‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 37 sur 233 · Tarde. Etudes de psychologie sociale, p · texte numérisé non relu

Tarde. Etudes de psychologie sociale, p

révolution des sociétés et précisément ici le grand homme est un accident heureux.

Profondément individualiste, Tarde croit à l’autonomie de chaque monade, c’est-à-dire de chaque esprit î il lui reconnaît le droit de se décider Iil)rement, et quand cette libre décision a une haute valeur intellectuelle, il attribue à son contenu une portée sociale particulière.

Nous ne pouvons que compléter cette remarque de M. Worms parcelle de M. Dauriac: « La contingence, dit-il, tranchons le mot, l’accident joue dansla philosophie de Tarde l’iin des tout premiers rôles. .. L’inventeur imite le dieu de la théologie leibnizienne. Dans le champ des possibles il en choisit un pour l’appeler à 1 existence. Et quand il 1 a choisi, c’est tout un monde partiel de possibles qu’il entraîne à sa suite... Quand une mélodie s’improvise dans l’imagination du musicien, elle est peut-être l’effet du déterminisme, mais ce déterminisme peut n’avoir rien d’esthétique. Elle naît non parce qu’elle est belle, mais qu'elle n’a pu faire autrement que de naître. Elle naît, non par l'effet d’un accident inévitable. Et il n’y est point de contradiction. Depuis Leibniz, la contingence et la nécessité ont cessé de se contredire. Aussi peut-on affirmer avec Tarde, et sans se proposer ici autre chose que de pénétrer sa

pensée, que la nécessité qui mène le monde a l’accident pour origine (i). »

I Dauriac. « Laphilosophie de G. Tarde »m Année philosophique, t. XVI, p. i65.

Et pour Tarde, l’action du génie n’est pas un fait unique et sans analogue dans la vie sociale : l’invention est donnée à tous les hommes ; car la moindre innovation dans les idées reçues ou dans l’exercice de l’activité domestique, est une invention. « Le génie n’est que la forme supérieure de l’ingéniosité »(i)et de celle-ci nul individu n’est dépourvu : entre l'homme de génie et les autres humains, il n’y a qu’une différence de degré et non de nature.

Importance de l’invention. — Tarde attachait une très grande importance à l’invention et avec raison d’ailleurs. Nous verrons plus loin ce qu’il pense spécialement sur le travail d’invention en économie politique. Ce qui mène le monde, c'est l’invention. C’est une erreur colossale que de considérer les grands hommes comme des « expressions inertes et passives » (2), que de les ravaler, comme l’ont fait les marxistes qui ne voyaient en eux que des besoins, des exigences du milieu ambiant. Et Tarde affirme même au contraire que « les grands hommes seraient quelque chose, ils seraient même tout ce qu’ils sont, individuellement, saas l’approbation et l’écho de la société, quoique, dans ce cas, ils fussent réduits à l’impuissance d’agir ».

Loi d’ irréversibilité . — On peut se demander à présent si, dans son développement historique, l’invcn-

I. Worms. « La philosophie de Tarde » in Revue philosophique, août 1905.

a. Tarde. Opposition universelle, p. Saj-Sag.

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tion est soumise à une loi ? Tarde, nous venons de le voir, croit trop à la contingence pour admettre qn’une nécessité véritable ait présidé à la naissance d’aucune invention : toutes celles qui se sont proiinites ponvaient ne pas réussir. Mais elles ne pouviient pas suivre un ordre diflérent de celui de leur f.pparition, parce que chacune d elles est constituée par toutes celles qui l’ont précédée historiquement. Aussi y a-t-il un « arbre généalogique de ces initiatives réussies, un enchaînement non pas rigoureux, mais irréversible de leur apparition. »

11 tient du reste beaucoup à cette idée d’irréversibilité : l’histoire eût pu se dérouler autrement, mais pas dans un sens directement opposé. De là, il pouvait tirer ce corollaire : « Une société qui décline ne parcourt jamais, en sens inverse, les phases même quelle avait parcourues pour progresser ». C’est ainsi que la décadence romaine n’a pas restauré les p( tites cités antérieures mais a préparé la formation des sociétés modernes. Les dernières inventions acquises ne disparaissent pas pour remettre au jour les invenlioos précédentes ; elles font place à d’autres et ainsi la décadence ellemême, en matière sociale, n’est pas une vraie régression.

Tarde a surtout développé ce principe de l’irréversibilité de l’ordre des oppositions dans son livre de VOpposition universelle, qui, comme nous l’avons vu, est consacré aux oppositions diverses qu’oi» renconti-e dans

les sciences mathématiques,

physiques, naturelles, en

psychologie et en sociologie.

Résumé général

Ainsi donc « l’imitation est la pierre de touche la plus nette pour distinguer ce qui est social (i). Elle est le principe et le but, le ressort moteur de la vie sociale. » Elle joue dans les sociétés un rôle analogue à celui de l’hérédité dans les organismes, de l’ondulation dans les corps bruts. Elle est la forme sociale de la répétition.

Quant à l'opposition, autre facteur essentiel en matière sociale, elle ne joue pas ici un aussi grand rôle qu’on le croit d’ordinaire. Tarde estime que la théorie de la concurrence a trop dominé les esprits et tout en rendant hommage à ce qu’il y a de fécond dans la théorie de Darwin, il pense que l’élimination sauvage d’une partie de l’humanité par l’autre est le contraire de l’idéal à poursuivre. Il faut condamner la haine, la lutte, la guerre des classes. La lutte n’a que le mérite de faciliter l’adaptation des êtres au milieu, en amenant la survie des plus aptes ; mais c’est de tous le moyen d adaption le plus imparfait. L’accord des volontés, mieux que leur opposition, assurerait à l'humanité les conditions de son existence et de son progrès.

Au reste, l’opposition n’est jamais qu’une « contre-imi-

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