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Le 29 septembre 1813. Fantier, Hist. of Détroit, p

de cent cinquante bâtiments marchands. La beauté du pays, la fertilité du sol. la salubrité du climat et la facilité avec laquelle le Gouvernement concède des terrains, invitent les étrangers à \enir s "y fixer. Ceux-ci y viennent en foule, comme on en peut juger par le nombre de maisons que l'on a construites. Dans le cours de l'été dernier, on en a élevé soixantedouze ; on assure qu'il y en aura plus de cent pour l'année prochaine. Tout annonce la grandeur d'une ville où doivent passer tous les vaisseaux qui voyagent sur trois immenses lacs et fournissent une navigation de plus de trois cents lieues depuis Niagara jusqu'à Chicago. »

Les prévisions du curé patriote n'ont pas été déçues. Aujourd'hui Détroit est une grande ville et surtout une belle ville ^. Les Canadiensfrançais, quoique moins nombreux qu'autrefois comparativement aux citoyens d'origine étrangère, ont cependant conservée leur église de Sainte- Anne, leur couvent dirigé par des reli-

I La population de Détroit, qui n'était que de 2,222 en 1830, doubla en quatre ans. En 1840, elle était de 9,192; en 1845, 13.065; en 1850, 21,019; en 1854, 40,127; en 1860. 45,619; en 1874, 101,225; en 1884, 134,834; et en 1900, 343,000. La population catholique des trois diocèses compris dans l'Etat est de 350,000 environ.

gieuses du Saint Nom de Jésus et de Marie. Du temps de l'abbé Richard, les chefs de la famille française et catholique s'appelaient Campeau, Berthelet, Girardin, Gouin, Beaubien, Sicotte, Rivard, Labadie, Poupart, Provençal, Saint-Aubin, Chabert-Joncaire, etc. Ces familles se sont perpétuées pour la plupart dans des descendances heureuses, parmi lesquelles il en est qui ont hérité d'assez grosses fortunes. Mais le plus bel héritage de tous est la valeur ou la probité des ancêtres qui en ont fait écrire le bel éloge sorti de la plume éloquente de Richard-B. Elliott :

«Aucune ville des Etats-Unis dans ce tempslà (1832), pas même Baltimore, ne possédait un groupe aussi remarquable de catholiques, nés sur le sol même de la ville et offrant comme ceux-là un passé tout rempli d'une adhésion franche et ininterrompue à la foi de leurs ancêtres. C'est grâce à cette série d'événements, remplis de tragique et de dramatique qui ont illustré la mémoire de ces anciens français, que les noms de ces braves citoyens de 1832, doivent être mis en relief pour assurer la gloire et l'honneur de notre propre histoire catholique. . .Je les appellerai « les derniers Barons.»

Dans la liste, à part ceux que nous avons déjà mentionnés, se trouvent les suivants : Allard, Cauchoit. Chapoton. Côté. De Ouindre, Dubois. Godfroy. Ladéroute, L'Espérance, Lafleur, LaFerté. LaFontaine, Loranger, Marsac. ^leldrum, Moran. Moras, Riopelle, Saint- Bernard. Saint-Jean. Tremblé.

Le patriotisme de l'abbé Richard servait beaucoup à mettre sa figure en évidence au milieu du peuple anglo-américain. En voici une preuve.

En 1817. la Législature du Territoire adopta ime loi pourvoyant à la fondation d'une université. Le juge Woodward, de Détroit, fut chargé d'élaborer un projet de constitution. Voulant sans doute innover, il se mit en frais d'inventer des mots à grands renforts de souvenirs classiques. L'homme était évidemment ferré en grec et en latin : il le fit bien voir, du reste, sans échapper toutefois au ridicule que lui apporta son système baroque. La Législature dut subir l'assaut de bonne grâce.

Le juge changea le mot iiuiversitc en celui de Catholcpisteiniad. Pour lui la science était Vépistéinic. la littérature Yanthropoglossique, l'histoire la diégctiquc, et le reste à l'avenant. Il v avait treize chaires principales, subdivisées

en soixante-trois sections représentant toutes les branches de l'activité humaine.

