‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 36 sur 138 · AUX COUVENTS DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

AUX COUVENTS DE L'ORDRE

9 juin 1081.

Chères fdles et bicn-aimées rehgieusos, quoique nous sachions bien que toutes les choses qui peuvent contribuer au bon règlement des monastères et à la perfection particulière des personnes qui les composent soient contenues dans notre sainte règle et dans les ordonnances auxquelles vous pourriez et devriez avoir recours en toute occasion, nous sommes aussi informée, et nous en avons souvent gémi, que ces mêmes ordonnances auxquelles vous êtes toujours d'autant plus assujetties qu elles sont ou des explications de la règle que vous avez professée pour toujours ou des moyens de l'observer, ne vous paroissent plus de nulle vigueur lorsqu'elles sont un peu anciennes.

C'est donc pour remédier en quelque sorte à cet abus que nous allons vous marquer ici ce qu'en conscience nous devons tâcher à rètabhr ou à détruire; vous conjurant d'être persuadées que nous ne voulons imllement vous imposer de nouvelles obligations, mais seulement vous maintenir ou vous rétabhr dans celles que vous avez contractées, et sur la pratique desquelles notre charge de votre supérieure majeure nous oblige de veiller soigneusement.

L*épanchement au dehors est de tous les désordres celui qui entraîne de plus dangereuses conséquences, et par mal-

* .\icliives déparlementales de l'Aube, liasse 444.

ARRESSE DE FOiNTEYRAULT, ET DE SES AMIS. \'kô

heur c'est aussi celui qui est le plus universellement répandu dans nos maisons tant par les entrées inutiles que par le trop grand attachement au parloir. Nous défendons l'un et l'autre de toute notre autorité, et nous déclarons :

1° Qu'aucun confesseur, gens d'affaires, ni ouvriers, ne doivent jamais entrer dans l'intérieur des couvents sans un véritable besoin ;

2° Qu'ils ne doivent jamais demeurer avec une religieuse seule, sous quelque prétexte que ce soit;

o" Qu'ils ne mangeront point au dedans de la maison, et enfin qu'ils sortiront dés qu'ils auront satisfait au sujet de leur entrée.

Pour les parloirs, nous souhaitons ardemment qu'ils soient tels que notre sainte règle nous le prescrit, et nous chargeons nos vicaires de s'appliciuer sans relâche à les mettre en cet étal, ce qu'ils pourront faire plus efficacement que nous par rinspeclion des lieux.

Nous ordonnons cependant :

i*" Que toutes les grilles soient de fur, et tout au moins assez serrées pour que la main n'y puisse passer;

ti" Que, dans les endroits où il y a des guichets, ils soient condamnés et qu'on mette de petits tours dont on pourra sans péril tirer les mêmes commodités que desdils guichets.

Lesdils parloirs se fermeront sans manquer, tous les étés à huit heures, et tous les hivers à sept, sans que, passé ce temps-là, il soit permis de sonner ni d'avertir du dehors pour quelque compagnie que ce soit.

Les longs entreliens avec les confesseurs, surtout quand ils sont jeunes, ne doivent nullement être soufferts, si ce n'est à leurs confessionnaux; nous en chargeons les consciences des mères prieures el celles do nos vicaires.

Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer encore le

Ii4 LETTUES DE GAIiUlELLE DE ROCIIECIIOU ART

noiiibre presque infini d'obédiences^ qui se demandent dans l'Ordre sur d'aussi légers fondements, et avec aussi peu de scrupules que si on n'avoit point fait vœu de clôture. Ias personnes qui les demandent et celles qui travaillent à les leur obtenir, ont grand sujet de redouter là-dessus les châtiments de Dieu, puisque sans compter les dén'-glemenls particuliers qui sont presque inséparables des sorties, ces mêmes personnes sont encore un sujet de scandale pour tout notre saint Ordre et une source de division avec messieurs les évèques qui croient pouvoir profiter de ces courses si mal séantes à des religieuses pour donner atteinte à nos privilèges^.

Nous ordonnons la simplicité et runiformilé dans les habits et dans les coiffures.

11 ne sera point permis aux mércs prieures d'ajouter aucuns suffrages à leur dévotion aux prières générales de la communauté. Nous défendons aussi qu'on dise l'office selon aucun autre cahier que selon celui qui est propre à notre Ordre.

Dans les couvents où nous permettons qu'on reçoive des pensionnaires, nous ordoimons qu'on leur donne une maîtresse à part, afin qu'elles soient entièrement sép;uées du noviciat.

