AU DOCTEUR VALLANT
A Fontcvrault, ce 20 octobre [IC81].
Vous avez répondu si promptement et avec tant de bonté à la plainte que je vous faisois de ma mauvaise santé que je ne puis douter que vous n'y preniez part. Je vous en suis très-obligée. Monsieur, et je vous conjure de me conseiller
*'Bibl. imp. Mss. 17,050; Porlefeuilles Vallant, t. VII. loi, 474.
quelque remède. J'ai des décharges de cerveau quasi continuelles qui me causent de grands maux de cœur ; j'ai aussi toujours l'estomac en très-mauvais ordre, et ce qui me tourmente plus que tout cela sont des maux de rate qui me donnent souvent des mélancolies furieuses, surtout la nuit ; j'en suis persécutée étrangement. Madame Testu me dit à toute heure que son sirop y seroit admirable, mais je n'ai osé en prendre sans savoir auparavant votre avis. Elle se trouve, Dieu merci, assez bien de l'air de Fontevrault ; mais elle n'est point docile, et si vous ne renouvelez point vos ordonnances, Ton ne pourra l'empêcher de manger maigre les vendredis. Ayez la bonté de la réprimander là-dessus ; elle vous obéira assurément mieux qu'à moi, et même, pour sa conscience, elle se fiera plus à vos décisions qu'à celles de nos directeurs. Je suis assez de son avis sur ce sujet.
On me presse si fort de finirqueje ne puis pour cette heure vous entretenir davantage. Souvenez-vous, Monsieur, de continuer à me faire part de vos lectures le plus souvent que vous pourrez sans vous incommoder.