‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 24 sur 136 · A COLBERT · texte numérisé non relu

A COLBERT

A lontevrault, ce 19 août 1673.

Faites-moi l'honneur d'agréer que j'aie recours à votre protection pour une affaire qui m'est de la dernière importance et sur laquelle je ne vous importune qu'après avoir tenté toutes les voies imaginables devons épargner la peine de m'en entendre parler. Celte affaire, Monsieur, qui me donne tant d'inquiétude, est la taxe qu'on veut imposer, tant à celte abbaye qu'aux prieurés qui en dépendent, pour les nouveaux acquêts qui peuvent y avoir été faits. Il y a six mois que je tiens un agent à Paris pour obtenir un arrêt du conseil du roi qui nous décharge de la dite taxe, et j'ai fait attacher à ma requête tous les anciens et les nouveaux privilèges qui fondent ma demande, mais surtout les deux lettres

* Bibl. imp. Mss. Mélanges Colbert, vol. 165 bis. fol. 587. — Cette lettre donne une idée du style administratif de l'abbesse de Fontevrault, ot de l'in-istance avec laquelle elle d''fendoil les intérêts de sa maison.

ABBESSE DE FOMEVRAULT, ET DE SES AMIS. 103 patentes de confirmation des privilèges qu'il a plu au roi '1 accorder à feu madame de Fonlevrault et à moi. Le tout, Monsieur, a été communiqué à M. le procureur du roi des il aucs-fîefs, et dans le temps que je croyois qu'il donneroit Ks mains à la conclusion de mon affaire, M. Berryer^ est Miivenu, qui a dit à ménagent qu'il falloit paver et que ]a décharge que je préteudois ne me seroit point^accordee. le vous avoue, Monsieur, que cette déclaration m'a mise • laiîs une surprise et dans un embarras inconcevables. J'ose •pendant espérer que vous voudrez bien m'en tirer en me l'iocurant l'obtention de l'arrêt que je désire. C'est, Moni.ur, la très-humble grâce que je vous demande et dont je Kius serai toute ma vie obligée. Pour peu que vous vous donnez la peine d'examiner mes prétentions, vous connoîtrez )ien qu'elles sont fondées en justice, et que d'ailleurs elles )e peuvent fan-e nul préjudice à Sa Majesté ni à ses traitans, -que, dans cinquante ans, il n'a étéfaitici aucun acquêt et feu madame de Fontevrault a fait seulement deux échan-

s qui ne valent pas cinq cents livres de rente.

L'extrême pauvreté de ma maison m'a obligée, Monsieur, vous entretenir de tout ce détail qui sans doute vous en-' uiera très-fort. Je vous supplie très-humblement de me ardonner ma liberté et de ne me pas refuser votre protecon que je vous demande encore avec la dernière instance. 3 recevrai cette nouvelle faveur, s'il vous plait de me l'ac- )rder, avec tout le ressentiment possible. Faites-moi, s'il

- I ouis Berryer, d'abord secrétaire du conseil, puis des commandeon t s de Marie-Therèse, procureur syndic perpétuel des secrétaires du 1. conseiller d Etat en 1604. On sait que madame de Sévigné ne le iii-e pas dans ses letlres sur le procès de Fouquet. Il devait safori"' a Colbert. A la mort de ce dernier, il fut dénoncé comme toncus- ;nre. Lue commission avait été nommée pour vérifier ses comptes l sa mort fit cesser les poursuites commencées. Il avait été un "^ecteurs de la Compagnie des Indes orientales.

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VOUS plait, Monsieur, l'honneur de le croire et d'être persuadé que je serai toute ma vie fort véritablement votre très-humble et très-obéissante servante.

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