‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 103 sur 138 · VIE ET MORT DE L'ABBESSE DE FONTEYBAULT · texte numérisé non relu

VIE ET MORT DE L'ABBESSE DE FONTEYBAULT

siroit nous parler, et qu'elle auroit espéré que ses derniers moments, encore destinés à notre édification et à sa charité, auroient rendu ses discours plus touchants ; qu'elle se seroit servie de l'état où elle étoit et de cet instant de séparation pour imprimer avec plus de force ses paroles dans nos cœurs pénétrés et attendris.

On avoit apporté processionnel lemenl la vraie Croix et nos saintes reliques. Toutes les prières que nous faisions étoient mêlées de gémissements. Quand le Saint-Sacrement approcha , elle voulut se jeter à genoux ; nous la retînmes. Elle donna tous les signes de la foi la plus vive et de la plus parfaite résignation. Après avoir reçu ce saint Viatique, elle demeura quelque temps à goûter intérieurement cette heureuse union avec son Sauveur. Elle s'écrioit : 0 mon Dieu! que la soumission avec laquelle je vous fais l'offrande de ma vie puisse en réparer l'indignité! »

Elle reçut l'extrême-onction avec une telle attention aux prières qu'on faisoit pour elle, qu'elle y répondoit toujours sans en perdre une seule parole. La grande prieure lui demanda sa bénédiction, qu'elle lui donna en lui disant : « Il ne faut pas îwus attendrir^ ma chère nièce^. » Et l'on passa le reste du jour, qui étoit le jeudi 14, à réciter les psaumes les plus conformes à son état. Elle se les appliquoit, et en formoit des prières et des aspirations qu'elle adressoit à Dieu.

.^prés avoir été une partie de la nuit dans une espèce de repos, plutôt d'assoupissement que de sommeil , prête d'aller paroître devant Dieu, le même jour que la sainte Vierge étoit montée au ciel, elle fit réciter les litanies de la Vierge, et y répondit, malgré la peine qu'elle avoit à prononcer. Sur les huit heures du matin, on s'aperçut de la diminution de ses forces ; les communautés s'assemblèrent au triste signal ; les religieux, les officiers vinrent dans sa chambre, selon l'usage; tout l'appartement se remplit ; on demeura en prières avec un redoublement de zèle et de douleur. A dix heures, l'agonie commença à se déclarer plus précisément par une espèce de cri qui, sans avoir rien d'afireux , pénétra nos cœurs, par la souffrance qu'il faisoit imaginer. Elle continua une plainte très-douce qui paroissoit le son naturel de sa voix , interrompue de moment en moment par ces paroles pleines de foi et

* Celle-là même qui lui succéila et qui signa, au nom de tout le couvev/ a prj'sente circulaire.

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APPENDICE

d'espérance qui furent les dernières qu'elle prononça : « Venez, venez; adveniat regnum timm. »

Le vendredi 15 août, sur les onze heures et demie du matm, elle expira ainsi dans la paix du Seigneur, uniquement occupée du bonheur éternel, sans rabaisser ses regards sur la terre, mourant comme elle avoit vécu, avec une douceur qui lenoit plus de l'extase et du ravissement que d'une séparation douloureuse.

Vous vous imaginez trop, nos révérendes mères et chères sœurs, en quel état nous sommes et combien nous avons mêlé de larmes aux cérémonies de ces tristes jours. Nous avons été secondées dans notre affliction et dans ces funèbres devoirs par toutes les communautés religieuses, par tous les chapitres et les prêtres réguliers de ces provinces. Tout est venu à Fontevrault. Le saint évêque de Poitiers lui a aussi rendu ces devoirs sacrés, invité comme ami de notre communauté. Il a plaint avec nous cette perte irréparable. On n'a jamais vu si généralement mêlées la douleur et la piété, et l'on n'avoit jamais rien fait d'aussi solennel pour aucune de nos ab-

La dernière action de sa vie touchant les fonctions de sa charge avoit été de visiter les infirmeries, la veille du jour qu'elle tomba malade ; elle s'arrêta particulièrement auprèsd'une de nos mères * , distinguée par sa vertu et par son mérite. Cette religieuse, qui étoit accabfée d'une longue souffrance, ne ressentitp lus, dés ce moment, que de la consolation et de la joie, et, pénétrée de l'amour de Dieu par le discours de son abbesse et de reconnoissance pour des soms si salutaires, elle mourut quelques heures après elle, en témoignant une extrême satisfaction de ne lui point survivre. ° Mais ressouvenons-nous, nos révérendes mères et chères sœurs, que, si nos éloges et nos regrets sont si justes pour cette abbesse incomparable, nos prières et nos vœux lui sont plus nécessaires. JNe les bornez pas seulement à ces premiers jours de votre afaiclion et de votre douleur ; donnez-lui pendant toute l'année une grande part à vos communions, et généralement à vos bonnes œuvres. Prions toutes qu'elle obtienne la récompense de ses vertus, et prions pour nous que nous puissions l'hniter.

Priez pour une de celles qui vous parlent, que cette communauté

« La mère Becdelièvre de La Busnelais. Il est question d'elle dans la ettre du 1" juillet 1703.

a demandée, et que la Providence a choisie entre nous pour lui succéder. Que vos prières sont nécessaires à une personne étonnée d'un fardeau si disproportionné à ses forces! Et comment soutenir une administration que cette grande abbesse a trouvée si pesante et si difficile? Qu'elle prie elle-même, dans le séjour bienheureux, en faveur de nos communautés, qui, par des vœux solennels et ces funèbres devoirs, songent moins à donner un témoignage éclatant de leur zèle et à rendre les honneurs dus à sa dignité qu'à satisfaire leur amour et leur tendresse et à révérer sincèrement ses vertus! Que ces pleurs que nous versons pour elle ne soient pas stériles pour nous ! Que les regrets qu'elle nous cause nous excitent en même temps à l'accomplissement des devoirs qu'elle nous a enseignés! Ressouvenons-nous, nos révérendes mères et chères sœurs, que s'il y a un moyen de suppléer à une si grande perte, c'est de retenir, autant qu'il nous sera possible, ses vues et son esprit. Conservons précieusement ses écrits, ses exhortations, ses lettres remplies d'une onction divine. Qu'elle revive dans nos cœurs par notre zèle et notre application à nos saints devoirs, et que sa mémoire et l'exemple de sa sagesse gouvernent encore après elle !

Nous devons espérer que Dieu nous fera cette grâce, et nous vous supplions de nous accorder celle d'être entièrement persuadées que nous sommes avec vérité et sans aucune réserve , nos révérendes mères et chères sœurs, vos très-humbles et affectionnées servantes.

Sœcr Louise-Françoise de RocnECHOUART de

MoRTEMART, GRANDE PRIEURE ET ABBESSE .NOMMÉE, ET TOUT LE COUVENT.

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Pièce n' IX.

LES ABBESSES DE FO^TEVRAULl

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