CHAPITRE PREMIER
Discussion sur rantériorilé de l'épiscopat de saint Sévcrien à celui de saint Privât.
Pour rencontrer la vérité ou du moins acquérir une grande probabilité sur un fait ancien et contesté, il faut se dépouiller de tout préjugé, s'affranchir de tout système préconçu et procéder avec une parfaite impartialité. C'est bien là ce que nous nous proposons de faire, Dieu aidant, et du fond de ce débat jailliront peut-être quelques lumières.
En cherchant à démontrer dans la première partie que Mende a été, depuis le troisième siècle, le siège des évêques du Gévaudan , nous avons à peine louché la question de l'origine de celle Eglise. Ici nous devons la traiter avec l'étendue que comporte notre plan.
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Nous venons établir d'abord que saint Privai n'est désigné dans aucun monument de l'antiquité comme premier évêque du Gévaudan. On n'ignore pas que le plus ancien écrivain qui parle de cet évêque est Grégoire de Tours. Voici l'exacte traduction du passage où il en est question : « Les Alamans s'étant » jetés dans les Gaules, saint Privât , évêque de l'Eglise » Gabalitaine ( Gabalitanœ Ecclesiœ episcopus ) fut » trouvé dans une grotte auprès de Mimât. Là il va- » quait à la prière. Il y avait été renfermé par la » garnison de Gredon (Grèzes). Mais le bon pasteur, » ne voulant point abandonner ses brebis aux loups, » fut pressé d'immoler aux démons , et comme il » n'y voulut point consentir, il fut battu de tant » de coups de bâton, qu'on le crut mort, et il en » avait été tellement froissé que, peu de jours après, » il expira.»
L'abbé de Marolles, traducteur de Grégoire de Tours, fait observer, dans une remarque, l'erreur de Yigenère, qui avait traduit par Lodève les mois Urbis Gabalitanœ , tandis que c'est bien de la capitale du Gévaudan que l'bistorien a voulu parler. Puis il ajoute : «Toutefois le martyrologe françois dit que » saint Privât estoit évesque de Mandes et qu'il fut « le second de cette Eglise-lh qui endura le martyre » sous la tyrannie de Chrocus. Sa feste se célèbre » le 21 jour d'Aoust.» (Edition de 1658).
On voit que Grégoire de Tours ne dit absolument rien qui fasse présumer que saint Privât a
été le premier évêque de Mende, rien qui le présente surtout comme fondateur de cette Eglise.
Son traducteur, l'abbé de Marelles, nous dit que saint Privât est porlé dans le martyrologe des saints de France, comme le second évêque de ce pays, souffrant la mort sous le tyran Chrocus.
Nous poursuivons nos recherches et nous lisons dans l'histoire de YEglise Gallicane par les PP. Lon^ gueval, Fontenay, etc., sous Tannée ^63, ce qui suit : «Chrocus passa dans le Gévaudan et mit le » siège devant le château de Grèze où les principaux » habitants de la province s'étaient réfugiés avec leurs » effets. Saint Privât, évêque des Cabales, ne crut » pas devoir s'enfermer dans cette place que sa situa- » tion rendait imprenable. Il s'était fait une espèce » de grotte sur la cime d'une montagne proche de » Mende, qui n'était alors qu'un village, et il allait » souvent s'y délasser de ses travaux apostoliques. » Les auteurs de cette histoire continuent ce récit, d'après Grégoire de Tours, d'après les Bollandistes, Surius et autres, où les circonstances du martyre de saint Privai sont racontées. Ici encore , pas un seul mot favorable à l'opinion qui fait de saint Privai le premier évêque du Gévaudan.
Interrogeons maintenant une grave autorité, celle du martyrologe romain. Nous y trouvons trois martyrs du nom de saint Privât. F.e premier est le nôtre: Duodecimo kalendas septembris in terrilorio Gavalilano sancti Privait episcopi et martyris qui passus est in persecutione Valeriani et Galieni.
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«Le douze des Kalendes de septembre (21 août), » dans le territoire Gavalilain , fêle de saint Privât, » évêque et martyr, qui souffrit durant hi persécution » de Valérien et de Galien.»