Personne ne se mêlera de l'éducation des novices que la mère prieure et leurs maîtresses.

Nous nous sommes souvetit ariligéc de la liberté avec laquelle les religieuses inslruiseot leurs parenis et amis des fautes qui se peuvent commettre dans l'Ordre, et en particulier de celles de leurs confesseurs, ce qu'elles Tout même avec exagération. Nous leur défendons expressément d'en user à l'avenir de celte sorle, et nous ne nous sommes pas

* Periiii>i;ioii de sortir du couvent, de s'abseiiler •* Voir chupiti'e iv, p. iO.

jusqu'ici avisée de leur défendre parce que nous ne pouvions nous imaginer que les personnes de leur profession pussent ignorer ou négliger un devoir qui est connu même de tous les séculiers, et pratiqué par tous ceux d'entre eux qui ont quelque attention à leur salut.

Vous appellerez mères toutes celles qui ont cinq ans de profession au-dessus de vous.

Vous tiendrez tous les mois, mes chères fdles, le conseil que nous avons déjà ordonné, auquel vous appellerez vos pères confesseurs ; vous n'entreprendrez aucune affaire qui n'ait été examinée et résolue dans ledit conseil.

Vos sœurs laies n'auront connoissance de nos ordonnances que des articles qui auront rapport à elles.

Nous ordonnons que lesdites sœurs laies portent exactement la ceinture liée par-dessus leurs habits, qu'elles appellent mères toutes les religieuses de chœur sans aucune exception, et qu'en cas qu'elles s'opiniàtrent à ne le pas faire, elles soient punies ou renvoyées, si elles sont encore novices, montrant bien par cette résistance un orgueil à quoi nous expérimentons que les professes d'entre elles sont aussi sujettes qu'elles en devroient être éloignées par leur état.

Si c'est, mes chères filles, un très-grand défaut de souhaiter la supériorité et de faire des brigues pour l'obtenir, c'est une chose encore plus odieuse de témoigner du ressentiment aux personnes dont on croit n'avoir pas été élue.

Les parentes au degré défendu par la règle ne seront jamais ensemble aux offices comptables; on ne les mettra pas non plus dans lesdits offices lorsqu'une de leur parente dans le susdit degré sera prieure.

Les mères dépositaires rendront tous les ans, sans manquer, leurs comptes aux mères prieures, afin que nos vicaires les puissent ensuite recevoir avec plus de netteté.

liG LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUAHT

Nous ordonnons aux mères officières d'employer tout le revenu qu'elles ont entre leurs mains, et toute leur application à bien nourrir la communauté, et de se souvenir que ce sont les personnes les plus foibles et les plus infirmes, et non pas leurs amies, qui doivent être le mieux traitées; qu'elles aient soin de faire payer ce qui leur est dû; qu'elles fassent les poursuites nécessaires pour cek, sans crainte de déplaire aux parentes de ceux qui doivent à leur maison.

Nous condamnons comme choses contraires au vœu de pauvreté, toute particularité, curiosité et présent un peu considérable. Il n'y a point non plus de raison qui puisse excuser une religieuse qui n'est pas officiére de garder de l'argent.

Nous avons vu, mes chères filles, plusieurs personnes religieuses et séculières scandalisées du style libre et peu mo* deste dont la plupart des jeunes filles usent dans leurs lettres. Si les mères prieures les voyoient, comme notre sainte règle les y oblige, ce désordre seroit arrêté. Nous chargeons lesdites mères prieures d'être exactes là-dessus, à moins que les lettres ne s'adressent aux parents très-proches.

Nous confirmons les ordonnances de nos vicaires ; mais aussi nous déclarons nulles toutes les permissions que des particulières auroient pu obtenir d'eux pour l'avenir. Toutes les choses que nous avons refusées et que nosdits vicaires pourroient ensuite permettre par surprise ne seront pas plus légitimes que si elles étoient faites sans nulles dispenses. Les personnes bien intentionnées ne tomberont jamais dans de pareilles fautes ; mais celles qui se flattent et évitent de s'instruire ne seront plus excusables après la déclaration que nous faisons là-dessus.

Nous ordonnons que tous les domestiques vicieux soient chassés, particulièrement les ivrognes. 11 ne faut point avoir égard sur cela aux solhcitations des personnes qui les pro-

tégent; ces mêmes personnes devroient avoir honte de souhaiter que, dans des maisons consacrées à Dieu, on tolérât des désordres qui ne sont pas soufferts par les personnes même les plus engagées dans le siècle.

