‹ Gabriel Fauré; hommage musical à Fauré. Avec la collaboration de Gabriel Fauré [et al.]Chapitre 15 sur 45 · LES MELODIES DE GABRIEL FAURE · texte numérisé non relu

LES MELODIES DE GABRIEL FAURE

ment pas un grand lyrique aux yeux de l'Allemagne, Fauré est un grand lyrique français : lyrisme nostalgique et tendre, sans impudeurs et sans cris superflus, mais qui sait atteindre — dans Le Secret en particulier — à l'émotion poignante et forte.

Les procédés de Gabriel Fauré sont aussi personnels que peu apparents. 11 n'a point proposé de formules à ses disciples, s'employant tout au contraire à les mettre en garde contre les poncifs.

Son individualité profonde, plus subtile encore qu'ingénieuse, répugna toujours aux artifices commodes ; elle n'offre aucune prise aux épigones. Les matériaux de son œuvre ne valent que pour cette œuvre même et resteraient sans emploi aux mains des imitateurs ou des plagiaires.

Au vrai, les mystérieux procédés de Fauré nous séduisent d'autant mieux et nous lassent d'autant moins qu'ils sont peu évidents, peu saillants par eux-mêmes. Leur discrétion fait leur efficacité.

C'est vraiment dans ses mélodies que Fauré nous livre la fleur de son génie. Au lied, musique de l'intimité, l'accès des plus humbles maisons est possible. Sans violences comme sans importunités, les mélodies de Fauré ont supplanté peu à peu les romances de salon. Elles ne sont pas pour peu de chose dans les heureuses transformations que subit aujourd'hui le goût du public.

Trop essentiellement aristocratique pour consentir à faire office de vulgarisateur, l'art de Fauré est bien plutôt un initiateur insinuant et délicat, et l'on ne note pas sans émotion la profonde influence de ces mélodies qui ont indiqué « le plus doux chemin » aux jeunes compositeurs de 1895, et qui demeurent aujourd'hui les ambassadrices discrètement éloquentes de la tradition sensualiste française qu'elles n'ont -pas médiocrement contribué à restaurer.

Maurice Ravel.

Gabriel Fauré et les Poètes

Iljse manifeste depuis quelques années un mouvement de réaction très net contre la confusion des arts. Désormais la peinture prétend n'être que peinture, la musique que musique, la poésie que poésie ; surtout on se garde de la moindre collusion avec cette indésirable, cette brebis galeuse la Littérature, sans se demander s'il n'entre pas précisément un élément littéraire dans cet ostracisme dogmatique. Mais la sage défense qui interdit aux neuf muses d'échanger leurs attributs ne les empêche pas de joindre les mains en une ronde fraternelle. Il ne faudrait pas croire, en effet, que l'artiste soucieux de n'employer que les moyens propres à son métier puisse se confiner sans danger en des notions trop étroitement spécialisées. L'ignorance ne saurait passer pour une vertu créatrice et 1 accès des hautes régions de l'art demeure réservé aux cerveaux munis de cette culture générale qui est la marque de l'honnête homme et représente en notre éjjoque appauvrie ce qui^reste de la tradition des grands huma-

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