PREMIÈRE PARTIE, NOTIONS PRÉLIMINAIRES
cette réédification, la cathédrale acluelle n'apparaîtrait à ses yeux que comme une première et timide ébauche du système ogival primitif. On voit cependant qu'il n'en est rien.
Il est résulté de ce grand travail, en sous-œuvre, un édifice qui , tout en restant fidèle aux principes du système ogival , n'en reproduit pas la svelie et gracieuse légèreté. Ces arcades d'une construction lourde, s'appuyant sur de gros piliers ronds sans aucune espèce d'ornement , impriment à ki grande nef un caractère de sévérité qui convient à la gravité solennelle du culte chrétien , mais nullement en harmonie surtout avec la grande flèche pleine d'élégance et de hardiesse qui s'élève au côté gauche de la porte occi* dentale. Celle-ci attend encore ce qui lui manque en totalité pour recevoir le nom de [lortail j)rincipal d'une cathédrale.
Il est temps de décrire cet édifice. La cathédrale de Mende est bâtie sur le plan imposé par les constiuitions apostoliques; elle a donc la forme d'un vaisseau. C'est sur le même plan que s'élevaient les anciennes basiliques profanes qui servaient de prétoire à la justice. On n'y trouve donc point le transsepl ou croisée de la plupart de nos cathédrales. Cela ne peut cependant être considéré comme un défaut, quand nous voyons la magnifique métropole de Bourges se faire justement admirer , quoique dépourvue d'un transsepl. La belle cathédrale d'Albi est aussi en forme de basilique et l'on sait que le siège de Mende
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point, certes, à cause de leur mérite architectural, mais parce que leur ruine aurait entraîné celle d'une partie de la ville, devenue la conquêtede ces fanatiques. Les deux bourdons et tout le reste de la sonnerie des deux tours, ainsi que celle des autreséglises deMende, furent changés en canons. Après avoir, pendant dixhuit mois, couvert de sang et de ruines tout le pays, après avoir recueilli un immense butin , Merle accepta une capitulation et emporta dans le Bas-Languedoc, au château de la Gorce, le fruit de ses rapines.
La cathédrale ne présenta donc plus qu'un vaste amas de décombres. Nous ne possédons absolument aucun document qui puisse nous guider pour l'appréciation du style et du génie architectonique de l'édifice entrepris par Urbain Y; il est néanmoins présumable que le système ogival, surnommé gothique, avait présidé h cette construction. Ce qui le prouverait, c'est que François de la Rovère, en édifiant les deux clochers, voulut sans doute les harmoniser avec le monument qu'ils étaient destinés à compléter. Or on verra par la description que nous aurons à faire , en son lieu , de ces deux chefs-d'œuvre , qu'ils appartiennent au système ogival le plus pur et le plus gracieux.
Maintenant, selon notre coutume, nous laisserons parler l'auteur du pouillé capilulaire. Il nous racontera dans son style simple, qui porte le cachet de la vérité, le désastre qu'éprouva la cathédrale : « Ceulx » de la relligion prétendue relformée surprirent cette
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» ville pendant qu'on disoit la messe h minuit, en » 1579, et après auoir pillé et saccaigé les reliques, » ornement de l'églize et uolc les litres du seigneur » éuesque, chapitre et clei'gé et fondu les cloches pour 0 les conuertir en artillerie , ils démolirent ce grand » édifice de l'églize cathédralle qui fenst depuis remi'^e » par iTiessire Adam de Hiirlelou éuesque et chapiîrc » qui uendit à pacte de rachapl les villaiges de Cha- B banes, Bahours , Canturueiols, le Bouschei et au- » très pour remestre l'églize en estât qu'elle est h » présent et le zèle des chanoines feust si grand qu'ils » se seruirent de la meilleure partie de leurs reuenus » pendant leur bastiment.
« Prix faict pour tenir le chapitre ouuert où se fai- » soit le service après que la grande églize feust dé- » truitle par le capitaine Merle, de l'an 1596. »
En résumant plusieurs indications de ce pouillé, nous établissons la série des faits relatifs à cette reconstruction de la cathédrale.
Il y eut une députaiion , ce que nous nommons aujourd'hui une commission, pour prendre connaissance et régler le compte des secours accordés par le roi en faveur de ce grand travail de réédification , en l'an 1602. Ce roi , comme on voit, était Henri IV.
Plusieurs aliénations du temporel du chapitre furent faites pour subvenir aux frais.
L'évêque et le clergé s'imposèrent de grands sacrifices pour le même objet.
Le pouillé indique les pièces qui contiennent le prix
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table chef-d'œuvre de hardiesse que la plume est impuissante à décrire. Celle galerie est formée d'arcsboutans qui, d'un côté, reposent sur la galerie ellemême, et de l'autre vont aboutir à la flèche dont ils sont les soutiens. Les angles sont des clochetons prismatiques dont chacun est couronné d'une girouette. Du centre de ce merveilleux enlacement d'aiguilles et d'arcs-boutans prend son essor la haute flèche octogone , digne couronnement de celle tour. Les vives arêtes de celle flèche , selon l'usage adopté pour le style flamboyant, sont hérissées, de la base au sommet, de crochets ou crosses végétales. Enfin le point culminant est orné d'une boule surmontée d'une croix qui a bravé jusqu'à ce moment la fureur des huguenots du seizième siècle et celle des jacobins non moins fanatiques du règne sanglant de la Convention. Du pavé de l'église à la base de celte croix, ce grand clocher s'élance à une hauteur de quatrevingt-quatre mètres ou environ deux cent cinquante anciens pieds de roi.
Le petit clocher qui, parallèlement au grand, occupe l'angle méridional se fait moins remarquer par le luxe de sou ornementation. Sa flèche, dépourvue du cortège de clochetons, repose sur une tour carrée que borde une galerie et sa hauteur ne dépasse pas soixante-cinq mètres. Mais ici le connaisseur admire un tour de force architectural ; c'est que la flèche, au lieu de reposer sur les murs, est fondée sur la plate forme, en retrait de sa base naturelle.