Les pères confesseurs ne feront jamais de voyages sans ragrément des mères prieures, et ils en feront rarement. Nous défendons de rechef qu'ils aient des chevaux en propre, à moins qu'ils ne produisent pour cela une permission signée de nous. S'ils ne font des voyages qu'autant que la bienséance le leur permet et que nous Tentendons, ils ne manqueront jamais de trouver un cheval dans la maison où ils sont, et s'ils veulent se promener plus qu'ils ne doivent, nous souhaitons qu'ils ne trouvent pour cela aucun secours.

Losdils pères confesseurs ne doivent pas se dispenser des austérités de la règle qui se peuvent pratiquer dans les couvents, si ce n'est que leur mauvaise santé les en exempte légitimement.

Nous chargeons très-expressément nos vicaires de veiller sur la conduite desdits pères confesseurs, particulièrement de ceux qui sont jeunes, et nous les conjurons de les envoyer à l'habit* quand ils les convaincront de quelque dérèglement,

* Je dois rcipUcation de cette locution à mon savant confrère, M.d Arbois de Jubainville, archiviste du déparlement de l'Aube, auteur d'une remarquable Ilisioirc des comtes de Champagne :

« llaOit c.'^t une expression abrégée pour « habitation. » Le mol habit s'employait, dans l'ordre de Fontevrault, par oi)position à monastère. Le munasti'vc était 1 édifice occupé par les religieuses; c'était le bâtiment principal, de même que les religieuses étaient la partie principale de l'Ordre. Vhabil [habitation) était le logement des religieux, bâtiment d'importance secondaire, connue la position qu'avaient les hommes quil alailail.

« On lit dans le Dictionnaire de Tre'voud', édition de 1071, l. IV, p. 698, coL 2 * u Dans l'ordre de Fontevrault, on nonnne la demeure <j des religieux de l'Ordre, qui servent de chapelains et de confesseurs (( aux dames auxquelles ils sont soumis, l habit. »

soit de celui de la chasse, qui est si scandaleux et qu'on leur a tant de fois défendu, soit un attachement trop violent à des reUgieuses,ou quelque autre chose que ce soit, par laquelle ils déshonoreroient leur profession ou corromproient les âmes qu'ils sont obhgés de conduire uniquement à Dieu.

Les confesseurs anciens veilleront sur la conduite de leurs coadjuteurs, et les avertiront de leurs défauts quand ils n'auront pas eu le crédit de les corriger.

Comme nous condamnons fort les religieux qui aimeiît l'argent et qui veulent faire des dépenses au delà du nécessaire, nous désapprouvons aussi beaucoup la dureté de quelques maisons qui refusent ou font attendre longtemps ce qui est légitimement dû auxdits religieux, faisant après de grandes plaintes, même aux personnes séculières, de la dépense de leurs pères confesseurs, pendant que, pour l'ordinaire, elles ne plaignent point les profusions qu'elles font pour des prêtres et religieux étrangers, qui souvent ne ruinent pas moins le spirituel que le temporel des monastères.

11 faut que les mères dépositaires aient par devers elles un mémoire de tous les meubles et livres qui sont dans les chambres des confesseurs, et qu'aucune personne ni lesdits confesseurs n'en emportent jamais rien dans le temps qu'on les change d'une maison à une autre.

Nous défendons de rechef qu'on n'adressera point de lettres à nos religieuses des Filles-Dieu sans en payer soigneusement le port. Elles ont déjà fait là-dessus plusieurs dépenses qui les incommodent fort, et qui sont injustes, puisque ces lettres ne les regardent point.

Comme les susdites ordonnances, mes chères filles, ne contiennent rien à quoi l'état religieux que vous professez ne vous oblige, nous espérons qu'elles seront déjà en pratique, ou tout au moins très-bien reçues des personnes bien

intentionnées. Nous le souhaitons ardemment, non pas pour la gloire de nous faire obéir, mais parce qu'étant chargée de votre conduite et vous aimant avec une véritable tendresse, nous ne pourrions jamais avoir de repos, si vous étiez assez malheureuses pour négliger l'ouvrage de votre salut. Nous pourrions aussi vous représenter que l'honneur et la réputation des religieuses ne peuvent subsister tant que les défauts que nous venons de reprendre régnent dans les monastères; mais cette considération qui fait entreprendre des choses si difficiles aux personnes du monde, doit paroître bien l'oible quand on la compare au bonheur de plaire à Dieu, et de pouvoir, par des peines passagères, acquérir le ciel pour une éternité. C'est la seule chose, mes chères filles, qui mérite nos affections et à laquelle nous devons travailler sans relâche \..

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