‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 97 sur 138 · M.M. DE POMEREU · texte numérisé non relu

M.M. DE POMEREU

DE La Reyme, > commissaires.

DE RiBEYRE,

Pièce n" Vill.

Lettre CIRCULAIRE de sœur Louise-Françoise de RocHEcnouART , ab- BESSE de Fontevrault, a l'occasion de la mort de madame Marîe-

WaDELELNE [GaBRIELLe] de Ror.HECHOUART DE MoRTEMART, ADRESSE, CHEF ET GÉNÉRALE DE CETTE APBAYE ET DE TOUT l'OrDRE *.

Fontevrault, 15 septembre 1701.

Nos révérendes mères et chères sœurs,

Nous sommes donc réduites à vous annoncer que Dieu a retiré de ce monde madame Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Morlemart, abbesse, chef et générale de cette abbaye et de tout r Ordre.

Nous ne douions point que vous ne soyez pénétrées d'une douleur semblable à la nôtre ; vous éprouviez comme nous l'effet continuel de ses bontés ; vous consultiez sa sagesse ; vous demandiez son secours dans tous vos besoins et dans toutes vos peines, et vous n'avez plus rien à attendre que le récit de sa mort. Nous n'avons plus d'autre consolation à espérer que de nous entretenir avec vous du sujet de notre douleur conunune. Représentons-nous sans cesse tout ce que nous avons aimé, tout ce que nous avons admiré dans cette abbesse incomparable. Observons la conduite de Dieu sur elle, depuis son enfance jusqu'au moment où il a voulu la rappeler à

' Bibl. imp., n. 27, L. 1i,892, impinncs.— 0\U-. lelire circulaire est atlri- Imée à l'abb»'; Genest, ami de madame de Monlespan, membre de l'Académie française, etc. (Arch. de l'Empire, Couvents de femmes, L. 1019.)

Voir, sur l'abbé Genest, bien des parlieularités piquantes dans une élude de N. Sainte-Beuve sur la Duchesse du Blaine. {Causeries du lundi, t. III, p. 215.)

APPENDICE

lui; les grandes lumières qu'il lui avoit données, les dons précieux dont il l'avoit enrichie, les grâces singulières qu'il lui a laites. Examinons les circonstances d'une vie généralement approuvée, mais encore plus dignement couronnée par une sainte mort. Tirons-en pour nous-mêmes de salutaires instructions. Par tant de motifs que nous avons de chérir et de bénir sa mémoire, animons-nous à suivre les règlements et les exemples qu'elle nous a lais^sés.

Elle étoit fille de très-haut et très-puissant seigneur, messire Gabriel de Rochechouart , duc de Mortemart , pair de France, premier gentilhomme de la chambre des rois Louis XI 11 et Louis XIV, chevalier des ordres du roi, gouverneur de Paris, et de madame Diane de Grandseigne, son épouse. Elle naquit la dernière de leurs enfants, au pavillon des Tuileries, en 1645.

Si elle est née ainsi au milieu de la grandeur et de la magnificence, il semble que, par un heureux correctif, elle fut aussitôt confiée à la grâce et à la sainteté. Par un choix digne d'être remarqué comme le présage d'une céleste vocation, son parrain fut M. Charpentier, ce saint homme, instituteur des prêtres du mont Valérien , et sa marraine fut mademoiselle Legras , cette sainte veuve , qui a institué les sœurs de charité.

Elle eut tous les avantages extérieurs ; mais ils n'égaloient point les qualités de son âme. Dès l'âge de six ou sept ans, elle montroit tant d'esprit, de raison et de modestie, qu'elle étoit le sujet d'une admiration perpétuelle : surtout, elle avoit un esprit de douceur et d'équité qui étoit fait pour gagner et pour concilier tous les cœurs. Heureux don du ciel, qui se découvroit à tous moments ! Elle ne pouvoit souffrir ni haine, ni colère, m dissension entre les personnes avec qui elle vivoit ; elle s'employoit avec une bonté naïve, mais avec une aimable discrétion à dissiper tout ce qui lui paroissoit blesser la concorde et la justice.

11 n'y a rien de plus noble que sa première éducation ; feu Monsieur, duc d'Orléans, frère unique du roi, étoit élevé dans un appartement prochain, et ils étoient souvent ensemble : mais quand elle eut atteint l'âge de dix ou onze ans, on jugea que, pour achever de cultiver tous ses talents merveilleux avec moins d'obstacle et de distraction, mademoiselle de Morlemart (on l'appeloit ainsi) seroit mieux dans un couvent que 'dans le tumulte de la cour.

Il ne faut point le dissimuler, nos révérendes mères et chères sœurs, Dieu ne manifestoit pas encore ce qu'il avoit préparé pour

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