‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 58 sur 138 · A DANIEL IIUET · texte numérisé non relu

A DANIEL IIUET

A Fontevrault, ce 15 août 1691.

Si vos diocésains vous importunent , il faut convenir au moins que leur conversation ne vous a pas encore rouillé. La lettre que vous venez de m'écrire ne tient en aucune manière des affaires dont vous vous plaignez et de la mauvaise humeur qui les accompagne ordinairement. Elle a été

• Dibl. imp. Mss. S. F. 5,272, t. I.

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lue à toutes les personnes qui y ont part et elles en ont jugé

comme moi.

Je commence à espérer que vous trouverez ma sœur , si vous venez ce mois de septembre, et que vous pourrez même vous en retourner de compagnie. Avant que votre lettre arrivât, elle m'avoit chargée de vous mander que cela étoit possible si vous le vouliez, et qu'elle le souhaitoit fort. Il faut bien céder à toutes ses sollicitations et vous défaire promptement de tous vos embarras. Je me flatte que cela arrivera et que c'est tout de bon que vous avez envie de nous voir. Je vous assure, Monsieur, que nous vous le rendons bien et que nous en parlons très-souvent. Ce que vous dites sur Couperette* ne se peut payer; je lui ai trouvé comme vous une mine précieuse, qui n'est pas tout à fait si charmante que sa voix ; mais les airs naturels qui vous charmèrent ne laisseroient pas de se trouver encore dans l'occasion , et je suis fort trompée si les poires n'étoient encore capables de lui faire affronter d'assez grands périls. Au pis aller, nous vous fournirons d'autres personnes de ce mérite-là tant que vous voudrez, et qui l'ont même sans aucune altération.

Je n'entame point le récit d'une fête qui vous auroit charmé, parce que nous le gardons pour quelque soirée. C'est la translation de la Sainte-Famille^ dans une grande maison dont vous avez vu le plan. Vous voyez que le fondement de cette fête est trés-pieux ; cela n'empêcha pas qu'elle fut très-divertissante. Voilà tout ce que vous en saurez pour le présent. J'ai toujours oublié à vous mander que Dupré parut le jour même où je vous avois mandé qu'il étuit invisible, et qu'il a été repris on votre considération.

Mademoiselle de Mortemart prétend que vous ne vous

^ VoirlaleUren°55, p. 188.

' Maison de bienfaisance établie à Fontevrault ,

plaignez d'elle que pour varier la phrase, et que jamais vous n'avez été plus contents l'un de l'autre que depuis qu'elle a respiré l'air de la cour. Pour mademoiselle de Maure, je ne me commets plus à vous parler d'elle , puisque vous me déclarez si nettement que vous ne voulez point de moi pour confidente. Ce mépris me réduit à prendre le rôle de gouvernante, dont vous serez peut-être encore plus incommodé.

Vous me réjouissez de me promettre que j'aurai bientôt le livre du Paradis terrestre''. J'avois déjà ouï dire que la réponse de Régis ^ n'étoit pas si forte qu'on l'avoit attendue d'un aussi grand Cartésien que lui. On me l'a envoyée il y a longtemps, mais je n'en ai vu que les premiers feuillets, parce que la présence de ma sœur m'ôte tout à fait, comme vous savez, le loisir de lire. Il y a une vie de Descartes*, que nous lisons à bâtons rompus, mademoiselle de Mortemart et moi; connue elle est de deux lomes in-quarto, nous avons bien de la peine à en venir à bout , et nous ne sommes guère contentes de toutes les choses inutiles qui y sont entassées, non plus que du style. Nous raisonnerons de tout cela quand vous serez ici, ou plutôt nous vous entendrons raisonner.

Ma sœur vous mande qu'elle vient de Richelieu'', où vous avez été fort souhaité, aussi bien qu'ici ; elle dit qu'une personne plus éveillée qu'elle ne vous feroit pas valoir les autres , mais que sa sincérité l'emporte î^ur ses intérêts, et qu'elle compte dailleurs que vous ne laissez pas de distinguer et de connoître que ses sentiments aussi bien que les

* f/i situation fin paradis terrestre, par Daniel Huet. L'ouvrage parut en 1091, en un volume in-12.

^ Un jésuite, orientaliste, de ce nom, vivait encore en 1724. Est-ce le même?

*^ Par Adrien Dailkt, 1G91, 2 vol. in-4. L'auteur en publia un abrégé en 1G95; 1 vol. in-12.

' Le château de Richelieu, à 5 lieues de Fontevrault.

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miens sont beaucoup au-dessus de ce que tous les faiseurs de compliments peuvent vous dire. Je suis environnée de tant de distractions que je ne sais moi-même ce que je vous dis, vous ne vous en apercevrez que trop à mon écriture et a mon style.

A DAÎ^IEL HUET».

{De la main de l'abbessc de Fontevraull.)

,1e me souviens, Monsieur . que vous avez une fois trouve mauvais de n'être pas averti de mes maladies ; ainsi, je crois vous devoir apprendre que j'ai eu la fièvre ces jours-c, nui sans doute, eût été double-(iuarte et assez v.ole^He si e quinquina ne l'avoit arrêtée. C'.st par ordonnance de ma sœur que je le prends : elle est un très-excellent médecin tnnt par ses ordonnances que par ses soms ; elle exige, a a vérité, une obéissance aveugle, jusqu'à empêcher, par le temps qu'il fait, de mettre la tête à la fenêtre ; mais le bon succès de son gouvernement fait que je m'y soumets sans murmurer. C'est elle qui dicte la plus grande parfe de cette lettre, .l'ai vu depuis peu M. de lUcbelieu , qui n a poin apporté la petite Bible , parce que son aumônier, quin eto.l pas avec lui à Paris, a la clef du lieu où il croit qu il y en a deux exemplaires enfermés. Us doivent tous y retourner dans deux mois, et il promet que,dans ce temps.vous aurez votre livre. 11 parle toujours de vous avec beaucoup d eslime, et attend, aussi bien que moi , fort impatiemment le livre du Paradis terrestre.

« Bibl. imp. Mss. S. F. 5,272.

ABBESSE DE FONTEYHAULT, ET DE SES AMIS. 107 (De la main de madame de Monlespan.)

Si j'étois aussi tyrannique que l'on vous dit, je ne laisserois pas écrire une aussi longue lettre en prenant le quinquina ; mais ma sœur est si persuadée qu'elle vous attendrira en vous mandant elle-même sa maladie , que je ne lui ai pu refuser. Je souhaite qu'elle ne se soit pas trompée, et que vous payiez d'une visite l'empressement que l'on a pour vous.

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