ETIENNE II
Le treizième siècle, pendant ses vingt-trois premières années, nous a montré Guillaume IV. Nous lui voyons succéder en 1225 Etienne II , surnommé de Brioude, Steplianus Brivatensis ou bien d'Arrabagmes. Il fut élu par le chapitre et sacré à Rome , du consentement de l'archevêque de Bourges, par Gaultier, 71^évêque de Chartres. Ce fait est consigné dans l'histoire des évêques de ce dernier siège. Néanmoins, selon ce qu'en rapportent les archives du Vatican, Etienne aurait reçu la consécration des mains du pape Honorius III.
La bulle de confirmation donnée par ce pape mentionne la dispense d'empêchement de légitimité accordée par son prédécesseur à Etienne. Or , le prédécesseur d'Honorius III était le grand Innocent III , mort en 1216. Cette dispense se rapporte donc à l'ordre de prêtrise et non point à l'épiscopat. Quant
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au premier surnom , Etienne le doit à son titre de bénéficier sacristain du chapitre de Brioude. Il doit le second , celui d'Arrabagmes , au lieu qui le vit naître.
On a beaucoup loué cet évèque de son zèle à protéger les gens de la campagne contre les seigneurs qui les opprimaient, au point de les empêcher de labourer leurs terres aux jours ouvrables. Il ne faut pas oublier que les paysans étaient alors en état de servage et que la noblesse féodale aggravait trop fréquemment le joug de cette dure condition. Etienne ne pouvant réussir par ses avis paternels à corriger ces abus, eut recours à la force. Qui oserait l'en blâmer? 11 fit venir de la province d'Auvergne des soldats qu'il mit sous la conduite du seigneur de Mercœur et du comte de Boulogne. Leurs armes victorieuses ravirent à Bandon de Châteauneuf dix-huit places ou châteaux dont la possession avait fait de ce seigneur un véritable tyran du pays. Un autre puissant baron, tout aussi coupable de vexations, futbaltu par les troupes d'Etienne et il n'y eut de blessé dans ces dernières qu'un archidiacre, de la maison de Peyre. Il est inutile de rappeler que les évêques de Mende étaient alors seigneurs temporels du Gévaudan. Celte souveraineté épiscopale fut dans les mains d'Etienne très-salutaire aux paysans opprimés. Il nous semble opportun, surtout en notre siècle, de retracer des événements de ce genre, afin qu'il demeure bien constant que l'Eglise se montrait en ces temps-là
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pleine de sollicitude pour les classes inTérieures qu'elle protégeait contre le despotisme féodal , quand les seigneurs méconnaissaient les devoirs que leur rang leur imposait.
Etienne II mourut aveugle dans un âge fort avancé en un lieu que la Gallia Chrisiiana nomme Canogum, Cette mort arriva probablement en 1245 ou 124G. (Voir la note du présent chapitre , à la fin du volume.)
ODILOiN DE MERCŒUR.
Après la mort d'Etienne II, l'élection de son suc^ cesseur fut orageuse. Les chanoines se divisèrent en deux factions. Les uns élurent Arnaud de Peyre, prévôt du chapitre , tandis que les autres donnèrent leurs voix à Bernard d'Apcher. Les deux contenu dants finirent par renoncer à leur élection pariielle et le pape Innocent IV nomma au siège de Mende Oflilon de Mercœur. Ce prélat était issu de l'illustre maison de ce nom, en Auvergne. Son père était Berauld, Beroaldus , marquis de Mercœur; Adélaïde ou Alix de Bourgogne fut sa mère. Ce prélat montra beaucoup de zèle pour les intérêts de son Église. \\ ^hàtit près du confluent de la rivière du Loi avec celle %ie Bramont, qui recueille les eaux du Vaidonez, un château nommé Bella-Sedes ou Beanséjour, dont
l'idiome du pays a fait Balsiéges. La paroisse de ce nom est à quelques kilomètres de Mende. Pour dédommager son chapitre, auquel ce territoire appartenait, il lui accorda les églises de La Champ et de Saint-Martin de Campselade. Le sénéchal de Beaucaire avait ravi à l'évêque de Mende le droit de battre monnaie; Odilon de Mercœur rentra dans celte prérogative princière en d266.
Nous avons maintenant à signaler une erreur commise par les auteurs de la Gallia Christiana^ par L'Ouvreleul, par Daudé de Labarthe, par le manuscrit dit de Saint-Privat , et, ce qui est plus regrettable, par le dernier rituel de Mende. Elle consiste à donner pour successeur à Odilon de Mercœur un évêque du nom d'Odilon du Tourne! . Hugues du Tems soutient et prouve que ce dernier n'est autre qu'Odilon de Mercœur lui-même, avec la variante du surnom féodal. Nous citons textuellement notre auteur a Odilon du Tournel est un personnage » supposé qui n'est pas différent d'Odilon de Mercœur » lui-même. En voici la preuve. On convient que le )y même Odilon de Mercœur était doyen de Brioude » en 1247 , lorsqu'il fut nommé évêque de Mende et » qu'il conserva le doyenné avec l'évêché. Or, il » possédait encore cette dernière dignité après s'être » démis de l'autre, en faveur d'Odilon son neveu, au » mois de juin 1272, comme on le voit par une tran- » saction passée alors entre le jeune Odilon de Mer- » cœur, doyen de Brioude, et le commandeur de
» Fougères, de l'ordre de Saint-Antoine de Viennois. » Cet accord est terminé par ces mots : In quorum » omnium prœdictorum testimonium et munimentum , » nos die tus Odito permissione divinâ Gabalitanorum » episeopus, dieti deeani patruus, prcesentes titteras » sigiUorum nostrorum munimine fecimus sigillari. » Si Odilon de Mercœur était encore évêqne du Gé- » vaudan, Gabalitanorum, en i272, ce siège n'a pu » avoir d'autre titulaire depuis i247.B
Il n'y a rien à répliquer contre ce passage formel. ( L'abbé Prouzet cite textuellement les paroles de Hugues du Tems, mais ne nomme pas, une seule foisj la source où il a puisé ce document...) C'est donc à grand tort que Ton intercale un Odilon du Tournel entre Odilon de Mercœur et le suivant. Odilon siégea à Mende environ 26 ans.
On a dû remarquer qu'ici encore Odilon prend le litre d'évêque de Gévaudan , quoique très-certainement son siège fût à Mende. Il y a pourtant trois siècles écoulés depuis Etienne I", qui se qualifiait évêque, non de Gévaudan ou Javols, mais bien de Mende.
Nous extrayons encore de Hugues du Tems le passage qui suit : «Il est vraisemblable que les cha- » noines refusèrent d'abord de reconnaître pour leur » évêque Odilon nommé par Innocent IV; que, d'un » antre côlé , les deux contendants nommés par le » chapitre divisé renoncèrent à leur élection, et que » pour conserver son droit, il aura élu Guillaume,
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» qui enfin se sera désisté en faveur d'Odilon de » Mercœur. » Ceci explique pourquoi , dans certains catalogues, on trouve un certain Guillaume élu évêque en 1251. L'Ouvreleul ne parle que d'un évêque auquel il donne le nom d'Odilon du Tournel, et c'est celui que nous nommons Odilon de Mercœur. Les PP. Richard et Giraud ont servilement copié l'erreur de la Gallia Chrisiiana. [Yoir la note du présent chapitre à la fin du volume. )