I. Vandervelde. L'exode rural et le retour aux champs
Nous n’avons pas à rechercher ici les causes de cette désertion ; mais bien à louer Tarde d’avoir su rappeler en fin xix' siècle les plaisirs des champs. Et nous pourrions comparer son œuvre à celle de ce poète latin que le spectacle des terres abandonnées et incultes, des jachères immenses, des vastes domaines en friche émut si profondément. Et c’est cette émotion sincère qui fit résonner en lui les fibres les plus intimes du cœur et nous valut ces immortelles géorgiques. Tarde devait certes répéter souvent ce vers si connu de Virgile :
O f ortiinatos minimum sua si bona norint Agricolas...
et il dut relire plus d’une fois ces pages si senties, si émues du poète, du chantre de la vie rurale.
C’est qu’en effet, comme l’a bien dit M. Bouglé (i), Tarde est un poète et c’est là, croyons-nous, qu’il faut chercher la raison intime de son amour pour la campagne. Comme tout poète, il en a su découvrir les charmes, aussi bien que les ennuis. Il ne s’est pas borné, comme l’aurait fait un physiocrate par exemple, à en considérer le seul côté matériel, le seul point de vue de la richesse, et dans l’espèce, à compter minutieusement le tant pour cent de rendement que donne telle récolte, le mal et l’elfort qu’elle a coûtés. Mais il a vu encore que le printemps, par exemple, procurait au laboureur des
I, Bouglé. Reçue de Paris, mai igoS.
charmes tout spéciaux, des jouissances simples et vraies. Il a dû s’enivrer des senteurs odorantes qui s’exhalent au mois de mai des aubépines roses et blanches ou un peu plus tard des foins qu’on commence à couper. Il a dû voir voltiger dans les haies vives ces oiseaux qui viennent égayer la nature renaissante ; il a dû entendre le ruisseau murmurer en courant sur un lit de cailloux, sous un dôme de verdure, comme Horace jadis aimait à l’entendre dans son frais Tibur :
Et properantis aquœ per amænos ambitus agros (i).
Il a senti toute la poésie de ces belles nuits de juin que le travail, démesurément prolongé du laboureur, à cette période de Tannée, permet d’admirer presque entièrement ; il a contemplé ces atmosplières ardentes, parfois brûlantes du mois d’août, mais ravissantes quand même. Il a dû voir se balancer au souille des vents, cette « vaste mer d’or », a dit Michelet, qu'est un champ de blé au début de Tété. Ce sont tous ces spectacles que peut admirer le laboureur et qui doivent égayer son existence et diminuer sa peine.
Il a déclaré encore dans sa Psychologie économique, qu’il y avait un plaisir plus vrai, à voir grandir un arbre qu’on a planté et à Tombre duquel les rejetons de la famille viendront plus tard s’abriter et prendre le frais, qu'à diriger une machine inerte, qui toujours fait