AU DOCTEUR VAILANT
A Fontcvrault, ce. 3 décembre 1681.
Le curé de Bclhomer * est sorti de cette maison depuis le mois de juin. Il est vrai qu'il s'y conduisoit fort bien ; mais il y avoit prés de quinze ans qu'il y demeuroit, et cette longue demeure étoit une singularité dans notre Ordre qui produisoit une espèce de scandale. 11 a fallu donc lui faire subir la même loi qu'aux autres, et cela n'a pas été une petite
* Ribl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallmit, t. VII, fol. 210. - Diocèse de Chartres. Il y avait un couvent de Bénédictines dépendant de Fontevrault.
152 LETTRES DE GABRIELLE DE IlOCHECHOUAnT
peine. Vous voyez, Monsieur, que ce seroit tout gâter que de détruire sitôt une chose que l'on a cru devoir faire par conscience et par raison. Cependant, comme ce religieux est en effet sans reproches , et que ses grandes infirmités le rendent incommode à toute autre maison que celle de Belhomer, je ne refuse pas de l'y remettre, quand il aura eu le loisir de connoître et de faire voir aux autres qu'il est dans la dépendance. Je ne prendrai pas pour cela un long terme, et peut-être que dans six mois il pourra être rétabli. Je crois que madame de Guise ne désapprouvera pas la précaution avec laquelle je crois lui devoir obéir en cette rencontre. Je vous prie, Monsieur, de lui en expliquer les motifs en lui présentant la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire.
Je vous ai consulté depuis peu sur un mal d'yeux qui me met assez en peine. J'espère que vous aurez la bonté d'y avoir attention.
Je suis très-aise que M. du Bois soit content de moi. Je vous prie, Monsieur, de lui faire mes compliments , et de me croire toujours fort sincèrement de vos amies.
J'ai reçu depuis deux jours un présent de madame de Montmartre, qui est la chose du monde la plus charmante.