I . Horace. Art poétique
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le même ouvrage avec la même perfection, sans aucun tâtonnement, tandis que notre arbre demandera un jour à être taillé, un autre jour à être redressé. Il estimait encore que le rural qui soigne ses animaux, qui voit son «jeune veau bondir au milieu du troupeau », son bœuf suer, écumer au milieu du sillon, devait éprouver un plaisir plus vif (jue l'ouvrier de cette usine qui fait un dix-huitième d’épingle.
Un économiste ne prendra pas en compte ces sommes de plaisir ; mais en fait, c’est un tort aux yeux de Tarde. Et d’ailleurs, n’a-t-il pas raison? sans compter qu’il reste conséquent avec lui-même et qu’il ne fait en cela que tirer les conséquences logiques de son système.
Qu’est-ce en somme que l’économie politique ?
Un économiste nous répondra : c’est la science qui a pour but de procurera l’homme le maximum de jouissances avec le minimum d’efforts. Et l’art économique n’a pas d’autre but que d’assurer la satisfaction des besoins de l'homme, que de lui procurer le bonheur, au moins matériel.
Eh bien ! ce bonheur ici, bien que donné gratuitement à l’homme des champs, comme l’eau, l’air et la chaleur dont ses récoltes ont absolument besoin, ce bonheur qui peut consister dans la contemplation d’un coucher de soleil qui glisse derrière le cercle d’un horizon de pourpre ou qui descend en boule d'or dans
les flots mugissants, ce bonheur. Tarde l’a apprécié à sa juste valeur.
Assurément, il n’y a encore qu’une élite, qu’un très petit nombre d’individus à comprendre toute la poésie de ces beautés de la nature ; mais cela n’infirme en rien la thèse de notre poète.
Aussi bien souhaite-t-il que le paysan s’urbanise et c’est là un fait de plus en plus évident . Faisant d’ailleurs une digression curieuse, une sorte de prédiction de l’avenir. Tarde nous montre que l’adaptation de l’homme et de la terre, source d’harmonie à ses yeux, se fera peu à peu et l’on verra un jour les employés de bureau et les intellectuels abandonner leur travail épuisant et malsain, quitter la ville, d’abord à des intervalles réglés, puis à peu près continuellement, pour se livrer à la culture des champs. Ils seront un peu comme les Gincinnatus ou les Atilius qui, après avoir donné à la République le tribut quelle réclamait d’eux, rentraient dans leur domaine cultiver leurs arpents de terre. Les poètes, à l’exemple d’Horace et de Virgile, qui préféraient leur vallon aux collines de Rome, leur vile sabinum au falerne d’or de Mécène, tiendront à honneur de s’inspirer aux sources fraîches et fécondes de la poésie : l’amour et la nature.
Et comme autrefois Joachim du Bellay, perdu dans fa grande ville de Rome, regrettait en termes émus son petit Liré et sa « douceur angevine », nos poètes regret-
teront aussi un jour le calme de la campagne quand ils en seront éloignés.
Nous ne sommes certes pas près de voir la réalisation de ce beau rêve, mais est-on autorisé pour cela à le qualifier de chimère? Au reste M. Vandervelde, dans le livre cité plus haut, n’atteste-t-il pas un mouvement de retour vers les champs (i). Et puis, si nous songeons à la puissance de l’imitation, à cette observation de tous les instants dont l’élite est l’objet vis-à-vis de la masse, on doit reconnaître que, dans le système de Tarde, ce rêve peut bien un jour devenir une réalité et d’autant plus que, dans cette théorie, le retour aux champs est une condition d’harmonie sociale.
Ajoutons enfin que le rural urbanisé trouvera plus de goût à la terre, que rintellectuel, le poète, l’artiste, gens instruits et très sensibles aux beautés de la nature, s’intéresseront vivement à ces spectacles et ne demanderont qu’à rester à la campagne, surtout (juand la culture sera moins pénible et demandera des mains plus fines et plus délicates. La baronne d Orval n’a-t-elle pas remarqué qu’il est de bon ton maintenant de quitter Paris le plus longtemps possible et de partir en villégiature, « le Grand Prix à peine couru et même après le Grand Steeple ». Nos mondains doivent alors passer la grande semaine de Trouville, puis se rendre à Londres pour le Derby et aux courses de Dieppe. On prend ensuite les