‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 59 sur 138 · MAD.VME DE MAINTENUE A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT · texte numérisé non relu

MAD.VME DE MAINTENUE A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT

A Fontainebleau, ce 27 septembre 1691.

Je n'aurois pas été si longtemps, Madame , sans répondre aux lettres dont vous m'avez honorée , si je n'avois attendu que le roi me chargeât de ce qu'il aui^oit à vous faire savoir sur celle que vous lui avez écrite. Il la porte sur lui pour en parler à M. de Ponlcharlrain, et il a tant d'alfaires qu'q ouhlie celle-là. Je vous assure , Madame , que vous lui pardonneriez si vous voyiez de près comment les journées se passent. Les personnes (lui l'ont vu de plus près seroient surprises de son activité : il a plus de conseils que jamais, parce qu'il y a plus d'affaires, et donne deux ou trois heures par jour à la chasse. Quand il le peut, il rentre à six heures, et est jusques à dix sans cesser de lire, d'écrire ou de dicter. Il congédie souvent les princesses après souper pour expédier quelque courrier ^ Ses généraux sont si aises d'être en

* Corresjwndancc générale de Madame de Maintenon, par Lavallée, t. III, p, 504. — Manuscrits des Dames de Saint-Cijr .

l'ioutès les notes de cette lettre sunt de M. Ijivalld'e.)

* « Depuis la mort de M. de Louvois, il travaille trois ou quatre heures par jour plus qu'il ne travaiUoit; il écrit beaucoup de choses de sa mani. » (Bandeau, l. 111, p. 587.)

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commerce avec lui , qu'ils lui rendent un compte trèsexact; ils paroissent charmés de ses réponses , et sans vouloir insulter % ils les trouvent d'un style bien doux.

Je n'ai pu, Madame, connoissant votre attachement pour le roi, ne vous pas parler de lui ; je ne crois pas vous déplaire. 11 n'a pas été content du personnage que M. de Luxembourg a fait faire à notre prince dans le dernier combat *. M. le duc de Chartres revient, et le nôtre ne reviendra pas sitôt. Mademoiselle de Blois fait fort bien , et je voudrois de tout mon cœur la voir mariée. Le duc du Maine désire de l'être, et on ne sait qui lui donner.

Voilà, Madame, des nouvelles de ceux que vous aimez. Le roi penche plus^ à une particulière qu'à une princesse étrangère; Mademoiselle espère Monseigneur; les filles de M. le prince sont naines ; en connoissez-vous d'autres ?

La famille de madame de Louvois est partagée pour l'abbaye de Saint-Amand^"". Les uns la demandent pour madame de Barentin, sœur de la mère de madame de Louvois, religieuse du Yal-de-Grâce ; les autres pour madame de Bois- Dauphin.

J'ai montré au roi votre recommandation : je me plains, Madame , de toutes les excuses dont vous l'avez accompagnée ; elles font tort à la manière dont je suis pour vous. Je

3 Elle sous-entend peut-être : « A la mémoire do Louvois. »

♦ Le combat de Leuze, livré le 19 septembre. Le prince d'Orange ayant quitté son armée et chargé le prince de Waldcck de la meUre en ([uartier d'hiver, celui-ci le lit avec tant de négligence, que le maréchal de Luxembourg, averti, prit avec lui trente escadrons de la maison du roi, fit 5 lieues à la course, et tomba sur l'arrière-garde ennemie forte de soixante-douze escadrons ; il la mit en déroute.— Le Journal de Danrjrnu ne dit qu'un mot du duc du Maine. « M. le duc de Chartres, M. le duc du Maine et presque tous les ofiiciers principaux de l'armée avoienl suivi M. de Luxembourg. »

5 Pour le duc du Maine.

[nhis Voir lettre n" 7, note 5.)

ne VOUS promets pas de réussir toujours à ce que vous m'ordonnerez, mais je puis bien vous promettre de n'en être jamais importunée.

Je suis ravie, Madame, d'avoir reçu quelques marques du souvenir de madame de Montespan. Je craignois d'être mal avec elle. Dieu sait si j'ai fait quelque chose qui l'ait mérité et comment mon cœur est pour elle^ J'aurois quelque curiosité de savoir ce qu'elle a pensé de l'horrible mort de cet homme "^ qui seul lui paroissoit quelque chose et qui remplissoit ses idées. « // ne fil que passer et nétoit déjà plus. )) 11 passa la galerie en santé, et il alloit mourir.

En voici un autre. M. de La Feuillade meurt subitement^ le onzième jour d'une maladie ; il n'a que le temps de dire : « Je sens la mort. Seigneur, faites-moi miséricorde ! » C'est plus que l'autre, mais je ne sais si c'est assez. Je crois vous entretenir. Madame , et je me laisse aller à ce plaisir trop naturellement.

Le roi a chargé M. de Pontchartrain de s'informer comment on a fait sur ce que vous demandez ; et il me paroît. Madame, qu'il veut vous répondre lui-même. Je crois, Madame, que vous vous souvenez bien que je n'ai point rempli la place de Beaumont^ Je voudrois donner à madame de Mortemart un bon sujet et qui eût de la voix ; tout cela ne s'accorde pas toujours. Voilà encore l'abbaye de Chelles vacante. Ma lettre est trop longue, mais je me flatte que vous ne m'en saurez pas mauvais gré.

c On voit avec quelle tranquillité madame de Maintenon parle de sa conduite tant contestée à l'égard de madame de Montespan. Elle n'a jamais cru faire du mal à cette favorite en l'arrachant à ses désordres.

' lx)uvois.

» Le 18 septembre 1691. C'est le duc de La Feuillade, fameux par ses IlaUeries envers Louis XIV et le monument de la place des Victoires.

9 Reaumont-les-Tours. Une des filles du duc de Vivonne en était abbesse.

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