Comme l'on voit, le projet était grandiose, trop pour le temps, trop aussi pour la ]X)pulation du Territoire qui ne dépassait guère six mille âmes. Trouver des professeurs, c'était encore assez facile; on n'avait qu'à faire appel au dévouement de tous ceux qui avaient fait des études classiques et suivi les cours des universités d'Harvard ou de Yale, mais les élèves ne pouvaient arriver à l'université, sans avoir été, au préalable, quelque peu façonnés dans le moule classique. Aussi bien, faute d'universitaires introuvables, l'on dut se rabattre sur le système très connu des écoles ordinaires. Et, pour sauver la situation, des professeurs furent nommés, entre autres l'abbé Richard, auquel l'on confia deux chaires, celles des sciences intellectuelles ou Vcnnoiqiic, et de l'astronomie. M. John Monteith, ministre presbytérien, reçut pour sa part six chaires et la présidence de l'université ; la vice-présidence fut confiée à l'abbé Richard. Son titre de catholique ne fKDuvait être un obstacle; car l'université allait ouvrir ses portes à toutes les croyances comme à toutes les nationalités. Les salaires ou honoraires n'étaient pas de nature à provoquer l'am-

bition des savants. Le président recevait $25.00 par année, le vice-président $18.75, ^^ chaque professeur $12.50 pour chacune des chaires qu'il occupait.

Ainsi que dans toute université sagement administrée, la Catholepistemiad avait à la tête des Directeurs ou Régents, parmi lesquels figurait la fine fleur des citoyens de Détroit, comme le général Charles Larned, le juge Leib, le colonel Henry- J. Hunt, Charles Trowbridge, le major Abraham Edwards, Austin Wing, et le major Biddle.

Malgré les difficultés inhérentes à une telle fondation, surtout quand on veut faire grand, l'université du Michigan, si elle ne réussit pas d'emblée, eut toujours le bon effet d'imprimer à l'éducation une impulsion, dont le besoin se faisait sentir surtout parmi les protestants. Son caractère très large contribua à rendre plu* large l'esprit public, en accoutumant les citoyens, catholiques et protestants, à fraterniser et même à s'unir dans l'intérêt commun \ C'est ce que l'abbé Richard avait compris en consentant à se mettre à la tête d'une organisation

I. Le curé Richard avait ainsi habitué les protestants à prendre part aux fêtes solennelles des catholiques. Voir Note D en appendice.

aussi importante, dont il ix)uvait tirer bon parti, même au point de vue religieux. S'entendant très bien avec le révérend John Monteith, tous deux, grâce à leur caractère et à leur influence personnelle, pouvaient opérer des prodiges dans une voie encore bien embroussaillée. Ils se mirent donc résoKiment à l'œuvre, et, en réalité, l'éducation ne fit des progrès au Michigan que par l'initiative de ces deux hommes, qui furent toujours des amis sincères.

Une nouvelle preuve de la popularité de l'abbé Richard parmi les protestants, nous est apportée par le fait qu'en 1805, ceux-ci l'avaient fait nommer chapelain du premier régiment de la milice du Territoire. Le Courrier de Détroit, publié en 1833, disait de lui: «Bien qu'Européen de naissance, il était américain par le sentiment; toujours il s'efïorça de prouver son attachement aux principes républicains. L'influence qu'il exerça et la part qu'il prit durant la dernière guerre (181 2), démontrent à l'évidence l'étendue de son patriotisme et l'appréciation qu'il faisait de la liberté américaine. »

Après la capitulation de Hull, l'abbé Richard avait été fait prisonnier par les Anglais et jeté dans la prison de Sandwich. Il y passa plusieurs semaines, encourageant ses compa-

gnons d'infortune et rendant à ({uelques-uns d'entre eux tous les sen'ices de son ministère. Ce fut grâce au prestige dont il jouissait parmi les sauvages qu'il put en empêcher plusieurs de torturer les prisonniers américains. Rendu à la liberté, le curé Richard courut retrouver son peuple qu'il trouva plongé dans la plus afïreuse disette. Il acheta du grain de semence et le distribua gratuitement aux cultivateurs qui en manquaient et à tous ceux qui n'avaient pas de pain. Jamais il ne voulut être remboursé de ce don \

