‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 98 sur 138 · VIE ET MORT DE L'ABBESSE DE FOXTEVRAULT · texte numérisé non relu

VIE ET MORT DE L'ABBESSE DE FOXTEVRAULT

elle. Soit qu'il fallût attendre que sa raison fût plus avancée , soit (comme il arrive assez souvent) que les personnes qui Penvironnoient lui eussent inspiré pour le couvent la peur qu'elles en avoient elles-mêmes , mademoiselle de Mortemart montra qu'elle y avoit une répugnance extrême. 11 fallut beaucoup de ménagements et même d'artifices pour la conduire et pour la résoudre de demeurer à PAbbaye-aux-Bois. Madame de Lannoy en étoit abbesse; madame de Chaulnes, à présent aljbesse de Poissy, étoit maîtresse des pensionnaires , dame extrêmement estimée dans cette charge pai' une grande habileté et par une application exacte ; mais la conduite d'une personne si raisonnable et si accomplie ne lui donna aucune peine.

Mademoiselle de Mortemart s'accoutuma bientôt dans un lieu où elle sévit particulièrement aimée ; son esprit, sa douceur, sa prudence la firent d'abord distinguer, en sorte qu'elle fut admise parmi les grandes pensionnaires. On faisoit un tel cas de sa raison, qu'on lui parloit souvent d'affaires fort au-dessus de son âge. Elle disoit des choses si justes et si judicieuses , que madame l'abbesse s'en récrioit, et disoit en bien des rencontres : Consultons ma fille de Mortemart : elle est si équitable!

M. le duc de Mortemart , son père, qui avoit beaucoup d'esprit, l'alloit voir souvent par goût; il avoit de longs entretiens avec elle, et lui témoigna dès lors une tendresse pleine d'estime et de confiance qu'il a conservée tant qu'il a vécu.

Comme on remarquoit en elle un esprit tout à fait porté aux belles-lettres et aux sciences, on lui donna toutes sortes de maîtres pour ses études. Elle prévenoit leurs leçons avec une ardeur et une intelligence surprenantes. Ce n'étoil point ce qu'on appelle trop aisément esprit dans les enfants, qui n'est souvent qu'une hardiesse à parler ou une facilité de mémoire ; le sien étoit véritablement beau et solide; le jugement et la pénétration s'y joignoient avec l'agrément et la délicatesse ; et il l'alloit que toutes ces qualités admirables fussent en elle dans un haut degré , puisque sa retenue et sa modestie ne purent les empêcher d'éclater.

Cet éclat ne hit pas renfermé dans le monastère : ceux qui la gouvernoient voulurent apparemment s'en faire honneur, ou voulurent peut-être donner à ces précieux talents l'occasion de se perfectionntiT par le commerce de tout ce qu'il y avoit de plus estimé pour l'esprit et pour les lettres On sut qu'elle parloit et qu'elle

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APPENDICE

écrivoit non-seulement Eilalien et l'espagnol, mais encore le latin. Elle altiroit à TÂbbaye-aux-Bois les personnes de la plus jurande réputation ; les plus savants et les plus habiles cherclioient avec empressement à lui rendre visite. Parmi les étrangers illustres et curieux, ceux qui ne savoient pas encore assez notre langue avoienl avec elle des conversations en latin, et ne manquoient pas , après ravoir vue, de publier dans les pays éloignés que cette jeune personne étoit une des plus grandes merveilles de la France et de notre siècle.

11 arriva même que dans Tinteivalle où madame sa mère Tavoi elirée du couvent pour l'engager à demeurer dans le monde elle la mena chez la reine mère. Quelqu'un vint à dire que mademoiselle de Mortemart savoit fort bien le latin ; M. Vallot. alors premier médecin, qui avoit la réputation de le parler parlaitement, se trouva présent ; la reine voulut quil s'entretînt en cette langue avec mademoiselle de Mortemart. Elle répondit avec beaucoup de savoir et de présence d'esprit : le roi survint et fit continuer la conversation : Tantichambre, les appartements retentirent de ce qui se passoit ; on accourut en foule dans la chambre de la reine ; ce fut un spectacle, et mademoiselle de Mortemart fut extrêmement louée. Madame sa mère, en la ramenant chez elle , lui dit : « Ek bien ! que pensez-vous de ce qui vient de se passer ? — Mon Dieu ! répondit-elle , que le monde se laisse éblouir de

peu de chose ! »

Ce fait , quek[iie peu important qu'il parût à une personne si modeste, ne laissa pas d'être une de ces préparations secrètes dont la Providence se sert pour conduire tout à ses fins. Le roi reçut par là des impressions favorables pour un mérite qu'il devoit élever à une place où la science, bien loin d'être un simple ornement de l'esprit , devient une qualité tout à fait nécessaire à cause de la singularité du gouvernement.

Cette sainte Providence agissoit en même temps sur le cœur de mademoiselle de Mortemart. Dieu travailloit à sanctifier les dons qu'il lui avoit faits. Ce fut peut-être le goût qu'elle prit à tant de belles connoissances qui la détacha des occupations ^t des amusements vulgaires et frivoles. Celte élévation d'esprit la porta plus directement vers le ciel : elle crut mieux posséder son àme dans le repos et le calme de la retraite.

Admirez-le, nos révérendes mères et chères sœurs; l'aversion

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