‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 138 sur 233 · I. Logique sociale : «l'économie politique». Dupont · texte numérisé non relu

I. Logique sociale : «l'économie politique». Dupont

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passe rapidement en revue Timage de ses diverses fantaisies à satisfaire, les pèse mentalement et ce n'est que si son désir se fortifie qu’il achète son objet. Ainsi « le prix ne s’élève pas en raison du nombre des gens qui ont envie de posséder l’article ; mais bien en raison de l’intensité de leur désir combiné avec le niveau de leurs ressources pécuniaires ».

Entrons davantage dans le problème et demandonsnous comment le marchand, que Tarde suppose monopoleur, va fixer son prix. Sa marchandise est d’ailleurs par hypothèse en nombre limité et momentanément inextensible. On peut en tout cas affirmer qu’il veut vendre tous ses articles et le plus cher possible. Il voudrait bien établir divers prix, les uns plus élevés pour atteindre les riches, sans que ces prix soient éliminatoires. Les autres plus bas pour lui permettre de trouver une clientèle nombreuse en se mettant à la portée des classes pauvres Mais l’état de nos mœurs exige que le prix soit unique. Aussi notre négociant devra se préoccuper avant tout des acheteurs les plus pauvres, des moins désireux parmi ceux dont il a besoin pour écouler ses produits, et faire en sorte que le prix ne leur paraisse pas trop élevé, sous peine d’étre éüminatoire.

On voit dès à présentie point commun qui existe entre cette théorie et celle de l’utilité finale de l’école autrichienne. Tarde reconnaît lui-mème qu’elles s’attachent toutes les deux à la considération d’une limite. Il loue la

théorie autrichienne d avoir affirmé que la valeur a son fondement dans le désir, et sur ce point il se reconnaît en parfait accord avec M. Gide (i), auquel il emprunte d’ailleurs l’explication de cette théorie à la mode. « Prenons l’exemple classique de l’eau. Imaginons la quantité

d’eau dont Je puis disposer journellement distribuée en

5, 6, lo, 20 seaux rangés sur mon étagère. Le seau m i a pour moi une utilité maxima, car il doit servir à me désaltérer; le seau n" a en a une, grande aussi, quoique moindre, car il doit servir à mon pot-au feu ; le seau n“ 3 moindre, car il doit servir à ma toilette, etc., le seau n“6, à arroser le pavé de ma cuisine. Supposons que le sixième seau soit le dernier et que, mon puits ne pouvant en fournir davantage, je ne puisse m’en procurer d’autre ; je dis qu'en ce cas, chacun des seaux aura une certaine valeur, mais que cette valeur ne pourra être plus grande que celle du dernier. Pourquoi? Parce que c’est celui-là surtout dont la privation peut me toucher. Si, en effet, le premier seau, celui qui devait servir à ma boisson, vient à èti>e renversé par accident, vais-je crier miséricorde en disant que je suis condamné à mourir de soif?... Il est clair que je ne me priverai pas de boire pour cela ; seulement je suis obligé de sacrifier pour le remplacer un autre seau. Lequel ? Naturellement, celui qui m’est le moins utile, le seau n°6. Voilà pourquoi celui-là détermine la valeur de tous les

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