Ce fut aussi par pur patriotisme et pour lutter contre les efforts du protestantisme, qu'une propagande effrénée de livrets ou tracts religieux rendait de plus en plus dangereux pour la foi des catholiques, que l'abbé Richard résolut un jour de fonder un journal. L'idée était certainement très louable, mais la difficulté était de la mettre à exécution. C'était en 1809. Il n'y avait encore ni presse ni journal dans tout le Territoire du Michigan. L'abbé se mit en rapport avec un imprimeur

I. Le gouvernement remédia aussi au mal en distribuant des vivres. Les catholiques en eurent leur bonne part, sur présentation d'un certificat signé de la main du curé Richard.

de Baltimore, qui lui acheta une presse à bras^ et les caractères d'imprimerie voulus. Le tout fut emballé et transporté par terre, à travers montagnes et vallons, dans des chemins difficiles. L'imprimeur s'appelait James M. Miller. Il se mit aussitôt à l'œuvre, et le 31 août de la même année, paraissait YBssai du Michigan ou Impartial Observer, le premier journal français des Etats-L^nis. Le nouveau journal publiait quatre colonnes par page, et seize pages en tout, dont une colonne et demie en français. Le prix d'abonnement était de $5.00 pour la ville, et $4.50 pour les abonnés du Haut- Canada et du Michigan, et de $4.00 pour tous les autres.

ISBssai dît Michigan ne vécut pas longtemps ; les uns disent qu'il n'en parût que trois numéros, d'autres huit ou dix. Quoi qu'il en .soit, l'élan était donné, le Territoire du Michigan avait son journal. Dans son premier numéro, le rédacteur en chef s'annonçait ainsi: « Le public est resi:)ectueusement informé que VBssai sera rédigé avec la plus scrupuleuse impartialité ; il n'épousera la cause d'aucun parti jxjlitique, mais il donnera toute communication, étrangère, domestique ou locale, qu'il jugera utile de porter à la connaissance du lecteur.

Les hommes de talent sont invités à contribuer à notre œuvre par des travaux qu'ils croiront acceptables et utiles, se souvenant toujours que rien n'est admis (jui porte le caractère de la controverse. >»

Dans une autre colonne, l'imprimeur annonce qu'il a l'intention de publier plusieurs ouvrages, entre autres un Manuel d'agriculture, une Neuvaine au Sacré-Cœur, des cartes particulières à l'étude de l'histoire, de la géographie, et une Encyclopédie d'anecdotes [X)lh* les enfants \

En 1811, il imprima une Journée du Chrétien, et en 181 2 les Epitres et Evangiles pour les Dimanches et jours de fêtes de l'année, en anglais et en français, et aussi Les Ornements de la Mémoire, extraits des poètes français pour servir à l'éducation de la jeunesse. L'a même presse servit aussi à imprimer le Catéchisme et plusieurs autres opuscules religieux. Quand les Anglais s'emparèrent de Détroit en 181 2, ils firent imprimer la proclamation du

I. Le premier né de l'imprimerie du Alichigan porte le millésime de 1809 (ler août), et est intitulé: The child's sf>elling book, or Michigan Instruction. Un autre de la même année, en français, est un livre de prières ; c'est L'Ame pénitente, ou Nouvelle considération sur les vérités éternelles, etc., in-i6, 300 pages.

général Brock à l'atelier de l'abbé Richard. Les bureaux de VEssai du Michigan turent longtemps ouverts à Springwells, dans la maison de Jacques Laselle. Une partie de cette maison était consacrée à un atelier de reliure, une autre servait de chapelle, une troisième d'école, et une quatrième était à l'usage de l'imprimeur \

UBssai dit Michigan fut le seul journal publié à Détroit jusqu'à la fondation, en 1817, de la Gazette de Détroit, gazette anglaise, publiée sous le patronage du gouverneur Cass. Le premier journal purement français parut le 31 octobre 1825. à Détroit, sous le titre de La Gazette Française. \^inrent ensuite par ordre chronologique: en 1843 1'^'"' de la Jeunesse, en 1850 Le Citoyen, en 1869 L'Impartial, en 1871 L'Etoile Canadienne, en 1876 Le Courrier, en 1877 ^^ Journal de Détroit. Tous ont eu une existence éphémère.

