‹ Gabriel Fauré; hommage musical à Fauré. Avec la collaboration de Gabriel Fauré [et al.]Chapitre 20 sur 45 · LES ŒUVRES D'ORCHESTRE · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES D'ORCHESTRE

aux langueurs ineffables du violon solo, transformant ingénieusement son caractère et son rythme à chaque nouvel avatar pour se retrouver enfin dans toute sa simplicité nue, selon les procédés beethovéniens. Puis encore, après le court Madrigal, Y Epithalame, un chant grave et recueilli, dit d'abord par toutes les cordes en octave, sonorité chaude et dense qu'accentuent encore les gras accords des flûtes, clarinettes, bassons, cors, etc., mterrompu momentanément par le violon solo qui rappelle sa phrase si expressive de l'entr'acte, repris par les bois sur un fond mouvïuit de quatuor en batteries.

Le Nocturne qui suit est plein d'intimité et de charme, brève page dévolue aux seuls instruments à cordes munis, sauf les premiers violons, de sourdines, et divisés dans chaque groupe. Le finale, au contraire, est un trois-quatre alerte, façon de compromis entre la grâce du menuet et la vivacité du scherzo. Tout ruisselant des pizzicati du quatuor et des harpes, des dessins en notes piquées des bois, il entremêle savamment ses différents thèmes pour les mener, en un patient et ardent crescendo, au rendezvous des ultimes accords. Dans ce morceau, construit avec une prodigieuse maîtrise et orchestré avec beaucoup de finesse, on reconnaîtra le disciple de Saint-Saëns, addition faite, bien entendu, de cette musicalité infiniment subtile qui est comme l'estampille de Fauré.

J'arrive à Pelléas et Mélisande (op. 80). On pourrait dire de cette œuvre, pour adopter un système commode de classification, qu'elle appartient, du moins en partie, à la troisième manière, si en réédité, presque dès le début de sa carrière, Gabriel Fauré n'avait, selon le hasard des circonstances, mené parallèlement ces trois manières qu'on veut absolument murer dans des isoloirs. La Ballade, par exemple, écrite il y a bien quarante ans, n'est-elle pas autant troisième manière que tels passages de Prométhée, écrit en 1 899, voire de la plus récente Pénélope ? La Bonne chanson. Soir, le Parfum impérissable que VHorizon chimérique ? Et si le second quintette est incontestablement plus troisième manière que le premier, en revanche la onzième barcarolle ne l'est-elle pas infiniment moins que la cinquième ? Évidemment, ces confusions coupables, ces manquements de l'auteur à toute bienséance chronologique dérouteront quelque peu

les musicographes de l'avenir. Mais ne doutons pas, les progrès de l'électricité aidant, que les Graham Bell de l'époque ne facilitent leurs recherches par la découverte de quelque instrument de précision.

Je reviens à Pelléas et Mélisande. Il n'y a, comme vous savez, que le titre de commun entre celui-ci et l'autre. Alors que dans le Pelléas de Debussy, le drame de Maeterlinck fait pour ainsi dire partie intégrante de la musique, qui sans lui n'aurait aucune raison d'être, ici elle est entièrement indépendante du drame et nous ne l'y associons que selon les besoins de notre sensibilité. C'est encore de la musique de scène, une simple suite de quelques morceaux mais dont certains sont de la plus grande beauté. Sans insister autrement sur la Sicilienne, musique aimable et charmante, certes, mais qui ne nous révèle pas un Fauré absolument inconnu ; sans insister, même, sur la grâce, la légèreté — qu'une équitable répartition des violons eiit faite peut-être plus légère encore — de cette tourbillonnante Pileuse, devenue d'ailleurs, depuis l'adroite transcription d'Alfred Cortot, un morceau de piano presque populaire, c'est du Prélude que je voudrais parler, de l'incomparable noblesse de cette phrase sévère, poignante, pessimiste, dont nous ne pouvons attendre que du malheur ; c'est surtout de l'admirable monument funèbre qui clôt le drame, ce Molto adagio serein et fort comme du Bach, lourd de pensées et d'émotion concentrée où nous résumons les mélancolies, les résignations, les désespoirs, toute l'odyssée douloureuse de la déplorable Mélisande. Musiques impérissables, toujours nouvelles, qui enjamberont toutes les modes de toutes les époques.

Abordons enfin la Fantaisie en sol avec piano, dernière en date, jouée d'ailleurs pour la première fois il y a seulement deux ans (concerts Chevillard). C'est une œuvre très développée, en trois parties distinctes qui s'enchaînent. Tout de suite, comme dans la Ballade.le piano entre en matière, exposant en Allegro moderato à quatre temps un thème énergique de quatre mesures, rudement martelé de brèves syncopes. Reproduit ensuite par les clarinettes, la harpe syncopant en accords aussi plaqués qu'il est permis

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