Les deux autres sont : 1° pour le 4 des kalendes d'octobre ou 28 septembre, saint Privât, martyr à Rome, que le pape saint Calixte guérit des ulcères dont il était rongé, et qui ensuite, sous l'empire d'Alexandre , fut battu , pour la foi de Jésus-Christ, de fouets plombés, jusqu'à ce qu'il expirât; 2° pour le 12 des kalendes d'octobre ou 20 septembre , les deux martyrs saint Denis et saint Privât qui souffrirent dans la Phrygie.
Il est évident encore ici que le martyrologe romain ne donne pas h saint Privât du Gévaudan le litre de premier évêque de cette contrée.
Veut-on d'autres preuves? Elles abondent. Le martyrologe de saint Jérôme (Hieronymianum) dit, sous le 21 août : In Gavalis vico Mimmatensi (sic) passio sancti Privati marlyris. « Parmi les Cavales , » au village de Mende, la passion de saint Privât, » martyr.» Ici on a omis, pour saint Privât, sa qualité d'évêque.
Le martyrologe d'Usuard s'exprime ainsi : Passîo sancti Privali qui Valeriani et Galieni temporibus cùm esset episcopus Minatensiiim ( pour Mimatensium) ob sanctœ fidei confeasionem à barbaris flagris et ustionibiis a/flictus tempits lerminavit. « La passion de » saint Privai qui , au temps de Valérien et de Ca^
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» lien , étant évêque de Mende , après avoir souffert » pour la sainte foi , les coups de bâton et les tor- » tures par le feu que lui infligèrent les barbares, » termina enfin sa carrière.» Usuard place celle solennité au 21 aoiiL
Ce qui suit est bien plus explicite. Le grand ouvrage d'Alban Butler, traduit par Godescard, sous le litre de Vies des Pères, Martyrs , etc., donne une vie assez ample de saint Piivai. Non seulement on n'y dit pas que ce saint ait été premier évèque de Mende, mais on y dit que cette église ne met aucun évêque avant saint Privât, si ce n'est saint Sévérien. Nous n'en sommes point encore à ce dernier. Nous nous contentons de constater que dans toutes les citalions précédentes, le titre de premier évêque du Gévaudan n'est pas donné h saint Privât.
Il est maintenant d'une très-grande importance de remarquer que le martyrologe romain ne manque point d'ajouter au nom propre d'un évêque, qui a fondé une Eglise, la qualité que nous ne trouvons nulle part donnée h saint Privât. Ainsi le martyrologe nomme saint Amant, premier évêque de Rodez; saint Austremoine, premier évêque d'Auvergne ou Clermonl; saint Gatlen , premier évêque de Tours ; saint Ausone, premier évêque d'xAngoulême. Ainsi des autres. Pourquoi donc le martyrologe ne donnet-il pas h saint Privai le titre de premier évêque du Gévaudan? C'est bien, sans nul doute, par respect pour la tradition antique. Or, on a vu que celte
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Iradi lion s'obstine, sans exception, à désigner simplement saint Privai comme évêque du Gabalum ou de M en de.
Nous passons à des témoignages plus récents. C'est un ouvrage fort intéressant qui a pour titre : Origi^ nés des Eglises de France, par Dufraisse, chanoine deClermont, dans le dix-septième siècle. L'auteur s'y occupe en particulier de son Eglise d'Auvergne. Il s'exprime ainsi qu'il suit sur saint Privât: «Ce » saint envoyé h Mande par le même apostre (saint » Austremolne) mourut des coups qu'il rcceut des » soldats de Chrocus , l'an 267.» A la suite de ces paroles et immédiatement, cet auteur nomme saint î^irmin premier jévêque d'Amiens ; saint Nicaise premier évêque de Rouen ( ici il y a une erreur typographique ou autre, car c'est Reims et non pas Rouen); saint Saintin premier évêque de Meaux ; saint Tauvm premier évêque d'Evreux. Pourquoi donc Dufraisse omet-il pour saint Privât la qualification de /^rem/er évêque du Gabalum j quoiqu'il le représente comme envoyé dans ce pays par saint Austremoine? Cette omission nous semble motivée par une arrière pensée. Il ne l'a pas exprimée, mais nous croyons ne pas nous tromper en disant que Dufraisse, qui con^ naissait bien l'antiquité, ne considérait pas saint Privât comme le premier missionnaire apostolique fondateur de l'Eglise gabalitaine. On nous objectera qu'à l'époque où Dufraisse écrivait on faisait à Mende la fête d'un saint Sévérien , prédécesseur de saint
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Privât, et qu'alors on n'avait pas encore découvert l'erreur qui fut reconnue plus lard.
