CHAPITRE V
LA MOWAIE
La monnaie vient ensuite se ranger dans la répétition économique. En effet « quand la répétition a fonctionné un certain temps et produit un certain nombre de choses semblables dans un ordre quelconque de réalités, elle y donne lieu à des quantités spéciales qui sont la synthèse de ces similitudes ». Or « la quantité proprement économique née du fonctionnement imitatif de toutes les consommations et de toutes les reproductions industrielles, c’est la valeur-coùt incarnée dans la monnaie ».
1“ Son origine. — Et d’abord quelle est l’origine de la monnaie ? Il est en effet une chose que tout le monde désire, à toute époque et en quantité illimitée, qui possède un caractère « de désirabilité constante, universelle et indéfinie », c’est l’argent. Et chacun sait qu’il pourra se procurer avec cette monnaie tout ce dont il a besoin, parce que la monnaie est désirée de tout le monde.
Mais comment ce désir constant a-t-il pu naître chez lin individu et se propager chez les autres ? Remar-
quons qu au début les sociétés se réduisent à des groupes très étroits et partant tous les besoins et les goûts y sont à peu près semblables. Dès lors on comprend que tel individu, par originalité ou pour des raisons utilitaires ou esthétiques, ait eu le désir de posséder certains objets déterminés et ces choses se sont alors offertes naturellement comme moyens d’échange. Ces monnaies diverses, avec l’élargissement des clans, se sont ensuite concurrencées et « l’une d’elles a triomphé par sélection imitative ».
Ces objets ont été au début très divers et ont varié selon les pays et selon les époques variées de l’économie ; on a pu ainsi se servir du blé, du tabac, du thé, des fourrures, de bétail ; puis ont apparu des objets de parure et linalement deux ou trois espèces de métaux rares et précieux ; or, argent, cuivre.
Cet objet, instrument d’échange, doit être rare, en quantité limitée et non extensible à volonté (1).
2“ 5a nature. — La nature de la monnaie « est non seu lement d’ctre le seul objet universellement et constamment échangeable, mais encore de devenir de plus en j)lus le seul objet échangealde en fait ». C’est qu’en effet le fait normal et constant, c est 1 échangé d’une marchandise contre de la monnaie et inversement de la monnaie contre une marchandise.
Tarde conq>are ensuite la monnaie dans le monde
i.\Psychologie économique, t. I, p. 281-284.
économique aux mathématiques dans le monde de la pensée. « Nous exprimons, dit-il, les qualités universelles en quantités, en formules numériques, proprement scientifiques, pour rendre nos idées, nos perceptions comparables et co-échangeables entre elles, démontrables et communicables d’homme à homme, et socialisables ; et nous évaluons les biens de tout genre, si hétérogènes qu’ils puissent être en monnaie, pour permettre leur échange et leur communication d’homme à homme, leur socialisation aussi »(1). Et de même que l’empire des mathématiques s’étend davantage dans le monde de la pensée, celui de la monnaie s’étend sans cesse dans le monde de l’action. Après avoir régi toute l’activité industrielle, le point de vue pécuniaire s’impose en politique étrangère aussi bien que nationale .
« l’argent est le nerf de la guerre ï et c’est par son moyen que se réalisent le marchandage des partis et la corruption de la presse. On connaît tout aussi bien l’extension du point de vue mathématique dans l’astronomie. la physique, la chimie, la biologie et ses empiétements chaque jour plus manifestes en psychologie et même en sociologie par la statistique.
La monnaie est donc « la commune mesure des "n aleurs-utilités » elle sert donc à mesurer des croyances et des désirs, puisque « l’utilité est une combinaison de désir et de croyance incarnée dans un objet ». Mais elle