I . Psychologie économique, t. II. p
Et là encore, il trouve au début de toute relation, généralement le don ou le vol ; l’échange vient après. Les relations des expéditions des Christophe Colomb, des Coock, des Meudana, des Bougainville attestent parfaitement que ces deux relations unilatérales, le don et le vol, entrent tout naturellement dans l’esprit des sauvages, tandis que la relation réciproque d'échange n’y entre qu’après un certain effort.
Et chez toutes ces peuplades on observe un « philonéisme » très accusé. On a prétendu au contraire que « langue, religion, mœurs, traits et couleur de visage, formes corporelles, tout séparait par un fossé, en apparence impossible à combler, les sauvages et les civilisés» et que les sauvages étaient très défiants. Cette défiance Il est en réalité survenue qu’après les exactions sans nombre que les Européens commirent sur eux. On voit toujours au contraire les indigènes accueillir avec curiosité et sympathie l’homme blanc, le nouveau, qu’ils croient parfois descendu du ciel. Et leur passion des nouveautés est telle, qu’au début ils n’hésitent pas à se dépouiller entièrement de leurs richesses pour quelques verro!eries. On peut donc adirmer que chez les sauvages le désir des marchandises nouvelles naît pour ainsi dire spontanément.
L autre élément de toute relation économique, la croyance, la confiance dans la sincérité des offres et la loyauté des offreurs, est un peu plus ditlicile à réaliser. Pour arriver à gagner cette confiance, chaque explora-
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leur a employé des procédés très variés, analogues quelque peu à ceux que suivent « les habitués du Luxembourg ou des Tuileries pour apprivoiser des moineaux. Ils leur lancent des miettes de pain, que les pierrots viennent prendre jusque dans leur main, ce qui les émerveille fort ».
En fait, l’usage général a été de faire accompagner ou précéder la transaction avec le sauvage de danses, de chants, de réjouissances. C’est d ailleurs une idée très humaine que de préluder par la musique et la danse à un échange de marchandises. Et l’on peut voir une liaison d’idées des plus générales entre ces deux phénomènes, fête et marché.
Au reste, si le sauvage est naturellement accueillant, il passe très vite à l’extrême et devient rapidement très combat tif. C’est le milieu entre cette affection spontanée et celte tendance brusque à la guerre que le sauvage ne peut réussir à atteindre, et c est par la eivilisation qu’il apprendra, par le travail et l’échange, à tenir ce milieu entre le don et le vol, l’affection et la guerre. « Savoir douter, savoir évaluer, calculer, modérer ses élans, c’est le miracle de la civilisation. »
Ainsi donc l’observation des enfants et des sauvages est une élude des plus suggestives ; elle nous montre que « les relations économiques qui tissent la toile de la solidarité humaine et la prolongent à l’infini » ne dé-