Tarde. Lois sociales, p
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OU association forcée entre des termes opposés : « l’invention, en somme, dit-il, c’est le nom social de 1 a— daptation. Socialement les deux mots sont synonymes ». En effet, continue-t-il, « par l’association, par la fédération, les contraires deviennent complémentaires, les concurrents collaborateurs, les voici co-adaptés à une fin commune, comme les rouages d’une même machine. Aussi est-il permis de considérer chaque progrès nouveau dans la voie de l’association, c’est-à-dire chaque union nouvelle des travaux (ce qu’on appelle la division du travail, sa différenciation) comme l’équivalent d’une invention (i). »
Là encore G. Tarde accorde la prépondérance aux causes sociales de l’invention : ce sont les influences religieuses, économiques, juridiques, etc. a toutes nées de contagions imitatives conformément aux lois de l’imitation et qui, en faisant se rencontrer dans un cerveau de génie les éléments divers d’une invention ultérieure, ont dirigé vers celle-ci l’effort génial et réalisé, mais spécialisé, l’aptitude géniale » (2).
Toutefois le succès d'une invention peut encore tenir à des causes physiques ; c’est ce qui fait, remarque Tarde, que Cavalleria Rusticana a eu plus de succès en Italie qu’à Paris, parce que les rythmes de ce petit opéra, plus riche de mouvements que de musique véri-
I. Tarde. Opposition universelle, p. 4^8* a. Tarde. Zois de l’imitation, p. 165.
table, sont calqués sur les rythmes intérieurs de l’âme italienne. La cause sociale est surtout influente ici, mais la cause physique y a aussi quelque pari .
C’est encore une théorie idéaliste que Tarde nous présente : « ce qui est inventé ou imité, dit-il, c’est toujours un vouloir, un jugement ou un dessein où s’exprime une certaine dose de croyance ou de désir » (i). Il ne conçoit donc pas l’invention comme ayant un
objet matériel, mais bien comme ayant un objet mental. Les inventions auxquelles Tarde se réfère plus volontiers, ce sont : non la découverte de quelque dispositif mécanique, mais les principes nouveaux en matière esthétique, religieuse ou morale. Les inventions, ce sont non des objets nouveaux, mais des idées nouvelles et ces idées sont des croyances ou des désirs.
Croyance et désir. — C’est qu’en effet pour Tarde, presque tout le contenu de l’esprit se ramène à l’un de ces deux termes (croyance et désir) ou à leur combinaison. On sait déjà qu’à ses yeux ce sont de véritables, disons même les seules quantités, dont les variations en plus et en moins, positives ou négatives, sont essentiellement, sinon pratiquement mesurables, dans leurs manifestations individuelles et plus facilement encore dans leurs manifestations sociales. Elles restent semblables dans le même individu et même d’un individu à un autre : on peut donc les additionner légitimement