‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 35 sur 136 · A MADAME DE SABLÉ · texte numérisé non relu

A MADAME DE SABLÉ

A Fontevrault, ce 27 avril [1075].

Je suis fort d'avis, aussi bien que vous, Madame, que nous ne comptions point ensemble pour nos lettres et que nous nous écrivions plutôt parce que l'envie nous en prendra, que par l'obligation de faire réponse. Si j'avois la vanité de croire que mes lettres vous fussent agréables, je vous dirois que vous gagneriez à ce marché-là, parce que assurément le désir de vous entretenir me viendra plus souvent que je ne m'y trouverai engagée par ce qui me viendra de votre part. Cependant je ne dois pas me plaindre puisque jusqu'ici vous ne m'avez jamais abandonnée pour quel-

^ La fin de la lettre est relative à une de ses amies qui a été guérie par une ordonnance du docteur, et à une darne de Belin, qui souffre de vapeurs, et pour laquelle elle demande une ordonnance.

* Bibliothèque Tictor Cousin, à la Sorbonne. Ms. 1,004. Cahier 12, ,■

qiio temps que vous ne m'en ayez donné après de si bonnes raisons, que je n'aie eu sujet de croire que ça n'a pas été par oubli. La dernière que vous m'alléguez est meilleure que je ne voudrois, et je m'accommoderois encore mieux d'un peu de négligence que de vous savoir malade.

Depuis quelques jours, je l'ai aussi été. C'étoit une nouvelle sorte de douleur de tête que je n'avois pas encore connue et qu'on dit qui venoit de vapeurs de rate. J'ai été saignée pour cela, et présentement je m'en porte mieux. Je crois que ce mal m'avoit été causé par toutes les fatigues des dernières fêtes- qui sont terribles pour l'abbesse de Fontevrault. Ce temps-ci est un peu plus commode, quoiqu'il n'y en ait aucun où je ne sois ol)ligée à bien des fonctions pénibles; cependant il faut avouer que l'habitude fait quelque chose et que les maux deviennent plus supportables avec le temps. Je vous mande cela parce qu'il me semble que je suis obligée à vous instruire de mes dispositions.

Je ne puis finir sans vous remercier de l'occasion que vous me donnez de vous rendre un petit service. M. Tubeuf^ est extrêmement de mes amis, et il m'est fort aisé de lui parler de vos affaires. De l'humeur dont je le connois, je crois même qu'il suffira de lui nommer votre nom pour le faire agir de son mieux pour vos intérêts. 11 m'a mandé qu'il me viendroit voir lundi. Quand je l'aurai entretenu, je vous rendrai compte de tout ce qu'il m'aura dit sur votre affaire.

Je trouve madame de Belin* charmée d'une lettre que vous lui avez écrite, et qui en effet est admirable.

- Les fêtes de Pâques.

^ Charles Tubeuf, conseiller au parlement (1654), maître des requêtes (1661), intendant à Moulins en 1667, à Bourges et à Moulins rcimis en 1670, à Tours en 1674. Mort en cette dernière ville, le 3 septembre 1679, à l'âge de quarante-six ans.

* C'était sans doute une dame de Paris retirée à Fontevrault; il en

Je VOUS prie de vous souvenir que vous me devez des copies de toutes les maximes, et des autres choses qui partiront de voire esprit que j'admire toujours nouvellemenl^

'27. — MADAME DE SABLÉ A LABCESSE DE I-ONTEVRAULT '.

Je suis chargée, Madame, de vous témoigner mille sentiments de respect et de reconnoissance de la pari des personnes qui m'ont ohhgée de vous faire la très-humhle supplication que vous avez reçue si généreusement. Quand je ne le serois pas, je prendrois la liherté de vous témoigner les miens qui sont assurément au-dessus de tout ce que je pourrois dire. 11 n'y a rien de si ohhgeant ni de si généreux que ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; je voudrois bien vous pouvoir mander quelque chose qui pût rendre cette lettre un peu agréable. J'en avois une qui vous auroit pu donner quelque plaisir, mais je crains que la Sainte ^ ne m'ait devancée. C'est que le prédicateur de Montmartre prêcha dimanche dernier sur la tentation, et dit qu'il ne falloit pas se mettre tant en peine lorsque l'on éloit tenté,

est souvent question dans la correspondance avec madame de Sablé et avec le docteur Yallant.

5 Voir dans Madame de Sablé, par Victor Cousin, chap. m, quelques-unes de ces maximes et le jugement qu'il en porte.

1 r.ibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Yallant, t. VII, fol. 450. — Cette lettre a été publiée en extrait dans Madame de Sablé, par Victor Cousin, p. 204.

- Je ne sais au juste si cette lettre et celle n° 20 sont de 1674 ou 1675. Dans tous les cas, celle-ci paraît faire allusion à un service que l'abbesse de Fontevrault avait annoncé, dans la première des deux, être toute prête à rendre à madame de Sablé auprès de M. Tubeuf, lequel avait été nommé intendant de Touraine en 1674.

^ Vraisemblablement madame de Saint-Aubin ou madame de Bois- Dauphin, toutes deux retirées à l'Abbaye-aux-Bois.

qu'il n'y avoit qu'à dire non ; que David étant vieux et comme usé lorsqu'il fit tuer le mari de Betsabéc, ne pouvoit pas avoir une grande leiilalion ; qu'il y succomba parce qu'il ne sut pas dire non; que Joseph, au contraire, qui éloit jeune, sanguin et vigoureux, en devoit avoir une fort grande; qu'il n'y succomba pas pourlaiit, parce qu'il sut dire non, et même laisser sa casaque, mais que si elle avoit tenu au bouton, il ne savoit pas ce qui en seroit arrivé.

N'est-ce pas là un bon entretien pour des religieuses? Je ne sais pas comment madame de Montmartre l'aura pris, mais je gagerois toujours cent contre un qu'elle en sera très-mécontente.

J'ai lu le livre dont j'ai eu l'honneur de vous parler; il y a de fort plaisantes choses. Je vous en manderai une des principales à la première occasion.

Page 1