‹ Gabrielle comedie en cinq actes et en versChapitre 4 sur 76 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Mais ce n’est pas ta faute, et le mal n’est pas grand, En somme, que cela te soit indifférent.

Mais avouez qu’aussi vous no m’en parlez guères.

JULIEN

Que veux-tu ? je t’ai vue à ces détails vulgaires Bâiller de si bon cœur, que j’ai fait le serment De ne t’induire plus en pareil bâillement.

J’ai toujours eu l’esprit si rempli de paresse !

Mais j’avais tort. Il faut que cela m’intéresse , Puisque le .seul travail que nos faibles cerveaux Puissent faire ici-bas , est d’aimer vos travaux ,

Et que nous ne comptons dans notre vie oisive Pour tout événement que ce qui vous arrive.

Entretenez-moi donc de tous vos intérêts ,

Et si je bâille un peu , j’écoute à cela près.

Elle se rassied.

JULIEN

Je la saisis au vol cette bonne pensée !

Elle va sur-le-champ être récompensée.

Il t'assiod prèi d'elle.

Sache que nous marchons , que nos roulons plutôt Sur le rude chemin de fortune au grand trot ;

J’ai quinze mille francs chez Lassusse ; dix mille Chez Blanche, hypothéqués sur sa maison de ville ; Ma réputation prend un rapide essor ;

Un ministre — et celui de la justice encor I Sur le seul bruit que fait ma pi^tite éloquence ,

D’un gros procès qu’il a m’a donné la défense ;

Et cela met un homme en posture au Palais ,

Tu comprends.

Oui , très-bien.

JULIEN

Mes gains ne sont pas laids ,

Je fais, bon an mal an, vingt mille francs ; Je gage Que j’en vais faire trente et même davantage.

Or, nous en dépensons douze mille environ ,

N’estrce pas ?

Oui.

JULIEN

Mettons quinze pour compte rond *

C’est au bout de dix ans , en bonne arithmétique ,

Cinquante mille écus pour notre fille unique...

Mais , ma foi 1 si tout va de si belle façon ,

Nous pourrons nous donner le luxe d’un garçon ;

Car je n’ai pas compté l’intérêt de la rente Qui se capitalise, et que chaque an augmente.

Tu me suis?

GABRIELLE, diitraito.

Oui, très-bien.

JULIEN

Âu bout de nos dix ans

Nous aurons de côté deux cent dix mille francs ,

Et si... Pantagruel répondit à Panui^e : .« .

« Quand le printemps fleurit, il faut que je me purge. »

Je vois que tu comprends mes calculs.

Oui, très-bien.

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