Miehfl LéT
te^t çt barbotent et entament le beau aabJa k pleines mainf».». 9
Ce passage a'est-il pas d'une aimplicilë délicieuse? J'aurais bien, si j'osais, quelque objection à proposer aux doctrines de l'auteur. Par example, je n'approuve pas trop qu'il fasse dire i une paysanne inquiéta de son salut éternel, que le bon larron qui fui crucifié à la droite de Jésus-Ciirist a été sauvé parce qu'il avait cru.Bi la foi sufBi à sauver lésâmes les plus perverses, à quoi serviront les œuvres ? Cette doctrine peut être orthodoxe : à coup sûr, elle n'est pas morale.
Quelque critique qu'on fasse des ffarizone prochains, et l'on peut en faire de plus d'une espèce, ce livre n'en est pas moins Tune des plus belles œuvres et des plus sérieuses de ce temps.
Je viens d'apprendre une bien fâcheuse nouvelle. Lord Normanby s'oppose invinciblement à l'annexion de la Savoie et de Nice. Rien ne peut le fléchir, ni les prièrea — il est impitoyable, — ni les présents — il est incorruptiblot «^ M. Kinglake s'est joint à lui , et tous deux ont croisé la baïonnette. La France osera*t*eUe passer outre?
D'HBURK EN HSURB. Il
Le goaTemâment parlemântairo a deux grands défauts: premièrement, la mode en est passée; secondement, il ne platt pas à M. Granier (de Cassagnao), dé* pulé du Gers, C'est donunage, car d'ailleurs il tient les peuples en joie et les empêche de chercher des distrao tions plus coûteuses. Il est vrai que les héros et les di*plomates y tiennent peu de plaoe. Voyez ce qui se passe en Angla(erre»
L'autre jour ils étaient cinq ou six cents Anglais* propriétaires, banquiers, tisseurs de laine, tisseurs de coton, armateurs, colonels, fermiers, gens de tout état et de tout âge, tous ou presque tous millionnaires, réunis dans une grande salle bien bfttie et de belle apparence, sur la rive droite de la Tamise. C'est, je crois, DU ancien réfectoire de moines. L'un d'eux, qu'on ap» pelle le speaker ou Vorateur^ parce qu'il ne parle jamais, présidait la séance.
On parlait de tarifs, de douanes, de prohibitions^ de protection, de libre-échange: les uns bâillaient, d'au*très ae mouchaient â grand bruit, d'aotros taillaient
leurs plumes, d'autres dormaient paisiblement, et l'on paraissait tout près de s'entendre lorsqu'un troublefête se leva, qui n'aimait pas Téconomie politique (ni probablement aucune espèce d'économie), et demanda si lord John Russell pouvait lui donner des nouvelles' de la Savoie et du mont Blanc.
A ce mot, il se fit un profond silence. Lord John Russell se leva, et de sa place répondit qu'il était fort occupé, qu'il n'avait pas sous la main les lettres de son ami Cavour et de son autre ami Thouvenel, qu'au surplus la Savoie se portait bien, que le mont Blanc était toujours à la même place et qu'il conseillait au questionneur de garder ses questions pour une occasion plus favorable.
Si ce n'est le texte, c'est au moins le sens. Vous eonnaissez sans doute lord John Russell. C'est un des plus honnêtes gens de son pays, un brave Anglais, trèsdigne, très-doux, très-froid, très-sage, parlant bien, écrivant bien, aussi occupé de littérature que de politique, et qui a publié à ses moments perdus des drames, des romans, des histoires, des traités de politique spéculative, et même des préfaces. Je ne compte pas ses discours^ qui sont innombrables. Il a été cinq on six fois ministre, il a réformé les bourgs-pourris, il a donné des représentants à des millions d'hommes qui n'étaient, avant lui, connus que du percepteur; il a rogné le salaire des évéques et aboli les taxes ecclésiastiques; il est venUf lui Anglais, au secours de l'Irlande; il a aidé
D'HEURB EN HEURE. 1%
Robert Peel, son ancien adTersaire, à supprimer Pimpôt sur le pain ; il a Tonlu organiser l'instruction publique, et il a toujours, en toute occasion, opiné pour la paix. Voilà, je pense^ un vrai philanthrope.
