I. Psychologie économique, p. 3oo-3o
Et puis la suppression de l’héritage, ce sera 1 introduction de la politique dans cette répartition des biens, de la politique et de ses injustices criantes, sans que la paix sociale y gagne en quoi que ce soit. Au contraire, la propriété nationale du sol sera mieux garantie et perpétuée par la propriété individuelle et héréditaire, qui crée entre la famille et le sol un lien d’une vigueur incomparable. « C’est grâce à ce morcellement du sol qu’on y enfonce et qu’on y multiplie les racines de la
race ».
Supposons le collectivisme réalisé. Le premier résultat de cette suppression de l’inégalité des propriétés individuelles et familiales sera de mettre à découvert une nouvelle injustice dont on ne s était pas aperçu ; l’inégalité des propriétés nationales. Il faudra alors opérer, au nom de la justice, une masse générale de tous les territoires nationaux pour la répartir ensuite entre les divers peuples. Cela exige une singulière condescendance de la part des nations, surtout les plus favorisées. Et quel déluge de compétitions nouvelles va naître de ce partage ! Telle nation trouvera son terrain moins fertile, moins salubre ; telle autre trouvera qu’on ne l’a pas dotée eu égard au chiffre de sa population, etc.
Cette réalisation du collectivisme redoublera plutôt la soif de conquête collective, car chacun espérera devenir copropriétaire de la nouvelle terre conquise, et ce sera fini des rêves de paix sociale et internationale. Il
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faut encore noter que les Etats, assez peu soucieux de respecter les propriétés et les droits des collectivités, ne se feront pas faute de léser encore les nations voisines et gênantes, tandis qu’au contraire ils respectent scrupuleusement la propriété d’un simple particulier.
Enfin l’attachement au sol natal, sentiment fondamental de la vie nationale, disparaîtra du même coup, et l’on sera aux prises avec un déracinement général qui ruinera infailliblement Tharmonie et la félicité générales. L’homme dégoûté de son sol, sera dévoré par le désir de vaincre et de spolier son voisin devenu son ennemi; de là une conflagration universelle, une mêlée des avidités nationales impossibles à assouvir.
La terre sera moins bien travaillée par ces fonctionnaires, régisseurs de l’Etat, gens irresponsables, envoyés du nord au sud, de l’ouest à l’est. Les villages ne formeront donc plus que des groupes instables, sans nulle cohésion ; il n’y aura « plus rien d’afléclueux, de cordial, de durable » . Ce sera la désertion des campagnes et l’afflux torrentiel des populations vers les villes, la dissolution de tous les liens du cœur entre les familles et la destruction du patriotisme local, rapports sociaux liés intimement à la propriété individuelle.
Ces liens sociaux héréditaires sont pourtant des plus utiles et des plus doux. « 11 n’y a pas de créature humaine plus heureuse, ni plus saine, qu’un paysan marié, père