‹ Gabriel Fauré; hommage musical à Fauré. Avec la collaboration de Gabriel Fauré [et al.]Chapitre 16 sur 45 · GABRIEL FAURÉ ET LES POÈTES · texte numérisé non relu

GABRIEL FAURÉ ET LES POÈTES

nistes du XVI® siècle aux connaissances audacieusement encyclopédiques.

Le péché de Tangélique César Franck, le défaut de son armure, c'est son manque de dilettantisme ; à ouïr les paroles des Béatitudes on se prend à regretter parfois qu'il n'ait pas eu l'âme un peu moins pure mais l'esprit un peu plus orné. A l'encontre de ce céleste détachement des Belles-Lettres, à l'encontre surtout du stérile mépris voué par un Saint- Saëns aux tendances et aux inquiétudes de son époque, la longue et glorieuse carrière de M. Gabriel Fauré nous offre l'exemple d'une sensibilité musicale de qualité unique fécondée par les apports d'une intelligence constamment en contact avec les productions les plus nobles de son temps. De 1865, date approximative de ses premiers Ileder, jusqu'à nos jours, c'est-à-dire durant une période de près de soixante ans, son œuvre mélodique restitue l'image véridique des inclmations littéraires de l'élite française et de leurs variations.

Rien de ce qui contribue à l'analyse d'un tel maître ne risquant d'être vain, il nous a paru digne d'intérêt d'établir, en consultant la liste considérable de ses mélodies, une sorte de statistique des poèmes auxquels son choix s'est arrêté afin de déterminer ses préférences passagères ou permanentes et de rechercher la vraisemblance d'un parallélisme entre l'évolution de ses dilectlons poétiques et celle de son style musical. Éliminons tout d'abord les comparses, écrivains sans notoriété, impropres à nous fournir des caractéristiques et qui ne figurent à ce tableau que pour une mélodie ou deux : Pommey (Aubade), Choudens (Sylvie), Monnler (Barcarolle et Tarentelle), Wilder (Noël), Bordèse (En prière), Collin (La naissance de Vénus), puis Romam Bussme (Sérénade Toscane, Après un Rêve) au souvenir duquel les musiciens doivent une durable gratitude pour la fondation de la Société Nationale, enfin Ch. Grandmougin (le fameux Poème d'un jour) .

Les mélodies qui composent le premier recueil ont toutes ou presque toutes été écrites sous le Second Empire. Trois grands poètes romantiques y sont accueillis par le jeune musicien, trois poètes auxquels, par la suite, ce qui est assez significatif, il ne reviendra jamais plus : Victor Hugo avec sept pièces, Gautier avec quatre et Baudelaire avec trois.

La poésie plastique de Gautier l'achemine vers le Parnasse. Voici Sully-Prudhomme avec seulement trois poèmes mais parmi lesquels on compte les admirables Berceaux. Voici Lecomte de Lisle avec cinq poèmes, singulièrement bien partagé puisqu'il inspire des mélodies telles que Nell, La Rose, Le parfum impérissable et Les roses d'Ispahan. De Mendès nous relevons deux poèmes. Armand Sylvestre dont l'œuvre sinon le nom est aujourd'hui tombée dans l'oubli mais qui a joui un instant d'une grande vogue, semble un des favoris de M. Fauré : le nombre de ses poèmes distingués par le maître atteint en effet la douzaine et il ne s'est point agi d'un engouement momentané. Le voyageur étant daté de 1 880 et Le plus doux chemin de 1904. Richepin, poète isolé, pseudo sauvage, assez difficilement classable, inscrit deux poèmes en cette nomenclature.

De Baudelaire prend naissance une autre postérité, le symbolisme et sa suite, bref toute la poésie moderne. Au noble paladin Villiers de l'Isle- Adam M. Fauré emprunte Nocturne et Les présents, au distingué nonchaloir d'Henri de Régnier une Chanson, à la délicatesse apprêtée d'Albert Samain quatre poèmes parmi lesquels Le soir, strophes extraites d'une Elégie, lui offre le prétexte de l'inoubliable mélodie que l'on sait.

Dans l'œuvre de M. Fauré, Verlaine occupe une place prépondérante ; il arrive presque en tête de ce palmarès avec dix-sept poèmes. N'y voyons pas l'effet du hasard mais d'une foncière correspondance. Verlaine n'est pas seulement le plus exquis des poètes contemporains mais aussi et surtout le plus musical, non qu'il se montrât particulièrement fondé en musique mais sa poésie était de son propre aveu

De la musique avant toute chose...

De la musique encore et toujours...

Presque tous les compositeurs, maîtres ou apprentis, ont depuis trente années tenté la gageure d'ajouter de la musique à cette musique. Deux, pas davantage, l'ont gagnée et ont réussi à égaler par leur chant celui du génial Lélian : Claude Debussy et M. Gabriel Fauré. Le charme indéfinissable des Fêtes Galantes, la ravissante fraîcheur de la Bonne Chanson se sont communiqués à la musique fauréenne. Au même titre

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