Vous devinez sans peine de quel air cet honndte homme, ami de la paix, dût accueillir la sotte question du trouble-féte. Il s'agissait bien de la Savoie et du mont BlanS, et de Nice, que la Méditerranée baigne de ses flots bleus t Quoi 1 deux peuples si longtemps ennemis allaient réunir et mêler leurs intérêts de telle sorte qu'une guerre devint à jamais impossible : les échanges allaient doubler, tripler, décupler peut-être; toutes les barrières allaient s'abaisser, les Anglais avaient le bonheur de rencontrer, pour la première fois, un ami dé- Touè sur le trône de France ; on pourrait congédier une partie de la milice, rendre à la marine marchande cinquante mille matelots, achever en paix la soumission de rinde, entr'ouvrir les portes de la Chine ; et le premier venu, M. Kinglake ou quelque autre, détruirait d'un mot tant de beaux projets, tant de magnifiques espérances? Lord John était au désespoir.
Ce n'est pas qu'au fond il eût grande envie de nous donner la Savoie. Tout bon Anglais est un peu hargneux. C'est un don de nature, et celui-ci, J'en suis persuadé, ne fait pas exception à la règle. Si les Prussiens voulaient nous prendre Strasbourg, il ne serait pas fort en colère; si les Bavarois entraient dans Metz, sa digestion n'en serait pas troublée ; si les Suisses pré-
M D'HBURI SN HEURL
tendaient que Betangon leur est néoeesaire pour garder la neutntUté, il en rirait le premier et aérait de leur aria, el ai le mi Léopold (que Dieu garde I) avait fantaisie de régner anr Amiens^ brd John trouverait sea droiU excellents ; mais que Napoléon III se rende aux vœux des Savoyards qui sont ravis de ne plus baragouiner ritalien, c'est une antre affaire. Contre la Franodi tout eat légitime*
Quelle que fût son opinion, il demanda le temps de réfléchir, espérant peuWètre queTannexion serait faite et terminée avant que l'importun Kinglake eût ridée de renouvela ses questions. Mais Kinglake ne lâche ima prise ai facilement.
Je ne aais si voua eonnaissea ce brave Kinglake. Il était homme d'esprit autrefois; il a vu l'Orient, et fait un récit intéresunt de son voyage. Il écrit aujourd'hui dans le Quarierly RêvUw^ qui est une revue tory, de bons gros articles politiques tout bourrés de faits, à la manière anglaiae. Nos voisins, qui ont plus de temps et de patience que nous, digèrent assea bien cette pâte lourde et aubatantielle. C'est affaire de tempérament.
Donc, M» Kinglake, aidé de quelques autres comparsea qui jouaient par intérim le rôle de chefs d'emploi, a tellement harcelé lord John Russell, qu'à la fin notre ami Brigbt a pris la parole. Sans s'inquiéter de plaire ou de déplaire aux wighs ou aux tories, il a dit qu'il n'aurait pas conseillé l'annexion, mais qu'elle plaisait fort aux Savoyards, qu'elle doublerait la valeur
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de lears propriétés, et qu'il connaissait un pays oA les propriétaires, à ce prix^ià, ne refuseraient pas de s'annexer eux-mêmes à la France.
C'est aller un peu loin, et notre ami Bright a dû Atrê entraîné par le courant de TimproTisation* Là<^dassus tons les braillards des trois royaumes se sont récriés et ont fait assaut de patriotisme aux dépens du^^quakar, lequel les a laissé dire. Aujourd'hui tout le monde lui donne raison. Lord John Ruseell, poussé à bout, a tréSi' nettement offert son portefeuille à ses adversaires, s'ils voulaient faire la guerre à la France pour conser?er la Savoie au roi de Sardaigne. Les tories, contents de ravoir taquiné, ont décliné roflfre, et le langage du Times montre clairement que Bright a en raison deux jours trop tôt, suivant sa coutume. Aussi n'esi-il qu'homme de bon sens et non pas homme d'État.
Voilà la comédie que les Anglais nous donnent et se donnent à eux-mêmes. Aussi ne s'ennuient'-ils Jamais. Trop heureux Anglais I ils parlent tout haut k la chambre des communes, les portes ouvertes, sans se gêner; ils discutent les affaires de toute l'Europe en même temps que leurs propres affaires, et ils ne se soucient pas que l'Europe les écoute ou non. L'Europe, de •on côté, prend Thabilude de les consulter; on leur fait la cour, on leur fait des concessions; leur opinion fait loi, et une nation qui est matériellement moins forte que la France joue un plus grand rAle dans le monde.
Ce sujet TOUS attriste, et moi aussi. Pour vous ragaillardir^ je vais vous dire un conte.
