CHAPITRE VII
Patriotisme du curé Richard. — Aperçu sur le passé de la ville de Détroit. — Ses habitants. — L'Université du Michigan. — Le juge Woodward et le ministre Monteith. — Popularité du curé parmi les protestants.— Le curé fonde un journal. — L'Essai du Michigan. — Conférences données par le curé devant un auditoire protestant. — Projet de fondation d'une maison de retraite pour les vieux prêtres. — Goût du curé Richard pour les études historiques.
¥| 'abbé Richard fut un patriote dans la plus Mlèl belle acception du mot. Ce fut surtout durant son séjour à Détroit qu'il donna des preuves manifestes de cette qualité, qui, chez tout homme bien né, dénote un grand cœur et une noble âme. Quoique Français d'origine, il sut bientôt mettre un frein à ses aspirations comme à ses tendances de chauvinisme, et sa patrie d'adoption devint sa véritable patrie. Il
aimait le peuple américain, il admirait ces princii)es de liberté (|ue l'Etat se targuait de ix)sséder même en matière religieuse. Soyez catholiques, soyez presbytériens, peu importe, l'Etat n'a rien à voir à ces détails qui intéressent chaque individu en particulier. Il ne \ous demande que l'obéissance aux lois qu'il édicté, et la confiance dans la sagesse de ses législateurs. Les plis du drapeau étoile sont assez vastes pour contenir les émigrés européens, quel que soit leur nombre, et aussi pour les protéger contre toute ingérence néfaste. \''enez à nous, Français. Allemands. Belges, Itahens, Canadiens, nous vous donnerons la plus large hospitalité, et nous tâcherons d'être heureux ensemble.
L'abbé Richard, en arrivant à Détroit, comprit bientôt que le meilleur parti à prendre serait de se mettre en rapport avec les sommités du monde américain de sa ville. Bien qu'en minorité, les protestants comptaient par l'intiuence et la fortune. L'avenir leur souriait beaucoup plus qu'aux Canadiens-français, que les guerres anglo-françaises et anglo-américaines avaient quelque \:>çu décimés et appauvris.
D'abord ville française, à partir de sa fonda-
tjon. Détroit avait dû subir le sort des annes, et en 1763, elle passa sous la dénomination anglaise. Après la guerre de l'Indéi^endancc, les Américains s'attendaient à l'incorporation de la ville dans la masse : mais il leur fallut patienter jusqu'en 1796^ ix)ur voir se réaliser leurs espérances. Lorsque l'abbé Richard prit possesion de sa cure. Détroit n'était donc ville américaine que depuis deux ans. Au spirituel, la situation était la même, car Tévêque de Québec n'avait cessé qu'en 1796 de gouverner les affaires. En 18 12, les Anglais s'emparèrent de nouveau de la ville, au grand désespoir des Yankees. Mais elle redevint bientôt américaine et pour longtemps, croyons-nous '.
Détroit dut beaucoup souffrir des vicissitudes du sort, et n'augmenta guère jusqu'au milieu du siècle dernier. De 1796 à 1825. elle ne prit pas encore les allures d'une ville. Mais, cette année-là. les perspectives s'annoncèrent ])lus brillantes. « A partir du mois de mai, écrivait alors l'abbé Richard, six bateaux à vapeur doivent arriver régulièrement chaque semaine à Détroit. Dans l'été, on y voit plus