A MADAME DE SAINT-AUBIN, A L'ABBAYE-AUX-BOIS
A Fontevrault, ce 29 août 1078.
Vous êtes bien bonne, ma cbère fille, d'avoir pris la peine de m'écrire sans attendre toutes les réponses que je vous devois et d'avoir bien compris que c'étoit mon voyage qui m'avoit empêchée de vous écrire. Ce voyage cependant n*a duré que huit jours, mais les sorties, si petites qu'elles soient, sont d'un si grand embarras pour les religieuses, qu'il n'en falloit pas davantage pour nous occuper longtemps. J'ai trouvé que l'air et oit d'un grand secours pour la santé, et si, à mon retour, je n'avois trouvé des nouveautés qui me font retomber dans mes maux de rate, je crois que ma petite promenade m'auroit été fort utile. J'ai vu beaucoup de.belles maisons, et partout où j'ai été, j'ai été leçue, sans exagération, comme la reine. Il n'est pas imaginable comme l'abbesse de Fontevrault est grande dame dans toute cette province. C'est dommage que cette place ne soit pas occupée par madame de Poissy% elle y trouveroit de quoi assouvir sa vanité. La petite abbesse bénite a voulu que je la reconduisisse à sa maison. C est une petite abbaye qui a de beaux droits, et dont les religieuses sont en très-petit nombre, et rc-;uliére au dernier point. Je voudrois que madame Dofme
' Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Yallant, t. V'I, p. 425. Madame de Chaulnes, abbesse de Poissy. (Voir chap. i, p. 8.)
fût aussi bien placée, car quoiqu'il y ait des maisons plus éclatantes, je ne crois pas qu'il y en ait de plus commode. C'est de quoi une personne de la qualité de madame de Bois-Dauphin a principalement affaire. J'attends bientôt madame du Pré, et j'entends dire de toutes parts qu'elle et ses religieuses sont fort satisfaites les unes des autres. Je trouve le démêlé de Madame des Filles-Dieu et d'elle extrêmement plaisant, et vous m'obligerez fort, ma chère fdle, de me mander ces sortes de nouvelles.
Je ferai avec plaisir ce que vous souhaitez pour mademoiselle de LaValenne^ et vous savez bien le pouvoir que vous avez sur moi, dont il ne tiendra qu'à vous de tirer des preuves. J'en dis autant à ma cousine et vous embrasse l'une et l'autre de tout mon cœur.
Je suis fort touchée de la douceur de M. Vallant, non-seulement par sa rareté, mais encore plus parce que son amitié me paroît d'un grand prix. Je vous prie de lui faire mes compliments.
J'ai reçu la lettre dont vous êtes en peine; il ne s'en perd jamais à la poste.
Saint-Germain, ce 17 février 1G79,
Madame, enfin le mariage que vous avez si longtemps
'» De quoi s'agissait- il? Il y a sur cette demoiselle et sur une dame de La Croix, pensionnaire à l'Abbaye-aux-Bois, qui la patronnait, dos détails bien compromettants dans les lettres de Bussy-Rabutin, t. V, p. 39, et à l'Appendice du même volume, p. 012. Il est évident que madame de Saint-Aubin s*»'tait laissé tromper par ces intrif^antes.
* Bibl. imp. Mss Mélanges ClnirnnbauU, vol. 420, fol. 173; copie.
140 LETTRES DE CATîniEME DE ROCII ECU OUAUT
souhaité de M. le duc de Mortcmarl^ avec ma fille •• est heureusement accompli*, et je suis bien aise de vous faire le premier mes compliments sur ce sujet, et de vous assurer en même temps que, comme dans le désir de ce mariage, vous vous êtes jointe à madame de Montespan pour la salisfaction de monsieur votre neveu et le rétablissement de votre maison avec l'assistance et les bienfaits du roi, j'emploierai tous mes soins à concourir avec >ous à ces deux fins, et je suis persuadé que ce seront les medleurs moyens dont je me pourrai servir pour conserver l'amitié dont vous m'avez déjà donné tant de marques.