Il y avait une fois deux frères qu'on appelait Guillemot. L'alnë était Achille Guillemot senior/ et le cadet François Guillemot junior. Achille Guillemot se maria (j'ai oublié le nom de sa femme). Il eut deux enfants, une fille qui épousa Théophile Ponsain, marchand de fer de la rue Saint-Denis; et un fils, Eusébe Guillemot, qui épousa Ernestine Bordier, fille de H. Bordier, qui s'était enrichi au Brésil.
(Ne perdez pas le fil de cette généalogie; vous ne pourriez rien comprendre à mon récit.)
Du mariage de François Guillemot, le cadet, naquit une fille, Henriette, qui épousa un marchand de toile, le sieur Darinel, et qui regretta beaucoup de ne pas épouser le beau Jean-Paul Guillemot, fils du cousingermain de son père, et peintre de talent, qui avait employé la plus grande partie de sa fortune à souper avec de jeunes demoiselles très-lestes et très-bien élevées.
Ajoutez qu'Ernestine Bordier, épouse d'Eusèbe Guillemot, fils d'Achille Guillemot senior, avait une sœur, Éléonore, issue du légitime mariage de son père M. Bordier avec je ne sais qui» que cette sœur épousa M. Albain Gouffier, ancien premier commis de la maison Achille Guillemot, qui devint' associé des Guillemot par suite de cet événement, et vous aurez toute la généalogie de la tribu Guillemot, car je ne compte pas
ane parente éloignée, madame Lariye, veuve d'un notaire, et tante à succession.
Récapitulons maintenant. N'ai-je oublié personne? Deux Guillemots grands-pères et deux Guillemotes grand'mëres, cela fait quatre, et deux Ponsain, six ; et deux Dariael, huit; et deux Eusèbe Guillemot, dix; et deux Gouffier, douze; Jean-Paul Guillemot, treize; et madame Larive, quatorze. Je cite les petits-enfants pour mémoire.
Attention ! Il y a quatorze personnages principaux, et je pourrais m'embrouiller aisément; mais avec l'aide de Dieu, j'espère en sortir.
Achille Guillemot, le patriarche de la famille, c légèrement voûté, avec un visage anguleux, rasé, propre et net, le front bombé et couvert de cheveux gris abondants qui jaunissaient sur les tempes, le cou serré dans un col de batiste blanche à rosette, entre, une tabatière d'or à la main. » Il occupe dans la rue Heslay < une grosse caserne bourgeoise; de plus, il a une maison de campagne à Courbevoie. Cette maison représentait le côté fou et enthousiaste de sa vie. b En deux mots, il joue au nain jaune et aux dominos, et il convoite l'héritage de madame Larive.
François Guillemot, < planète d'un ordre inférieur, n tourne dans l'orbite d'Achille. Leurs femmes sont c le reflet, l'écho, le daguerréotype de leurs maris. »
Théophile Ponsain, du chef de sa femme...
Réflexion faite, si cette histoire vous intéresse, lisez-
Is VMS-mAilias. Pour moi, j'ai lu depuis dix ans des choses bien ennuyeuses : j'ai lu dans YUuivirê les artiotoi de M. d» Maumigny ; j'ai lo les Annales de la Propagëliên iêlaFai;i 'ai In lea Natchez de Chateaubriand ; j'ki lu l&à artlelos interlignés de M. Hayin; j'ai la (j'en IMmM eneore) vingt SMnddments d'èYèques et les ar* tielid de M, Burat pour « la défense du trafaîl natk>* Mil » eertes, je devrais être aguerri : eh bien t je n'ai jamais pu aller jusqu'à la fin du roman de M. Amèdée Àchai^t ^ t^Fmillê GmllmôL
CTael meral, o^est bien é<»*it, c'est toujours spirituel; mais c'est ennuyeux!... Dans œ malheureux livre, tmt le monde reieemble à tout le monde : Achille ettllenol senior à François Guillemot junior, Théophile Pensain i Eusébe Guillemot, Albain Gbuffler à Jean Darinel^ Kroestine k Éléonore. Ils étaient quatene, eomme dit la célèbre chanson des Auvergnats, '^ ni hommes ni femmes, ^ tous Guillemot. Franche* menl, est-ce la peine de peindre de pareilles gens? L*ar(i9te doit ehoMr sea modèles, et non pas {vendre au hasard tout oe qui lui tombe sous la main. Je cherche en vain dans la Fênrilh OtHllêmoê le talent si fin et si déUcat dont M. Achard a donné tant de preuves en vingt autres occasions.
