CHAPITRE III
LES BESOIXS
Genèse et définition. — Nous venons de voir l’action des croyances sur les désirs et des désirs sur les croyances ; il faut noter maintenant que ces deux facteurs de l’action s’unissent encore en combinaisons fécondes, s’harmonisent merveilleusement et ces combinaisons heureuses, ce sont précisément les besoins ; tout besoin est une « combinaison de désir et de jugement. Nous avons besoin d'un article, quand nous désirons l’exemption d’un certain mal ou l’acquisition d’un certain bien et que nous croyons cet article propre à nous faire atteindre ce but ». Aussi ce chapitre ne fait-il guère que relier les considérations des deux précédents.
Propagation. — H y a deux variétés de la propagation des besoins : l'une intranationale — nous voyons partout en elfet les besoins de consommation descendre des couches supérieures aux classes inférieures d’une même nation, des villes aux campagnes ; et cette assimilation des couches sociales fortifie l’unité et l’originalité nationales — l’autre internationale ; les besoins d’un peuple en elfet, surtout s’il est puissant, tendent à se
communiquer aux peuples voisins au point d’aller parfois jusqu’à dissoudre la nationalité, sans jamais la renforcer. Mais les importations étrangères développent le commerce international, fortifient la paix des nations et accélèrent les progrès de la civilisation. On sait d’ailleurs que les besoins de l’étranger sont copiés d’abord par les classes supérieures, les capitales et les noblesses et s’étendent par ces élites aux inférieures. Cette communication de besoins entre peuples est généralement mutuelle.
Action de rimitation. — Là encore l’action de l’imitation est toute-puissante et à tel point que presque toujours elle a rendu inutiles les eflbrts souvent répétés des gouvernements hostiles à ces introductions des besoins étrangers. On sait que le moyen dont ils se servaient était d’édicter des lois (i) somptuaires. Ces lois, selon la remarque de J. -B. Say, sont de deux sortes : les unes, à l’esprit démocratique, ont été portées dans les cités antiques contre le luxe exagéré des riches, afin de ne pas trop offusquer les pauvres, ni de les humilier par la vue de ce faste ; les autres, d’esprit aristocratique, ont pour but de maintenir la distance entre plébéiens et patriciens, roturiers et gentilshommes. Or, toutes ces lois n’ont pu que retarder l’effet de la tendance qu’elles essayaient d’étouffer et l’on a dû renonc<îr très vite à les maintenir.
D’autres gouvernements, populaires surtout, agissent