‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 166 sur 233 · Psychologie économique · texte numérisé non relu

Psychologie économique

prenons par exemple le besoin de loconmtion, qui est bien en lin de compte le stimulant de ces inventions. Eh bien ! ce besoin, « cette frénésie de voyage, n’est pas du tout un besoin inné de l’homme. Même de nos jours, on ne se déplace que par force, par inquiétude, cupidité, soif de l’avancement, absence de toute affection profonde, déracinement du sot natal, vagabondage moral ». Et si nos civilisés voyagent si souvent, on peut dire que sur un voyage d’agrément, il y en a cent d’o. bligations, réelles ou imaginaires. Aussi ce besoin de locomotion n’est pas destiné à progresser indéfiniment et il ne dominera pas toujours les besoins plus anciens et plus profonds du cœur, ni l’amour du sol natal. La locomotion a en effet subi beaucoup de transformations : aux motifs religieux qui ont inventé jadis les pèlerinages, ont succédé des motifs militaires, commerciaux, industriels, puis des raisons d’hygiène et de curiosité. Or, ces évolutions diverses nous montrent que la locomotion s’individualise et l’on peut penser qu’elle finira par rétrograder un jour, « quand les indidus déclassés peu à peu se reclasseront (ît en redevenant contents de leur sort, redeviendront fidèles à leur sol ».

Mais en définitive, à quelle action finale tendent les progrès de la locomotion ? Il est certain que par l’échange devenu presque mondial, ils agrandissent les marchés régionaux et continentaux ; de même on les voit établir entre les nations une division du travail

beaucoup plus haute et plus large : ils établissent encore peu à peu l’unité de mesure et de monnaie et favorisent l’association ; c’est dire qu’ils aboutissent à une harmonisation économique de plus en plus effective. Et pourtant on ne peut nier qu’ils mettent en lutte les concurrents commerciaux et industriels, agricoles mêmes, les personnes et les nations rivales, à des distances inou'ies ; ils sont la cause de la lutte à mort entre l'agriculteur français et le producteur américain, ainsi que des douanes, entraves, barrières de toutes sortes que les nations édifient entre elles.

On a dit aussi que les progrès de la locomotion, les chemins de fer notamment, sont des agents d’égalisation démocratique. Ils ont bien, à coup sùr, « ébréché ou rompu tour à tour toutes les digues qui contenaient dans le bassin de la famille, de la province ou de la nation, la tendance constante à l’expansion des exemples ». Ils ont déchaîné des torrents d’imitation en tous sens et un jour viendra où « le déluge de l’exotisme envahissant » submergera les barrières protectionnistes.

Assurément donc, les chemins de fer démocratisent les individus en égalisant leurs droits et bientôt leurs fortunes ; mais par ailleurs ils « aristocratisent » les nations, en créant de nouvelles noblesses que Tarde appelle « nationales» et qui remplacent déjà lescapita-

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