A SEGRAIS
A Fontevrault, ce 4 juillet 1G81.
J'ai, en vérité, Monsieur, une joie très-sensible de recevoir de vos nouvelles. J'avois appris en partant que vous deviez arriver bientôt à Paris, etjem'étois déjà plainte d'y avoir demeuré deux ans pour vous presque inutilement, et d'en sortir précisément dans le temps que vous y revenez. Je ne pouvois plus rien désirer là-dessus que devons voir faire des réflexions pareilles aux miennes, et c'est ce que j'ai sujet de juger par votre lettre. Je suis fort fâchée que votre séjour dans Paris doive finir si tôt ; il me semble que, sans y être, *
* Suit la formule. Voir lettre 50. p. i37.
* Bibl. imp. Mss. Fr. 24,991. Lettres de Gaignièr es, fol. 201. — Jean Regnauld de Segrais, auteur d't'glogues louées par Boileau et de divers romans, était né à Oien en 1624; mort en 1701.
je ne laisserai pas de vous perdre quand vous en sortirez, puisqu'il n'y a que de celui-là que vous me donnez des marques de votre souvenir. Cependant, Monsieur, j'en mériterois toujours par l'estime, le goût et l'amitié très-sincère que je conserve et que j'aurai pour vous toute la vie. C'est sur quoi vous devez compter très-assurément et dontje voudrois bien que vous puissiez faire quelque usage.
Vous me faites un grand plaisir de me répondre que madame de La Fayette a de l'amitié pour moi. J'ai trouvé en elle toutes les grandes et bonnes qualités que vous m'aviez dites, et dans tout le temps que j'ai pu la voir, j'ai joui de sa conversation comme d'une des choses du monde la plus délicieuse. Présentement que je suis éloignée, ses lettres tiennent le même rang entre les seules joies qui me restent, qui sont en petit nombre.
J'en attends avec impatience sur la mort de madame de Fontanges. Je m'assure que madame de La Fayette en saura des particularités que les autres gens ne m'apprendroient pas, et que les réflexions qu'elle aura faites sur cet événement seront aussi meilleures que tout ce qui me pourroil venir d'ailleurs. Ayez la bonté de lui faire mes compliments, et apprenez-moi encore de vos nouvelles avant que de vous renfoncer dans votre province.