JEAN ARNAUD DE CASTELLANË
Jean-Arnaud de Casiellane naquit le 11 décembre' 1755, au Pont-Saint-Esprit. A peine entré dans la prêtrise, il devint vicaire-général de Reims et aumônier du roi. Il fut nommé évêque de Mende le 1^' novembre 1767 et sacré dans la chapelle du roi le 14 février 1768. Les vingt-deux premières années de son épiscopat furent aussi paisibles que les quarante-quatre de son prédécesseur.
Sous ce long calme couvait cependant une tempête effroyable. La France travaillée, surtout peu-
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danl la dernière moitié du dix-huiiième siècle, par des doctrines subversives de la religion, et, par une conséquence rigoureuse, atlenlaloires à l'ordre social, prêta une oreille facile aux séduisantes promesses des novaienrs. En aspirant à une large liberté, elle ne parvint qu'à s'affranchir du bien-èlre et de la prospé-^ rite. Aujourd'hui , après plus de soixante ans d'épreuves, le phénix du suprême bonheur n'est pas encore trouvé !
Mais nous avons ici à tracer en peu de mois la dernière péripétie de cet épiscopat. La constitution dite civile du clergé, qui devait, selon ses auteurs, faire revivre l'état primitif de l'Eglise, changea la circonscription du diocèse de Mende en lui enlevant plusieurs paroisses et en lui en adjoignant de nouvelles. Le Gévaudan devint le département de la Lozère. L'évêque ne devait plus se qualifier titulaire de sa ville épiscopale, mais bien du département. C'était déjà mentir impudemment à l'antique discipline que l'on voulait, disait-on, faire renaître. Dès les temps apostoliques , l'évêque se disait titulaire du lieu de sa résidence. 11 n'existait, sous ce rapport, que de très-insignifiantes exceptions.
Le serment de maintenir cette consti tution, décrétée sans la participation du chef suprême de l'Eglise, fut imposé aux évêques et aux prêtres. Arnaud de Castellane suivit l'exemple de tout l'épiscopat français, qui refusa ce serment d'apostasie, à l'exception des quatre prélats d'Autun, de Sens, d'Orléans et de Vi-
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viers. Il préféra l'exil et la mort à un serment que sa conscience si profondément catholique repoussait; il fut donc considéré comme démissionnarre. Les élecleursdu déparlement, en vertu delà loi schismatique, donnèrent leurs voix au citoyen Etienne Nogaret, curé delà Canourgue, qui avait fait ses preuves de ce qu'on appelait civisme en prêtant le serment anti-catholique. La saine partie du clergé, qui était la plus nombreuse, ne voulut point reconnaître le faux pasteur. Les fidèles de ces montagnes, où la foi a toujours été si vive et si généreuse, se rangèrent du côté de leur légitime évèque et de leurs prêtres insermentés. Le citoyen évêque delà Lozère ne trouva d'adhérents que dans la portion tarée de la population. Cela devait ^tre, est et sera toujours.
Arnaud de Cas tellane n'avait point cependant quitté son poste. Mais il fut dénoncé, en 1792, à l'assemblée législative comme entretenant à ses frais une armée de quarante mille hommes réunis auprès de son château de Chanac : ce sont les termes du rapport. Alors, comme dans tous les temps d'agitation politique, les mensonges les plus absurdes ne coûtaient rien aux meneurs révolutionnaires. L'armée de l'évêque était , disait-on, destinée à opérer une contre-révolution.... On fut oblige de presser le bon prélat de s'éloigner, car il ne voulait pas abandonner son troupeau h la merci des loups. Notre évêque prit donc la route de Lyon , par des chemins détournés , pour aller chercher un asile hospitalier dans la Suisse. MalheureU'-
sèment son neveu l'engagea, au contraire, h accepter une retraite auprès de lui , h Paris. On l'y découvrit, et au moment où il allai-t être arrêté, il put s'échapper vers la Champagne. Il était déjà arrivé à Dormans , lorsqu'enfin on mit la main sur lui.
On décréta que l'évêque réfractaire serait traduit devant la Haute- Cour nationale ^égeant à Orléans. Il fut donc conduit dans les prisons de cette ville où sa détention dura huit mois. Sa patience fut inaltérable au milieu des mauvais traitements et des douleurs que lui causait un asthme dont il était affligé.
Après le \0 août 1792, l'assemblée décréta que les prisonniers seraient transférés sur un point plus éloigné de la capitale. L'histoire des jours néfastes de la révolution nous apprend qu'une bande d'égorgeurs de Paris, s'étant transportée à Orléans, exigea que les prisonniers fussent au contraire amenés à Versailles. Ils étaient au nombre de cinquante-quatre, et parmi ces victimes figuraient de très-hauts personnages, tels que le duc de Brissac , Antoine de Lessart, ancien ministre, Joseph d'Abaucourt, ministre de la guerre au 1 0 août. La liste présente au quatrième rang l'évêque de Monde. Après lui est nommé Jean- Baptiste de Retz, capitaine de garde nationale dans la Lozère. Celui-ci était parent du marquis de la Fayette.
L'ignoble charrette dans laquelle étaient entassés les prisonniers arriva à Versailles le dimanche 9 septembre 1792. Là, les égorgeurs encore teints du sang
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des victimes qu'ils avaient immolées dans les prisons de Paris, pendant les horribles journées des 2, 5 et 4 du même mois, tombèrent à coups de piques et de sabres sur les prisonniers d'Orléans. Six d*entre eux étaient parvenus à s'échapper pendant ce sanglant tumulte et Arnaud de Castellane était de ce nombre. Il s'était arrêté près de la grille de l'orangerie du château, faisant à Dieu le sacrifice de sa vie, à quelques pas de la chapelle royale où, en 1768, il avait été sacré évêque de Mende! Les assassins le reconnurent; ils se précipitèrent sur lui et l'écharpèrent à coups de sabre. Son corps fut abandonné sur la voie publique; le lendemain il fut jeté dans une tranchée destinée à l'écoulement des eaux du cimetière de la paroisse. Telle fut la fin de cet évêque, martyr de sa fidélité à l'unité catholique et de sa soumission aux bulles du pape Pie Vï qui condamnaient le serment.
La maison de Castellane a été féconde en évêques. On a vu quatre sièges épiscopaux remplis en même temps par des prélats de ce nom :
A Mende, Jean Arnaud de Castellane;
A Senez , Jean-Joseph-Victor de Castellane-Adhémar ;
A Toulon, Elzéar de Castellane-Mazargues;
A Lavaur, Jean-Antoine de Castellane-Saint-Maurice.
Les Castellane, ditFeller, étaient assez nombreux pour se sacrer en famille. Aucun de ces évêques n'a failli dans les terribles épreuves de la révolution.
Tous sont morts sans le moindre soupçon d'apostasie. Cette famille existe encore avec un certain éclat, et ses membres conservent avec amour les vieilles traditions de loyauté qui leur ont été léguées.
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