GOUVERNEMENT A BON MARCHÉ I LIBERTÉ ! PAIX ÉTERNELLE I
Ah I les grands hommes ! ah I les honnêtes gens I L'an dernier, ils croissaient en nombre et en audace ; leurs chefs étaient au parlement; toute la nation les encourageait; le quaker et son ami Cobden rêvaient déjà aux économies qu'on pourrait faire : — Moi, disait Bright, je mettrai à pied la cavalerie. — Et moi, repli-
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qusiit Cobden J'enverrai l'infanterie labourer les terres du Devonshire et du Lincolnsbire. — Je supprimerai les amiraux, les vice-amiraux et les trois quarts de la marine royale, reprenait le quaker. — Et moi, continuait rhomme de Manchester, je diminuerai des neuf dixièmes le salaire des ëvèques , et ils seront encore plus riches que nous.
Comme ils faisaient ces beaux projets, quelqu'un parla de délivrer Tltalie. Grande débâcle. Les lords, les évèques, les amiraux» les vice-amiraux, la cayalerie et l'infanterie, tout ce qui se sentait' menacé par ces insupportables rêveurs, cria : c Aux armes, l'Angleterre est en dangerl » En effet, rien n'est plus menaçant pour les gens de Londres que les coups de canon qui se tirent en Lombardie. Après Monlebello, les Anglais saisirent leurs carabines ; après Magenta, ils les
chargèrent; après Solferino, ils les armèrent Qui
allaient-ils viser? on l'ignore. Yillafranqa fit mettre les fusils au repos.
Pendant ce temps, Bright se lamentait et Cobden levait les mains vers le ciel. Le temple de la paix qu'ils commençaient à construire s'était écroulé, et les Anglais apprenaient à faire l'exercice. Cet amusement leur a coûté cher, s*il faut en croire M. Gladstone, qui est l'ami du quaker de Birmingham.
H . Gladstone est le plus singulier ministre des finances qu'ait vu l'Angleterre. Il sait le grec, il a fait des livres de théologie, il a fait l'histoire des Ëlats romains, il a
D'HEURB EN HEURE. tt
fait des articles de revues, il est le premier orateur de la chambre des communes, et, par-dessus le marché, il a TétofTe d'un Colbert. Il est honnête homme, il ne sacrifie pas ses idées à l'intérêt du jour^ il croit qu'un Chinois est un homme, et il ne veut pas qu'on l'empoisonne avec de l'opium^ il ne croit pas à la raison d'État , il est né tory, et il rote la plupart du temps avec les radicaux ; il est quarante fois millionnaire, et il pense à réduire l'jmpôt qui pèse sur les pauvres diables : en vérité, c^est un homme rare.
Le hasard, ou peut-être la divine Providence, qui voulait apprendre aux Anglais ce que coûte une armée bien logée, bien nourrie, bien armée et bien disciplinée, a chargé M. Gladstone de préparer le budget. Ce n'était pas une petite affaire. Toute l'année, des niilliers de braillards avaient crié dans les meetings: < Citoyens, tout est perdu! nous sommes trahis I nos arsenaux n'ont point de canons ! Les Français vont débarquer 1 > et le reste. A force de crier : Au feu I on a persuadée ces braves gens qae le feu était à la maison, et pour l'éteindre^ il leur en coûtera cette année trente millions sterling (sept cent cinquante millions de francs). A cette nouvelle, la chambre des communes s'est trouvée un peu sotte, et les plus fiers batailleurs ^ sont mordu la langue. Je crois qu'en ce moment-là M. Disraeli lui-même, qui n'est cependant pas facile à intimider, n'enviait pas le sort de M. Gladstone. Celui-ci s'est fort bien tiré d'affaire. Un autre, s'excu- •
M D'HEUHE EN HKOlie.
sant mr lâ doretë de»- temps, aurait proposé nu nwté] impôt; M, nttUement. Bien mieux: H a cotitln un nouTean traité de commerce arec la France; 11 a diminué la recette des douanes; il a supprimé TimpAt sar le papier, qui rend les Journaux inaccessibles an pen*ple, et il a proposé en échange d'augmenter llmpOt sur le revenu, qui est si odieux aux riches. Voilà un financier et un homme d'État. S'il ne tenait qu'à lui et au quaker de Birmingham, on jetterait par^^essus bord les canons Amrslrong et les canons Wltworth , dont la portée est de huit kilomètres: on renverrait aux ateliers de la ville et des champs tous ces braves gens qui, moyennant un shilling par Jour et un habit rouge, font la charge en douze temps sous les yeux des bonnes d'enfants émerveillées; on abolirait tous les droits sur le thé, le sucre, le vin, les soieries; on ferait alliance avec toutes les nations de la terre, et TAngleterre convertirait son 3 p. 100 en 2 p. lOO, et diminuerait d'un tiers l'intérêt de sa dette. Mais ce sont des utopies qu'on réalisera vers la fin de ce siècle, en même temps que la paix perpétuelle et autres inventions de quakers.
