‹ Gabriel Fauré; hommage musical à Fauré. Avec la collaboration de Gabriel Fauré [et al.]Chapitre 14 sur 45 · LES MELODIES DE GABRIEL FAURE 2S · texte numérisé non relu

LES MELODIES DE GABRIEL FAURE 2S

arpège qui dessine paradoxalement l'accord d'ut majeur ajoutant, je ne sais quel prestige mélancolique au paysage lunaire ?

Au Cimetière présente un caractère exceptionnel. Un sentiment pathétique s'y fait jour, qui est extrêmement rare chez Fauré. Voyez comme l mspiration tragique du musicien s'élève bien au-dessus du petit jeu poétique, à la vérité facile, auquel se borne le texte inspirateur. On pourrait comparer Au Cimetière a Ich groUe nicht où Schumann dépasse semblablement les frontières de son lyrisme intime. Bien que le contraste voulu par le poète soit plus grand ici que dans le lied schumannien, la ligne de cette pièce sombre et mouvementée ne fléchit pas un instant.

On peut surprendre à ses origines, dans la Bonne Chanson, une nouvelle manière fauréenne. Cette nouvelle manière est nettement caractérisée par l'importance que prend désormais l'élément harmonique dans le langage musical. Bien loin de souffrir de cet agrandissement du champ harmonique, la mélodie en connaît plus de souplesse encore et plus de liberté. Tout serait à admirer dans La Bonne [Chanson, incomparable symphonie dont les neuf parties s'ordonnent et s'équilibrent au point de ne former plus qu'un vaste poème lyrique émouvant et parfait.

C'est encore par l'atmosphère harmonique que vit Le Parfum impérissable. Au vers :

Sur le sable qui brûle on peut l'épandre toute

le musicien s'éloigne délibérément du ton principal, nous laissant à penser qu'il l'abandonne tout de bon, et voici qu'il s'y retrouve soudain par un retour imprévisible. Ce qui, partout ailleurs, passerait justement pour un amusant tour d'escamotage, répond ici à une sorte de nécessité intime et profonde. Fauré n'a jamais cultivé la recherche pour la recherche : l'écriture artiste n'est pas du tout son fait.

Le Parfum impérissable. Prison, Soir, participent de la même esthétique qui est en germe dans Philémon et Baucis, mais qui évolua chez Fauré de façon toute personnelle. Cette pureté souveraine, ce sensualisme délicat

ont continué de s'exprimer, au cours des années, avec un art qui conserve non seulement toute sa subtilité, mais encore toute sa fraîcheur : la Chanson d'Eve, les Mirages et les récents Horizons Chimériques nous en donnent le précieux et bien émouvant témoignage.

A une époque où l'on ne prend plus grand souci des exigences du chant, les mélodies de Fauré ont le mérite presque singulier d'être vraiment écrites pour la voix. Ses vocalises, toujours justifiées, sont parfaitement à leur place. Sa déclamation tout ensemble d'une convenance et d'une grâce exquise, se montre beaucoup plus exacte que chez les musiciens de la même génération; elle ne tourne pas pour cela au récitatif et dédaigne le procédé si facile qui consiste à passer brusquement de la psalmodie à l'envolée IjTique, artifice qui n'est pas seulement cher à Massenet,

La déclamation fauréenne, toujours mélodique, parvient à surprendre la musique fugace du langage français, moins apparente que celle, par exemple, du langage itcilien, mais combien plus délicate et partant plus précieuse !

De même que la grâce limpide des mélodies de Fauré évoque les souvenirs des plus beaux airs de Mozart, leur lyrisme les a fait comparer souvent aux lieder de Schumann.

Certes, Vin Paradisum du Requiem — pour prendre un exemple hors de notre sujet — se rapproche tout naturellement du troisième acte d'Idoménée ; cependant la sensualité de Fauré est plus méridionale que celle du maître de Salzbourg, et le compositeur du parfum impérissable, musicien attique, sans doute, est moins grec à tout prendre que Mozart.

La musique de Schumann reflète la vie de la bourgeoisie allemande au siècle dernier. Fauré va certes moins loin que Schumann dans la voie des confidences et des effusions véhémentes. Néanmoins, pour n'être probable-

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