Ceci nous amène à la grande question d'un saint prédécesseur de saint Privât. Ce premier évêque du Gévaudan est connu sous le nom de saint Sévérien , sanctus Severianus. Pendant plusieurs siècles on a célébré sa fête dans le diocèse de Meude. Elle était fixée au 26 janvier. INous lisons dans une noie annexée à la Vie de saint Privât, par l'abbé Rabeyrolle, vicaire-général de Mende, publiée en 1857, que Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, évêque de ce diocèse, supprima, en 1765, la fête de saint Sévérien, parce que, à la suite des enquêtes les plus exactes et après le plus mûr examen, il fut reconnu que ce sainl n'était autre qu'un évêque de Gabalis en Syrie. L'abbé Rabeyrolle invoque l'autorité de Tillemoni, deBaillet et «celle d'un grand nombre d'historiens, de plu- » sieurs bulles d'Urbain V, du cardinal Baronius, qui » fit effacer du martyrologe romain le nom de Sé- » vérien, qu'on avait prétendu avoir été évêque du » Gévaudan et prédécesseur de saint Privât , tandis » qu'il avait été évêque de Gabalis en Syrie.»
Nous eussions bien voulu que ce respectable vicairegénéral de Mende nous ciiât quelques-uns de ces nombreux historiens et principalem-ent les bulles d'Urbain V. C'est ce qu'il ne fait pas. S'il est vrai surtout que le pape Urbain \ ait déclaré dans une setile bulle que saint Sévérien ne fut point évêque du Gévaudan , que ce pape originaire du pays ait
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réprouvé la solennité du 26 janvier, nous ne pouvons comprendre comment, pendant près de quatre siècles après Urbain V, on a persisté à célébrer à Mende la fête d'un saint Sévérien qui n'aurait jamais été évêque de cette contrée ! Nous ne pouvons pas mieux nous expliquer pourquoi, long-temps après la décision du cardinal Baronius, on s'est enfin ravisé en 1765 et seulement en cette année! Il est vrai qu'à cette dernière époque on a abandonné la liturgie romaine pour adopter le nouveau rit de Paris , mais nous aurons à revenir sur ce point.
Baronius a-t-il rayé des diptyques de Mende saint Sévérien comme on l'a avancé? Voici ce qu'il a fait. Pendant long-temps le martyrologe romain mentionna un saint Sévérien , évêque de Cabales en Syrie. Dans plusieurs auteurs de l'antiquité , cet évêque est loué pour sa rare éloquence , pour son érudition et même pour sa sainteté. Il était contemporain de saint Jean Chrysostome. Mais il fut démontré que cet évêque syrien s'était montré animé d'une basse jalousie contre le saint archevêque de Constanlinople et que l'auguste qualité de saint ne pouvait lui être attribuée. On sait que saint Jean Chrysostome, né en 547, mourut en 407. Sévérien de Cabales (et non de Cabalis) en Syrie avait composé surtout un admirable traité sur l'Epiphanie et un autre sur le baptême, dont on ne retrouve plus la trace. Les louanges prodiguées h l'auteur et aux ouvrages ne semblaient point à Baro-
iiius une juste compensation des outrages dont il s'était rendu coupable envers saint Jean Chrysostonie, et dès-]ors, comme il a été dit, Sévérien fut expulsé du martyrologe romain. Nous demandons à tout esprit impartial s'il y a, dans ce qui vient d'être expose, quelque chose qui ait rapport au culte de saint Sévérien, évéque de Ga^a/zim ou du Gévaudan. S'ensuitil qu'il n'ait pas existé un saint Sévérien , prédécesseur de saint Privât? Celui de Cabales ou Cabala en Syrie vivait dans la seconde moitié du quatrième siècle, tandis que nous faisons vivre saint Sévérien du Cévaudan dans la première moitié du troisième siècle. Il y a donc un siècle de distance entre les deux Sévérien. 11 n'est donc pas possible d'invoquer l'autorité du grand cardinal Baronius, en faveur de la suppression de la fête de saint Sévérien , évêque du Gévaudan.
