‹ Gabriel Fauré et son œuvreChapitre 2 sur 3 · JO · texte numérisé non relu

JO

la voix. Un court poèine, mis en musique, devient, du même coup, un « lied ». Je crois qu'il y a lieu de combattre ici l'impropreté d'un terme défini, et précieux à caractériser un genre spécial.

Un « lied o, c'est une chanson, sinon toujours populaire, du moins sentimentale, simplette, naïve, et souvent d'un caractère assez apparenté à la légende. Peu importe, en l'espèce, qu'un accompagnement lui soit adjoint ou non ; qu'il affecte le dédain d'une harmonie complexe et modulante. C'est du genre, encore une fois, qu'il s'agit uniquement. C'est lui que le mot o lied » désigne, et non l'effort musical qu'il tenta.

En nous plaçant à ce point de vue, nous en arriverons à convenir qu'en elTet, certaines mélodies de Schumann, de Schubert, de Bralmis et de Grieg sont bien exactement des « lieder ». Nous ne comprendrons guère, en revanche, qu'on inflige aux mélodies de Fauré une aussi singulière appellation. Elles ne la méritent point Elles sont tendres, mais ne sont pas naïves, par princi[)e. D'aucunes sont simples de ligne, mais ne se réclament nullement pour cela de la façon sentimentale, du moins telle qu'on l'entend au sens péjoratif, et plus commun, du mot. Enfin, elles demeurent indifférentes à la légende. J'en conclus qu'elles ne peuvent, en la majorité des cas, justifier la dénomination de « lieder ».

Evitons la discussion de termes parallèle, à l'issue de laquelle il nous serait permis de refuser encore aux mélodies de Gabriel Fauré le titre de « romances » ! On le leur donne cependant quelquefois... C'est oublier qu'il faut trouver, sous un titre semblable, un morceau de chant « court, naïf et gracieux », et, pour tout exprimer, sans valeur sérieuse. Il arrive néanmoins que des musicographes emploient le mot o romance », quoiqu'ils aient eu

l'intention de désigner des œuvres vocales de dimensions notables. C'est sans doute, fait connu dans la musicographie, qu'ils sont ignares du français à l'égal de la musique?

Il se peut que les mélodies de Fauré soient, en général, assez courtes, et même, à l'occasion, gracieuses. Je ne crois point qu'elles soient empreintes d'une naïveté comparable à celle do feu Paul Delmet. Quant à ce qui est de la grâce, il est assuré qu'elles en ont. Mais il y a grâce et grâce ! Et ce mot, qu'on pourrait plaindre aussi des méfaits de l'abus, dit mal ce qu'appliqué aux mélodies de Fauré, il conviendrait qu'il dise. Je ne vois pas en quoi des pages tour à tour profondes, larges, émouvantes, comme Soir, le Secret, le Parfum impérissable, et tant d'autres en sus, peuvent se contenter d'être « gracieuses ».

Bref, dire qu'on a entendu de Gabriel Fauré, un a lied » ou une « romance », équivaut à l'afTirmation qu'on fut modérément sensible à la vraie qualité de leur expression. Appelons donc mélodies les œuvres vocales de Gabriel Fauré. Le titre peut n'être pas assez caractéristique des musiques dont il s'agit. Il a, du moins, le mérite de ne les point gâter d'une signilication restrictive, et, ce qui doit principalement nous décider à l'admettre, d'avoir été choisi par le compositeur I iSC lui sullit-il pas, au reste, j)Our avoir désormais loulo h) portée nécessaire, de s'appliquer déliniliNciiicnl aux mélodies de (jîabriel Fauré ? halles le majorent ce litre, de ce (jui lui Miancpiait encore par le secours de leur seule élo- (juence : elles le tbnt seul propre à qualifier à l'avenir, un geni(^ niusl('al (prcllcs ont incrvc^illouscMnont épanoui.

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