‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 40 sur 138 · A COLBEilT · texte numérisé non relu

A COLBEilT

A Fontevrault, ce 27 mars 1082.

Un de mes couvents, nommé Blessac*, situé à une lieue d'Âubusson, se trouve attaqué depuis peu par messieurs du Domaine, lesquels ont saisi des bestiaux et autres choses appartenantes audit couvent, sous prétexte que les religieu-

* Archives de l'Empire. Fonds de Vancien contrôle général des. finances.

"^ Arrondissement et canton d'Aubusson fCreuse\

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ses ne leur ont pas fait voir assez tOt les titres de tout le bien qu'elles possèdent. Elles prétendent cependant. Monsieur, qu'elles les produiront tous, mais que, n'ayant eu qu'un délai fort court et ne s'attendant nullement à cette recherche, elles n'ont pas eu le loisir d'assembler tant de papiers différents.

Ayez la bonté. Monsieur, d'ordonner qu'on leur laisse un temps raisonnable pour cela, et que cependant on leur rende ce qu'on leur a saisi. C'est la très-humble grâce que je vous demande. J'ose vous dire confidemment, Monsieur, que ces pauvres filles soupçonnent que M. de La Feuillade ^ leur a suscité cette persécution. En effet, il s'est avisé depuis quelques mois de vouloir leur persuader qu'il est leur fondateur ; et comme les religieuses aiment mieux croire que c'est le roi, comme de tout temps elles s'en sont flattées, M. de La Feuillade a témoigné prendre la chose fort à cœur, et veut même leur faire un procès. Je lui écris pour l'avertir qu'il s'adresseroit à moi, et que je serois fort fâchée de plaider contre lui; que je le supplie de nommer qui il voudra pour finir l'affaire à l'amiable, et que j*ai envoyé pour cela à M. de Lossendière tous les titres qui peuvent servir à soutenir les droits du couvent de Blessac.

Je ne sais s'il aura la bonté de m'accorder ce que je lu i demande, mais j'ai cru, Monsieur, que je devois vous rendre compte de cette affaire. Si j'ai abusé de votre patience, je vous supplie de me le pardonner ; et en cas que vous jugiez à propos de m'inspirer quelque conduite, et que le sujet le mérite, croyez, Monsieur, qu'en cela et en toute autre chose, je suivrai exactement ce que vous me ferez l'honneur de me prescrire. Ce que je prends encore la liberté devons demander, c'est, Monsieur, d'ordonner à ces messieurs du Domaine

^ F. d'Aubusson, duc de La Feuillade, le fameux courtisan.

15i LETTRES DE GABUIEILE DE ROCIIECllOUART

de traiter doucement ces pauvres religieuses, et de décider vous-même du temps que vous voudrez bien leur donner pour assembler leurs titres.

La longueur de ma lettre me fait bonté ; je vous en demande mille pardons, et je suis toujours avec bien du respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante *.

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