Je suis bien fflché de n'avoir pas sous les yeux le budget français de 1860. Je suppose qu'il n'est pas moins instructif que le budget anglais , et qu'on en pourrait tirer quelques enseignements utiles. Peut-être, sans le diminuer, -^ car, comme Je l'ai déjà dit, les • grands budgets sont le privilège exclusif des grands
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B, -<* peut-être pourniit-on ayojr un peu moini de soldats, un peu moins de canons, un peu moioi de gloire ip6me« %i I'cq veut, et un peu plus d'inBtituteurs primaire»^ et des instituteurs mieux payés; des routes mieux entretenues, des rues plus larges et plus saines..» Que laisrie» moi ? Si je me trompe, qu'on me redresse; je ne demande pas mieux, étant né sincère et me dé» fiant de m^s propres opinions.
J'entends les économistes qui s'étonnent de me roir discuter le budget et qui s'écrient :
Non dignus est intrare In noBtro docto corpore.
Je me sauve , et j'entre à l'Institut avec le public» L'Académie des sciences morales et politiques a fait parler d'elle dimanche dernier. Il s'agissait d'élire le successeur de M» de Tocqueville! Plusieurs gens de bien étaient sur les rangs : M.Jules Simon, M. Gamier, M, Saisset, M. Baudrillart. L'affaire a été chaude. M. Jules Simon» soutenu par la faveur populaire, et, dit-on, par M. Guizot, était prés de vaincre; la neutralité inattendue d'un célèbre philosophe et l'arrivée de M. Michel Chevalier ont changé le destin de la bataille. M. Garnier a été nommé à la majorité d'une voix. U. Jules Simon peut se consoler de ce petit échec : tôt ou tard il aura sa place à l'Académie,
Dans le monde lettré il est tombé tout k coup un volume asses curieux, hs Hommes 4$ Mtre$y de
MM. de Goncoart. J'oavre le livre au hasard et je copie, page 34 :
<c — YoQS parliez de moi ? — dit Charles Demailly, qu'on n'avait pas entendu entrer, — une autre fois, je tousserai avant d'entrer: comme ça, au moins, on est toujours sûr de trouver les femmes seiUes et ses amis la bouche en cœur. Où en étiez-vous ? Mais allez donc, ne vous gênez pas I Blaguez t Qu'est-ce que vous disiez? que j'étais un idiot... un crétin... une brute... Mais nous passons notre journée à nous dire de ces petits mots-là... dans le dos I Je sais ce que c'est : un bureau de journal et un office de domestiques, ça ne concourt pas pour les éloges académiques I Ah çà, mais, vous n'étiez que cinq pour m'éreinter, je vous manquais. Eh bien! oui, je fais du petit journal... je fais des articles... je fais de l'esprit... je joue de l'orgue et de la clarinette. . . Il y a des choses que je signe : en les signant, je sais qu'elles n'auront pas plus d'immortalité qu'un gâteau monté... Le plus bas métier du monde, mes amis. Vous avez bien raison; ma conscience me le chante depuis assez longtemps; vous la doublez, je vous dois quelque chose I Parbleu t si vous croyez que je suis arrivé là du premier coup 1 J'ai eu l'âge où l'on présente une tragédie à l'Odéon... Je cherchais la petite béte Je voulais souffler dans mes
doigts, creuser dans mon coin, faire un beau livre
J'avais des illusions, des idées I... Dites donc, est-ce que par hasard vous me prenez pour un homme de
lettres? Un homme de lettres, moi, allons donc! Je suis un cheyal de fiacre : touchez là , mes amis I — et Charles étendit les deux mains, — touchez là, vous me yalez I >
Cest le héros qui parle, et ce héros est vertueux. Jugez des autres i Les trahisons, les lâchetés, les calomnies pleuyent tout le long du livre. On dirait que le monde des gens de lettres est une caverne de brigands. Franchement, ce livre n'est pas bon, ni agréable à lire.
Heureusement, j'ai quelque chose de meilleur à vous offrir.
C'est la troisième édition des Horizons prochains^.
Figurez-vous M. Michelet resté mystique et devenu protestant. Yoilà l'auteur des Horizons prochains. Lisez ceci:
< Que c^est charmant un village I que c'est charmant les fontaines au bassin de bois, quand le village est riche au bassin de pierre, avec l'eau qui dégoutte et verse à pleins bords I
« Le soir, les vaches arrivent pesamment, boivent avec lenteur, retournent à l'étable, leur frais museau trempé, semant partout des gouttelettes brillantes. La bonne odeur du foin s'exhale des granges ouvertes... Les hommes, assis devant leurs maisons, sous le large toit, tapent la faux et sèment l'air des notes métalliques que le marteau fait jaillir de l'acier; les enfants chan-