‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 100 sur 138 · VIE ET MOUT DE L'ABBESSE DE FONTEVBAULT · texte numérisé non relu

VIE ET MOUT DE L'ABBESSE DE FONTEVBAULT

propres et si commodes au dedans, lui attireront à jamais la bénédiclion de celles qui y trouveront un sacré repos. Elles ne sortiront jamais de leurs cellules, pour aller chanter les louanges du Seigneur ; elles n'y rentreront jamais qu'elles ne soient pénétrées de la reconnoissance qui est due à une si bonne mère. Ces chapelles, ces salons, ces galeries, ces spacieuses et sombres allées, dont elle a embelli nos jardins, et cette grande voûte qui les joint si commodément avec nos cloîtres dont ils étoient séparés ; tous ces objets ne se présenteront jamais à nos yeux sans nous retracer sa libérale bonté. Ne laisserons-nous pas ces sentiments à toutes les saintes filles qui nous suivront? Les heureuses solitaires qui viendront à jamais respirer dans ces belles allées, soit qu'elles y continuent leurs méditations,' soit qu'elles les interrompent par leurs récréations innocentes , n'y verront-elles pas sur nos récits l'image de cette grande abbesse? Ne se ressouviendront-elles pas, comme nous, avec une tendresse religieuse, qu'elle avoit destiné ces beaux lieux pour elles? Ne se diront-elles pas les unes aux autres, dans tous les temps, que nous avons eu le bonheur de la voir sous ces arbres, d'y entendre sa voix, d'y recevoir des leçons de douceur et d'union, moins encore par ses discours, que par son aimable familiarité ?

Tous ces édifices qui sembleroient l'ouvrage de plusieurs abbesses et de plusieurs siècles ont été faits par elle seule. Y employa-t-elle les revenus de fabbaye? Assez de saints abbés, par une économie, à la vérité bien louable, ont orné et renouvelé leurs maisons du revenu de leurs maisons mêmes ; mais elle a tout pris sur elle, sur ses propres commodités, sur ce qui lui étoit le plus nécessaire. Vous ne l'ignorez pas, nos révérendes mères et chères sœurs, nos abbesses n'ont dans une place si éminente que le seul poids du gouvernement. Elles sont considérables par leur dignité, non par leurs richesses. L'abbesse que nous regrettons n'a jamais eu de vues que pour nous.^Toutes les grâces qu'elle a reçues d'un grand roi, et que, parmi tant de soins et d'aifaires, elle sembloit devoir employer nécessairement à son usage, n'étoient destinées que pour nous. Elle se retranchoit tout à elle-même, afin de nous pouvoir tout donner.

Une de ses plus douces occupations, parmi tant de soins, étoit l'éducation de ses nièces et de quelques autres de ses parentes. Elle les coniioit pour leurs exercices ordinaires à des reUgieuses

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de mérite, et elle se réservoit à leur faire des discours familiers. (]es discours, toujours développés avec netteté, avoient rapport à tous les élats; elle présenloit le bien sous toutes sortes d'images ; tout tendoit à Dieu, à la piété, à la d roi Une, à la bonté du cœur, aux vertus morales comme aux cbrétiennes ; les leçons y étoient répandues naturellement, et avec une «;ràce infinie, sans qu'elle parût songer à les donner, ou que l'on crût les recevoir. Elle tàclioit toujours à étendre les connoissances dos personnes qu'elle élevoil, et à leur donner du goût pour la lecture, la croyant très-utile à produire la réflexion et le recueillement, et à dissiper les dangereuses chimères qui s'emparent d'un esprit, (juand il est vide et oisif.

Elle savoit accorder parfaitement la sainteté de sa profession avec les règles de Tamilié. Le sacré dépôt de la confiance ne pouvoit jamais tomber dans un cœur plus religieux et plus (idéle. Toujours vraie et sincère, toujours attentive et éclairée, l'amitié ne l'aveugloit point, et elle étoit incapable de déguisement; elle voyoit les défauts de ses amis et se croyoit obligée de les en avertir par l'intérêt véritable qu'elle prenoit en eux ; mais c'éloiL avec des insinuations si douces et des circonspections si délicates, qu'elle se faisoit toujours aimer et respecter davantage ; on se Irouvoit flatté même par ses répréhensions. Les cœurs ne craignoient point de s'ouvrir devant elle et se sentoient corrigés par sa sagesse, quand ils pensoient seulement se confler en sa bonté.

Attachée à la perfection de tous ses devoirs, bonne, bienfaisante et libérale naturellement, on peut juger si elle pouvoit manquer d'être charitable. La compassion la rendoit sensible à tous les maux dont elle entendoit seulement parler ; tous les malheureux lui devenoient comme ses amis et ses frères. Elle ne savoit ce que c'étoit que l'argent, et en étoit bien plus détachée par son propre cœur que par ses va'ux ; mais elle en sentoit la privation (piand elle ne pouvoit satisfaire sa compassion et sa charité. Elle se trouvoit toujours pauvre, parce qu'elle étoit toujours bonne et charitable. Alors elle étoit encore libérale de ses soins, de ses conseils, de ses bons offices, de ses exhortations, de ses consolât ioïis, même de ses laruies. Elle connnuni([uoit les biens spirituels au défaut des autres; elle pouvoit dire avec saint Pierre : « Je n'ai ni or, ni argent; ce que f ai, je vous le donne. » Mais quand elle auroit été plus riche, ({uels fonds auroient sufli à une bonté qui ne pouvoit jamais se ménager, ni se retenir?

