D. — AU DOCTEUR VALLA>T
A Fontevrault. ce 10 juillet IGT'i.
Je meurs de pour que vous n'ayez mal jugé de moi, ol que vous n'ayez cru que je ne vous écrivois poini parce que vous m'aviez témoigné être dans des sentiments contraires aux miens au sujet de l'afrairo du Charme -. Si vous avez eu celte pensée, je vous avertis, Monsieur, que vous m'avez fait une grande injustice, car j'aime que mes amis m'avertissent de mes fautes, et vous ne m'avez pas écrit de lettres qui m'aient tant plu que votre dernière; mais véritablement je n'ai pu y répondre plus tôt qu'aujourd'hui, parce que, depuis que je l'ai reçue, j'ai toujours été ou malade ou dans les remèdes, et chargée d'affaires extraordinaires
^ Serait-ce Marguerite de Barentin, veuve en 1040 du marquis de Courtanvaux, et, en 1001, d'Urbain de Laval, marquis de Bois-dauphin, lils de madame de Sablé, morte le 7 lévrier 170i, à 77 ans? Celle dont il s'agit ici était vraisemblablement pensionnaire à lAbbaye-aux- Bois. L'abbesse de Fontevrault l'appelait indistinctement madame Dofine ou nui cousine. J'ignore comment elles étaient parentes.
1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Voilant, fol. 483. Voir la lettre précédente.
les jours de poste. Mais, pour venir à réclaircissement que je veux vous donner pour vous justifier ma conduite à l'égard de la sœur de Maupeou, je vous dirai, Monsieur, que ce fut un de mes vicaires qui permit cette réception, et qu'ayant ouï parler fort légèrement de cette affaire au commencement de mon arrivée en ce lieu, je confirmai sans beaucoup de réflexion, par une simple lellre à la prieure, ce que ce bon Père avait réglé. Depuis, le président de Maupeou^ a fait tout le vacarme que vous savez. Je suis convaincue qu'il en a usé de mauvaise foi avec les religieuses : mais cela n'a pas empêché que je n'aie cru et ne croie encore fermement qu'il ne gagnât en justice, s'il poussoit l'affaire à sa dernière extrémité, ne me paroissant pas raisonnable qu'une personne qui est jugée capable d'engager sa liberté et de connoître l'importance des vœux ne soit pas reçue à donner sa voix au chapitre ; d'autant plus que je connois avec regret que l'on n'agit plus en ce lieu par les lumières du Saint-Esprit, ni môme par les siennes propres, les conclusions^ du chapitre étant tirées toujours avant qu'il s'assemble, et les plus spirituelles n'y opinant jamais que selon qu'il a plu au chef de cabale de leur inspirer.
Avec toutes ces connoissances, j'ai cru que je ne devois pas laisser engager mes religieuses du Charme dans nn procès dont le meilleur succès pour elles auroit été de dévoiler une fille de condition, parente des principales d'entre elles, et qui, par cette sortie honteuse, leur auroit seulement attiré plusieurs ennemis considérables, sans abolir de leur maison l'horrible abus dont je vous viens de parler.
Ce sont, Monsieur, toutes ces considérations qui m'ont
5 Président à mortier au pai^lement de Metz. Voir Lettres de madame de Sévigné, édit. Hachette, t. IT, p. 400, note ô.
oliligée à leur ordonner de s'accommoder avec douceur à 1' (ju'on souhailoit d'elles. D'abord, elles ont mal reçu ce commandement ; mais depuis elles m'ont écrit une lettre très-soumise, et mon vicaire est sur les lieux, qui, je crois, achèvera de les mettre en paix; je le souhaite de tout mon cœur, car le plus <^rand déplaisir auquel je sois exposée par ma charge est l'obligation que j'aide contrarier quelquefois mes filles.
Je serois aussi trés-affligée si une personne que j'estime autant que vous n'approuvoit pas ma conduite, et je pense vous témoigner assez ma délicatesse là-dessus par la longue explication dont cetle lettre est remplie. Obligez-moi, Monsieur, de ne la montrer à personne. J'ai été engagée à y parler de quelques défauts que je dois essayer à détruire, et qu'en attendant, je dois cacher avec soin. Vous connoîtrez cela mieux que moi, et je suis si assurée de votre discrétion que je n'ai nulle inquiétude de l'usage que vous en ferez.
Voici une trop longue lettre pour oser y ajouter quelques réflexions sur mes lectures ; sachez seulement. Monsieur, que je m'applique à en faire dans tous les temps que je puis dérober, et que les livres que vous m'avez envoyés me sont d'une consolation infinie.
La religieuse qui avait une loupe a été entièrement guérie par vos emplâtres; elle n'oubliera jamais, non plus que moi, l'obligation qu'elle vous a.
Je ne puis finir sans assurer madame la marquise de Sablé que je suis sa très-humble servante, et quelque chose de plus.