Le savant ouvrage des BoUandistes va nous fournir de nouvelles preuves à l'appui de notre opinion. Nous y trouvons, sous le 2o janvier, plusieurs particularités relatives à saint Sévérien du Cévaudan. Selon ces auteurs qui , comme on sait, ont réuni dans leur immortel ouvrage un nombre immense et incalculable de documents, les actes de saint Sévérien du Gévaudan ne sont pas connus. Ils citent néanmoins plusieurs traditions recueillies dans les archives de révêché de Mende. Nous reproduisons ce qu'ils ont tiré d'un catalogue dressé par Jean Chenu, qui déclare l'avoir extrait de ces archives. Saint Sévérien
fut ordonné par saint Martial qui , étant allé dans le Gévaudan, fonda dans la ville de Mende une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge. En ce tempslà, le Gévaudan avait pour roi ou tétrarque un prince païen que saint Sévérien convertit. Ce roi, qui n'avait point d'enfants, pour témoigner à son évêque sa reconnaissance, lui fit don de la contrée tout entière, et c'est pourquoi les évoques de Mende ont été pendant long- temps souverains temporels de ce pays. Tel est le récit de Jean Chenu.
Catel , cité par les mêmes Bollandistes , déclare dans son Histoire de Languedoc , qu'il ne peut ni affirmer, ni réfuter ce récit. Nous convenons que cela est fort prudent. Les Bollandistes ne veulent pas non plus se porter comme garants du même récit, mais comme ils semblent ignorer que les évêques de Mendo ont été souverains temporels de ce pays, ils croient pouvoir citer du moins à l'appui de ce fait un témoignage de Martin Sanut ou Sanuti qui trouva à Venise une lettre, sous la date de 1520, qui portait en tête ces paroles : Venerabili in Clirislo patri ac Domino siio Carissimo Gnillelmo divijiâ providentiâ episcopo Mimalensi et comiti Gabalilanorum. o Au » vénérable père en Jésus-Christ et h son seigneur » très-cher Guillaume, par la Providence divine, » évêque de Mende et comte de Gévaudan. » Les Bollandistes, qui ne savaient pas qu'en effet les évêques de Mende ont été comtes et seigneurs suzerains de ce pays, trouvent cette date de 1520 trop
récente, pour qu'il en puisse résulter la preuve que les évêques du Gévaudan en furent seigneurs temporels, et ne croient pas qu'on puisse se servir de ce document pour démontrer la vérité du récit de Jean Chenu. Or, pour nous, cette souveraineté temporelle des évêques de Mende, dans les temps anciens, est un fait totalement incontestable. Le doute des Bollandistes est donc un nouvel argument favorable à notre cause.
Au surplus, nous ne tenons pas à faire sortir la souveraineté temporelle des évêques de Mende de la donation racontée par Jean Chenu ; mais nous ne pouvons pas abandonner ce qui se réfère h l'épiscopat de saint Sévérien , disciple de saint Martial.
Ce n'est pas tout. Indépendamment de ce qui vient d'être dit, les Bollandistes n'émettent aucun doute sur Texistence d'un saint Sévérien , évêque de Gabalum ou Gévaudan. Après avoir parlé de Sévérien, évêque de Gabala en Syrie, et avoir rapporté les détails que nous avons transcrits sur cet évêque et qui tendent h lui refuser la qualité de saint, ils disent en parlant de celui du Gévaudan Satictiis Severianus. Au sujet de celui de la Syrie ils disent : Alius Seve^ rianus Gabalensis Sijrus. « Un autre Sévérien de Ga- » bala en Syrie.» Ils ne confondent donc pas ces deux évêques, comme on le fit mal à propos en 1762 ou 65 , et comme le fait l'abbé Rabeyrolle dans son opuscule sur saint Privât.