En 1807, le gouverneur du Teritoire invitait le curé Richard à donner aux protestants des

I. Les caractères d'imprimerie qui servirent au premier journal de Détroit, finirent, en passant d'une main à l'autre, par devenir la propriété de MM. Girardin et Lacroix qui, en 1843, fondèrent L'Ami de la Jeunesse. Ce fut Mgr Lefèvre, successeur de Mgr Résé, qui leur en fit cadeau. Un peu plus tard, ces caractères furent vendus à une fonderie de BufFalo, au prix du vieux rwétal.

conférences publif|nes en anglais sur des sujets philosophiques et sociaux. « Bien que j'aie conscience de mon incapacité, écrivait-il à M''' Carroll. j'ai cru qu'il serait bon de prendre possession du terrain, vu qu'il n'y a ici aucun ministre de dénomination protestante. »• Aussi le vit-on tous les dimanches, sur le coup du midi, se diriger vers la grande salle du conseil, puis monter à la tribune du gouverneur, devant une assemblée de protestants qui l'applaudissaient à outrance. Il leur parlait des principes généraux de la religion, des sources de no> erreurs, de la spiritualité de l'âme, des princi])es qui doivent guider l'homme à la recherche de la vérité. Son grand jugement le mettait toujours à même de pouvoir discerner ce qu'il devait dire devant un auditoire comme le sien, sans toutefois faire le sacrifice de ses convictions. Ces conférences firent du l)ien. et le conférencier lui-même n'en devint que plus populaire.

M. Richard était mathématicien, orateur.

conférencier : il était, en outre, musicien : il composa plusieurs chants d'église, et c'est lui qui fit venir à Détroit le premier piano et le premier orgue.

Comme on le voit, il ne le cédait à personne

en fait de progrès, même de ceux qui relèvent du domaine temporel. Sa plus ferme ambition était de doter sa ville d'institutions de bienfaisance, d'écoles bien aménagées, d'églises confortables, d'un collège et même d'un grand séminaire pour la formation des jeunes ecclésiastiques. Quelque temps avant sa mort, il écrivait au supérieur général des Sulpiciens, M. Garnier : « Je vous envoie mon neveu Joseph Richard, jeune prêtre de vingt-neuf ans, curé de Saint-Jean-d'Angle. en Saint-Onge. Il vous remettra la présente lettre pour vous demander deux ou trois prêtres de Saint- Sulpice qui puissent avec nous fonder un établissement solide et permanent dans le territoire du Michigan. J'ai, pour recevoir ces bons prêtres, une bonne maison dans laquelle on pourra commencer nos exercices pendant que l'on bâtira à la campagne. Cet établissement sera peut-être un jour un pied-à-terre pour vous et pour bien d'autres qui ix)urront être commandés par des circonstances que toutes sortes de personnes ne prévoient pas. »

Ce projet d'ouvrir un asile aux vieux prêtres ou aux prêtres malades, — projet qui réussit — dénote chez son auteur un c^rand fond de cha-

rite. C'était bien là, du reste, une des vertus qui brillaient le plus en sa personne.

L'abbé Richard portait beaucoup d'intérêt aux études historiques, dont le goiit commençait à se faire sentir à Détroit. Une société historique y avait été fondée, en 1829, et comme, en 1832, il s'agissait de célébrer l'anniversaire de cette fondation, le major Henry Whiting, au nom des directeurs, lui avait envoyé une invitation à prononcer le discours de circonstance. Le curé répondit fort courtoisement, mais il déclara ne pouvoir accepter cet honneur pour diverses raisons : « Je n'en ai pas le temps, disait-il, car pour faire honneur au sujet, il me faudrait au moins une année de travail à travers les vieilles archives et les manuscrits. Mon idée serait de compulser tous les auteurs les plus en renom, ainsi que les relations les plus authentiques du premier établissement européen sur la contrée septentrionale et occidentale du continent américain. Une introduction, ou mieux tout un discours, qui renfennerait des remarques utiles et des conclusions pertinentes au sujet, serait, à mon avis, de première importance. Tout le monde comprend que cette manière de parler des antiquités de notre territoire, soit par rap-

port à la géographie, soit par rapport aux mœurs, aux coutumes et aux industries de ses habitants, est la seule plausible. »

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