Gé qttf manque à ce roman et à mille autres de la même espèce, c'est FidéaL M. Achard croit l'avoir atteint parce qu'il se moque des gens qui jouent aux dominos, qui gagnent de Targent^ qui ont une maison de
D'BBDRB BN HBQRB. M
campagne, qui Jouent aux quilles, qui font des ealem* bours, qui dînent longtemps et qui se promènent ledi* manche dans un coupé. Il a tort. On peut s'ennuyer de ces plaisirs bourgeois et n'être qu'on sot; on peut aussi prendre plaisir à cela et a? oir de l'esprit, et mdme du gènia Je crois que Pierre Corneille se serait fort bien oontenté de cette Tie-là, lui, bon bourgeois de Rouen, qui ayait du génie et qui tâchait d'en faire de l'argent pour nourrir ses enfants et sa femme.
Maintenant, qu'est*ce que l'idéal? Je serais fort em'* péché de le dire* Assurément, ce n'est pas le contraire de la nature^ le poème d'Homère est idéal, et cependant on n'y voilrioi que de très-naturel : des héros qui se massacrent, qui enlèrent de force des jeunes filles, qui tolem des troupeaux, qui pillent des maisons et des temples, qui se gourment tout en mangeant du filet de bœuf sur le bord de la mer, qui trichent au )eu, qui assassinent des gens endormis, -««des héros enfin qu'on enverrait de nos jours labourer les marais de Cayenne. A qooi tient cet idéal ? Agamemnon est virant et Achille aussi, et Diomède aussi, et Ajax, fils de Télamon, et tout cet amas de brigands dont llliëâe est remplie. L'bonnéte homme du podme, Hector, est un rraî héros ; il aime sa femme Andromaque, il caresse son petit Astyanax, et quand il est dans la mêlée, on sent qu'il se bat pour sa femme et pour son ûls, et qu'il y va de bon cœur ; il n'a pas la politesse ou l'impassibilité des héros modernes; quand il plante son javelot dans la
poilrine d'un Grec, il est très-content de son affaire* et il promet volontiers au mourant de le faire manger par les chiens et par les vautours; ii aime ses amis et il déteste ses ennemis; il est vivant. Voilà l'idéal.
Cette vie, qui manque à la Famille Guillemot^ abonde dans les Histoires de village de M. Alexandre Weill. Amoureux naïfs, pères idiots, mères sans volonté, curés bienfaisants, maîtres d'école perfides et scélérats abondent dans ce petit livre où la vertu ne triomphe pas toujours. Le paysage est simple et tout à fait alsacien. Ces paysans-là ont presque autant d'originalité que la Petite Fadette et François le Champi^ qu'ils rappellent quelquefois. Leur habits sont bons, solides et bien cousus, leurs caractères sont bons comme leurs habits, mais un peu empesés à la mode allemande : c'est un monde paisible et doux dans lequel on passerait aisément une heure sans bâiller.
Une heure, c'est beaucoup.
Hier, un ami me disait : c Pourquoi ne fait-on plus de chefs-d'œuvre? > Un autre a répondu : t Parce qu'on se heurte à tout moment contre un décret. • — Hais, dit un troisième, c il n'y a de décrets étemels que ceux de la Providence. — Amen, > s'écrièrent tous les assistants.
D'HEURE EN HEURE. ki
Victoire! Il est à nous, le pays des marmottes. A nous les Alpes et leurs sommets neigeux ; à nous les longs Anglais et les Anglaises triangulaires qui gravissent à dos de mulet les sentiers du mont Blanc; à nous Annecy, qui a les reliques de saint François de Sales, et Chambéry, où madame deWarens fit Tëducation de Rousseau; à nous Joseph de Maistre, qui fut Tami des papes et des czars, et Bertholet, qui fut Tami du chlore et de Napoléon ; à nous Sallanches, si célèbre par ses bœufs, et Bonneyille, qui esta vingt kilo* mètres de Genève; à nous toute la Savoie et tous les Savoyards! Ni le fier Robert Peel, dont le père était un homme de bon sens, ni l'impétueux John Manners, capitaine aux gardes à cheval de la reine, ni l'entèlé Kinglake, qui a tant de crédit sur les douze cents abonnés de la Quarterly Beview, ni Taimable lord Normanby, grand diplomate, plus grand orateur, ni le doux John Russell, ni le rusé John Temple, vicomte Palmerston, n'ont pu retenir Télan des Savoyards qui se jetaient dans les bras de la France.
Trop heureux Savoyards, ils vont partager toutes