon. Le Gard n'est autre chose que la réunion de quatre cours d'eau dont chacun porte le nom de Gardon. Ce dernier terme, en ancien langage du pays, est synonyme de ruisseau.
Il y a aussi quelques difficultés relatives aux montagnes désignées, car plusieurs géographes ne comptent pas le Cantal parmi les monts des Cevennes. Nous sommes donc dans la nécessité de renoncer absolument à toute étymologie prise des montagnes ou des rivières et de recourir à d'autres origines.
Si nous interrogeons Slrabon et Plolomée (et non pas Ptolémée), nous voyons qu'ils donnent à nos montagnes le nom de région Cemmène ou Cemméni- (jue. De ce terme grec Kep-asvov dérive manifeste-
ment le nom latin Cebenna dont César fait mention aji livre VIII de ses Commentaires. Pline écrit que la province Narbonnaise était séparée du reste des Gaules par les montagnes qu'il nomme Cebenna et que Pomponius Mêla nomme Cebennici montes. 11 n'y a ici rien qui favorise, le moins du monde, l'étymologie prise des rivières ou des montagnes précitées.
Adrien de Valois nous apprend que fréquemment dans les auteurs du moyen-âge, on trouve Gebennœ pour Cebennœ. Ceci n'est qu'une nouvelle altération du KepfjLÊVov des auteurs grecs déjà nommés , et jamais les auteurs latins n'ont employé l'appellation de Sevenœ ou de Sevennœ. Ce qui vient d'être dit suffit pour faire tomber complètement l'étymologie vulgaire et pour fixer, d'une manière certaine, l'orthographe de ce nom francisé, en écrivant CEVEN- NES et jamais Cévennes, Sévennes ou Sévènes,
Qelques documents achèveront de nous convaincre sur ce point et nous révéleront de nouveaux détails.
Le poète latin auteur de la Pliarsale parle ainsi qu'il suit de cette contrée montueuse : Quœ monlibus ardna summis Gens habitat canâ pendentes nipe Cebennas.
« Parmi les nations militantes on voyait celle qui » est comme perchée sur le sommet de ses monta- » gnes, et fait sa demeure dans les Cévennes héris- » sées de rochers escarpés et suspendus dont la neige » blanchit les cimes. »
Ne dirait-on pas que Lucain a parcouru cette âpre contrée ?
PREMIÈRE PARUE, NOTIOÎnS PRÉLIMINAIRES. Il)
Sidoine Apollinaire dit à son livre, qne sur la roule de Clermoni à Narbonne « il sera vu par la » Lozère, dont le sommet est plus élevé que le mont » Caucase , des Scythes. »
Hinc te Lesora Caucasiim Scytharum y incens aspiciet.
Laissons maintenant parler le poêle Ausone qui dit, au sujet de Toulouse :
Non reticebo Tolosam
Inniimeris ciiUam populis confinia propter Ninguida Pijrenes et pinea Cebennarum Inter aquitanas génies et nomen Iberiim. «Je ne t'oublierai point, ô cité loulonsaine, as- » sise entre les peuples de l'Aquilaine et de l'Ibérie, » recueillant dans tes murs une population innom- » brable et confinant aux Pyrénées blanchies par la » neige et aux Cevennes qu'ombragent des forêts de » pin ! »
Ces vers du poète bordelais nous montrent les Cevennes couvertes de pins , dans le quatrième siècle. En effet, cet arbre résineux y prospère parfaitement , surtout dans les Hautes-Cevennes, car dans la partie la plus rapprochée du département du Gard, les châtaigniers occupent presque totalement le territoire. Il se peut aussi que, dans ces anciens temps, cette dernière espèce d'arbres fruitiers fût moins commune ou peut-être inconnue dans les Cevennes.
Il est important de faire observer que l'appellation do Cevennes n'est habiluellemenl affectée, dans le
pays, qu'à la partie méridionale qui forme l'arrondissement de Florac. On soupçonne h peine que les arrondissements de Monde et de Maruéjols sont classés par les géographes dans la région connue sous le nom de Cevennes. 11 est vrai aussi que sous le rapport du sol, des productions, du climat, des mœurs, des usages , on remarque une grande différence entre les Haules-Cevennes et les Basses-Cevennes. Mais la classification géographique n'en est pas moins un fait positif.
Quelle pourrait être maintenant l'étymologie radicale du nom grec Kepipievov d'où s'est formé celui de Cemènes et puis de Cevennes? Serait-ce le terme homérique K£p.aç qui signifie chevreuil ? Il nous semble incontestable que les Cevennes anciennement couvertes de sombres forets devaient nourrir un grand nombre de cerfs et d'autres animaux de celte espèce. Il y a dans ces contrées deux localités connues sous les noms de Serverelte et Servières. On écrivait autrefois Cerverette et Cervière. Ces deux dénominations semblent accuser le mol latin cervus, cerf. Or, le grec Ke^xa? indique aussi le faon de la biche, femelle du cerf. Nous n'attachons à ceci qu'une importance secondaire, mais on conviendra bien qu'on est unanimement d'accord sur un très-grand nombre d'élymologies qui ne sont pas plus lucides que la nôtre. N'omettons pas surtout que dans des temps trèspeu éloignés de notre époque , les cerfs et les chevreuils étaient l'objet de bruyantes chasses, sur les