La note précitée de ce dernier opuscule cite Baillet
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comme partisan de la réforme qui fut faite sous l'évèque Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré. Nous répondons à ceci comme il suit : 1° Baillei, dans sa Vie des Saints j sous le 21 août, se contente de donner à saint Privât le litre d'évêque du pays de Gévaudatij et il ne dit pas un seul mot pour prouver que saint Privai a été premier évêque du Gévaudan ; 2" Baillet, qu'on a nommé à juste litre le dénicheur des saints, dit en parlant de saint Privai : «Des au- » leurs font saint Privai successeur immédiat d'un » Sévérien qu'on dit avoir étédisciplede saint Martial » de Limoges et fondateur de cet évêclié. Mais il est » à craindre que dans l'obscurité de cette origine , » Sévérien, évèque de Gabalis en Syrie, vivant au » commencement du cinquième siècle , renommé par » son éloquence, mais décrié en même temps par ce » qu'il a fait contre saint Jean Chrysostome , n'ait » été pris pour cet évêque de Gabales en Gévaudan , » dont on fiiit une fêle à Mende, le 25 de janvier, » remise au lendemain , à cause de la conversion de » saint Paul. Quoiqu'il en soit, saint Privai ne tra- » vaillant pas avec moins d'ardeur , etc.» Après ces paroles, Baillet continue la vie de saint Privât.
Pour quiconque cherche franchement la vérité, que prouve ce passage de Baillet? Une seule chose. C'est que cet auteur craint qu'on n'ait fait de Sévérien, évèque en Syrie, un saint Sévérien, évêque du Gévaudan. Une crainte de ce genre n'est pas un argument sérieux, et l'on a vu que Baillet fait
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très-bon marché de sa crainte, en terminant par ces mois : «Quoi qu'il en soit...»
Nous résumons les autorités citées par l'abbé Rabeyrolle : 1° Le grand nombre d'historiens. II n'en cite pas un seul ; 2» Les bulles d'Urbain V. Où sont ces bulles? Il paraît bien que Baronius et les Bollandistes n'en ont pas connu une seule ; 5» Baillet. On vient de voir comment s'exprime cet auteur; 4° Tillemont. Nous aurons h en parler dans le chapitre suivant.
Nous avons au contraire prouvé que, nulle part , on ne rencontre saint Privât qualifié de premier évêque du Gévaudan ; que saint Sévérien , évèque du Gévaudan , n'a pas été le moins du monde éliminé du catalogue des saints par Baronius; qu'il existe des témoignages en faveur de saint Sévérien, considéré comme prédécesseur de saint Privât.
Voici encore un de ces témoignages digne de notre attention. Nous le tirons de V Histoire de l'Eglise gallicane , par le père Longueval pkis haut cité : «Les » anciens martyrologes font mention au 25^ jour de » janvier, d'un Sévérien, évêque, apud civitatem Ga- » balensem , ce qui peut signifier ou Cabales de Gé- » vaudan, ou Gabales en Syrie, dont un Sévérien » était évêque au commencement du cinquième » siècle. Baronius l'a entendu de Gabales en Syrie, et » jugeant avec raison que Sévérien, qui en était évê- » que, ne méritait pas d'être mis au rang des saints , » il l'a retranché du martyrologe romain, \\ est plus
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» naturel de croire que c'est de Sévérien, évêque du » Gévaudan, qu'ont parlé les Martyrologes. »
Ce passage achève de convaincre tout homme im- I)artial que la radiation opérée par \e cardinal Baronius , loin d'être défavorable h l'opinion par nous soutenue, vient lui prêter un nouvel appui. Il est de la dernière évidence que l'antiquité , en donnant le titre de saint à un Sévérien, évêque de Cabales, n*a pas voulu l'attribuer à celui de la Syrie, mais bien à un Sévérien du Gévaudan , prédécesseur médiat ou immédiat de saint Privât.
Prétendrait-on que cette coïncidence de nom , de qualité, de ville est inexplicable? Nous disons qu'elle est singulière, mais elle le serait bien davantage 1° si les deux évêques du nom de Sévérien avaient vécu en même temps; 2° si tous les deux avaient le titre de saint. Or, cela n'est pas. Une singularité, quelque grande qu'elle soit, ne saurait autoriser un historien grave h révoquer en doute et surtout à répudier un fait. Nous ouvrons donc notre catalogue par saint Sévérien et nous devrons fournir d'autres détails.
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