35 his. — RACINE A BOllEAU».
18 décembre [1079].
Puisque vous allez demain à la cour, je vous prie, Monsieur, d'y porter les papiers ci-joinls. Vous savez ce que c'est. J'avois eu dessein de faire, comme on me le demandoit , des remarques sur les endroits qui me paroîlroient en avoir besoin; mais comme il falloit les raisonner, ce qui auroit rendu l'ouvrage un peu long, je n'ai pas eu la résolution d'achever ce que j'avois commencé, el j'ai cru que j'aurois plus tôt fait d'entreprendre une traduction nouvelle. J'ai tra-
- Louis de Rocîiechouarl, duc de Mortemart. général de?; frnlère> on survivance du duc de Vivonne, son père. Mort le ô avril lOSS^, à l'âge de vingt-cinq ans. Le mariage avait été arrêté le li lévrier 1G70, mais il ne se lit qu'au mois d'octobre 1080. Dans l'intorvalle, le jeune duc de Mortemart lit un voyage en Italie.
'' Marie-Anne Colbert troisième tille du ministre.
* C'est-à-dire arrêté, décidé.
» Voirchap. m, p. 40, et la pièce n° 1 de l'Appendice. — Nous avons hésité à reproduire cette lettre dans la correspondance, parce que l'authenticité en a été contestée par les fils de Racine. Rélk-xion faite, nous la donnons ici, viaJs sotts toutes réserves, à cause des* particularités qu'elle contient sur la traduction attribuée à labbesse de Fontevrault.
ADRESSE DE FONT E VRAI' LT, ET DE SES AMIS. lU
(luit jusqti'aii discours du médecin, exclusivement. 11 dit, à la vérité, de très-belles choses ; mais il ne les explique point assez; et notre siècle, qui n'est pas si philosophe que celui de Platon, demanderoit que l'on mit ces mornes choses dans un plus grand jour.
(juoi ({u'il en soit, mon essai suffira pour montrer à madame de Fontevrault que j'avois à cœur de lui obéir. H est vrai que le n»ois où nous sommes m'a fa'l souvenir de l'ancienne fête des saturnales, pendatit laquelle les serviteurs prenoient avec leurs maîtres des libertés qu'ils n'auroient pas prises dans un autre temps. Ma conduite ne ressemble pas trop mal à celle-là; je me mets sans façon à côté de madame de FontevrauU, je prends des airs de maitie,je m'acconmiode sans scrupule de ses termes et de ses phrases, je les rejette quand bon me semble. Mais, Monsieur, la fétc ne durera pas toujours, les saturnales passeront, et Tillustre dame repreiulra sur son serviteur 1 autorité qui lui est acquise. J'y aurai peu de mérite en tout sens : car il faut convenir que son style est admirable; il a une douceur que nous autres hommes nous n'attrapons point; et si j'avois coiUinuè à refond»^ son ouvrage, vraisemblablement je l'aurois gale. Klle a traduit le discours d'Alcibiade, par oi:i finit le DoiKjcei de Platon. Eile Pa rectifié, je l'avoue, par un choix d'expressions fines el délicates, qui sauvent en partie la grossièreté drs idées. Mais, avec tout cela, je crois que le nneux est de le suppiimer. Outre qu'il est scandaleux, il est itmtile; car ce sont les louanges, non de l'amour, dont il s'a«;it dans ce dialogue, mais de Sociale, qui n y est introduit que coimne tm des inlerlociiteurs. Voilà, Monsieur, le canevas de ce que je vous supplie de dire pour moi à madame de Poiilevrault. Assurez-la qu'enrhumé au point que je le suis depuis trois semaines, je suis au désespoir de ne point aller moi-même lui rendre cos papiers ; et si par ha-
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sard elle demande que j'achève de Iraduire l'ouvrage, noubliez rien pour me délivrer de celte corvée. Adieu, bon voyage, et donnez-moi de vos nouvelles dès que vous serez de retour.