CHAPITRE PREMIER
THEORIE DE LA VALEUR (i)
Préliminaires
Combats intimes
«i^aineorie des prix, nous dit Tarde, c’est la théorie de la valeur comprise comme lutte de désirs et sacrifice des désirs moindres à un désir plus fort. » La notion de prix signifie au fond une concurrence et un sacrifice de désirs, dans le cœur de chaque individu. Ainsi un amateur d’art va périr dans un incendie : il a deux tableaux de maître qu’il voudrait sauver, mais il n’a le temps que d’en décrocher un seul ; il voue l’autre aux üammes. Celui qu’il aura ainsi préféré sauver a pour lui plus de prix que l’autre. Il y a eu chez cet individu un combat de désirs et de croyances et ce n’est qu’après un syllogisme tout mental que notre amatenp sVct
Problème capital
Le problème capital de la théorie des prix est dou
1“ Pourquoi sur un même marché, un article ou un service donné a-t-il un prix égal pour tous ? En fait cependant, dans beaucoup d’occasions, le prix des mêmes choses est inégal pour les diverses classes de consommateurs. Ainsi certains chirurgiens font avee raison payer plus cher leurs clients plus riches ; de même
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1 Etat qui proportionne Timpôt à la fortune présumée du contribuable. De même là où existe le marchandage, le prix est inégal pour les divers acheteurs ; mais peu à peu cette habitude disparaît, remplacée avantageusement par 1 usage du prix fixe. Or, ce prix fixe se trouve forcément le même suivant les diverses classes de clients. II en est ainsi parce que ce prix fixe a pris naissance dans la vie urbaine et que celle-ci « est un perpétuel écliange d'exemples, une comparaison incessante de nous avec autrui, qui nourrit et développe en chacun de nous le besoin d’être traité comme les autres, de ne pas payer plus cher que les autres >. Et ainsi, le prix tend à devenir de plus en plus uniforme.
« Pourquoi ce prix, s'il est stable, a-t-il pour effet de rendre le nombre des exemplaires offerts de cet article ou de ce service égal au nombre des preneurs ? »
Il faut d abord noter une certaine marge, parfois énorme, entre le prix minimum au-dessous duquel le marchand ne peut livrer sa marchandise sans désavantage et le prix maximum que les consommateurs sont décidés à ne pas dépasser : c'est dans ces limites que vont jouer les oscillations du prix. Cette marge et ces
oscillations, quelle est leur raison d'être et la loi qui les régit?
Il est un phénomène qui complique singulièrement ce problème, « cest la diversité et l'inégalité proportionnelle des goûts et des opinions des individus », ainsi que l’inégalité de leurs fortunes. Aussi supposons
d’abord pour plus de simplicité ([ue tous les acheteurs, sur un marché donné, aient une fortune égale et un désir de même intensité vis-à-vis de l’objet convoité, ainsi qu’une égale confiance en la qualité de ce produit.
. Il y aura dès lors dans le cœur de chaque acheteur une
lutte interne analogue et le prix maximum s’imposera dans l’espèce : le fabricant « produira plus ou moins : suivant le nombre des acheteurs prévus, mais le prix ne
I • variera pas » (i). Dans ce cas, la concurrence n’a au-
; cune influence sur le prix; à moins que nous soyons en
i présence de civilisés, mis en rapports continuels et
sachant combien ils ont de compétiteurs relativement à tel objet. « Il se produira alors, en chacun d’eux, un avivement de son désir par la contagion du désir d’autrui ». C’est ainsi que dans une salle de ventes, cette exaspération mutuelle des désirs peut faire monter le prix très haut. Nous sommes dès lors en présence d’un phénomène de psychologie collective et le prix résulte ici « non d’une concurrence des acheteurs, mais d’une concurrence des goûts, des besoins, des désirs, des j jugements, en chacun d’eux ».
’j Considérons maintenant la réalité des faits, c’est-à-
I dire le marché tel qu'il est, avec sa diversité de besoins
I et de goûts, de pauvreté et de richesse. Le problème
I se compliquera, mais la vraie solution sera toujours la
i cause psychologique. Avant de se décider, l’acheteur