ME ET MOUT DE L'ABTIESSE DE FONTE VRAULT. aô?

Dieu y suppléa heureusement par une personne qui lui étoit bien proche. Des bâtiments qui sembloient faits pour la seule sonq»tuosité, ou simplement pour donner de l'emploi aux ouvriers, devinrent d'heureux asiles pour les pauvres et des écoles pour la piété et le travail. On alloil chercher dans les lieux d'alentour la vieillesse languissante et les orphelins abandonnés. Les uns prolongeoient leur vie dans Taise et le repos; les autres étoient élevés dans les arts et les métiers les plus utiles.

On prenoit un soin plus particulier de soulager les familles de la pauvre noblesse ; et pour ne parler que de ce qui a rapport à nous, et qui s'est passé sous nos yeux, combien de jeunes demoiselles ont rempli nos cloîtres, quand on les y trouvoit véritablement appelées, et qu'il ne falloit que donner une dot pour achever les dispositions du ciel ! Notre incomparable abbesse regardoit avec ini intérêt sensible toutes ces bonnes œuvres, tous ces pieux établibsements ; elle y contribuoit en (ont ce qui lui étoit possible ; elle en recherchoit et en faisoit naître les occasions avec empressement, et c'est encore une obligation que Fontevrault et les provinces voisines ont à sa mémoire.

Le bonheur que nous avions de la voir si tendrement attachée à notre conduite et à procurer tant de bien et de soulagement à ce pays, étoit troublé par les affaires qui renaissent incessamment dans notre Ordre. 11 est souvent traversé sur les imnmnités ecclésiastiques et sur les privilèges temporels, il avoit plu au roi de conlirmer de nouveau tous les droits de notre Ordre, et une si digne abl)esse étoit cai)able de les soutenir encore mieux par Pexcellence de son mérite que par la force et l'ancienneté de nos litres. Cependant, malgré tous les soins qu'elle avoit pris pour prévenir la nécessité de quitter sa retraite, elle fut obligée d'aller paroître devant les tribunaux et aux conseils du roi.

Elle sortit de sa maison en 1075, à l'exemple de madame Jeanne- Baptiste, (jui avoit fait décider avantageusement ses justes prétentions. Elle prit un nouveau courage ; mais elle usa en même temps d'une nouvelle modération. Elle fit examiner ses droits par les plus habiles docteurs de l'aris et par les plus savants avocats, et quand ils l'eurent assurée qu'elle pouvoit défendre tous ses privilèges, et (lu'elle étoit même obligée en conscience de les maintenir, tels qu'elle les avoit reçus, elle n'épargna ni travail, ni sollicitations :

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elle faisoit elle-même des mémoires et des écrits excellents qui instruisoient et persuadoient ses juges.

Soit pour les Filles-Dieu qui Pavoienl appelée au sujet d une araiide arfaire qu'elles avoient avec le receveur du domame, soit pour le temporel de Fontevrault et pour sa disciplme, et sa juridiction spirituelle, elle obtint toujours ce qu'elle demandoit. Dans ce voyage, et dans les trois autres qu^elle fit en 1679, en 169o et en 1700 elle eut l'avantage et la satisfaction de maintenir ses droits et ses privilèges, parmi beaucoup de traverses, d'incertitudes et de contestations. Enfin, quelques dillicultés qu'elle ait rencontrées, elle n\i pas eu le déplaisir d'en voir perdre aucun

entre ses mains.

Son mérite extraordinaire éclata de nouveau dans le séjour qu'elle lit à Paris [en 1675]. Les princes, les princesses, les prélats, les ministres lui donnèrent àTenvi des témoignages de leur estime. Ce qu'il y avoit de plus considérable par la piété et par le savoir, ce qu il y avoit d'hommes plus estimés dans les belles-lettres, lui renouvelèrent les hommages qu'elle avoit reçus autrefois et dont elle étoit encore plus digne. Elle prenoit un plaisir smgulier à voir les beaux ouvrages d'esprit ; elle s'en faisoit rendre compte ; elle en demandoit la lecture ; elle découvroit en tous les idées de perfection qui s'v rencontroient et celles ipron y pouvoit ajouter. Mais gardant toujours son caractère, qui étoit la douceur et la bonté, elle étoit bien plus portée à louer ce qui étoit bon qu a blâmer ce qui étoit mauvais ;!bien différente de ces esprits malins ou bornés qui ne s'attachent qVa remarquer de légers délauts et demeurent insensibles aux beautés qu'ils ne sauroient goûter, ou qu'ils ne connoissent pas. Les secrets de la philosophie, les règles de la morale, les profondeurs de la métaphysique et de la théologie, l'Écriture sainte (dont elle savoit marquer les divers textes), faisoient le sujet de ses entretiens avec les hommes les plus doctes, sans pourtant qu'il y eût jamais le moindre air d'affectation m aucun mouvement d'ostentation et de vanité ; cherchant toujours à recevoir de nouvelles lumières, plutôt qu'à faire briller les siennes; donnant, pour ainsi dire, celte nourriture a son esprit, pour entretenir et fortifier ses méditations quand elle seroit retournée dans sa retraite.

Elle étoit également propre à toutes les conversations. Llle en auroit donné des modèles dignes d'être proposés et aux personnes

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